États-Unis

Dilemmes et angoisses du mouvement populaire

samedi 15 novembre 2008, par Pierre BEAUDET

L’éclatante victoire d’Obama résulte de plusieurs raisons complexes dont l’articulation d’un « nouveau » mouvement populaire fait partie. Aujourd’hui devant la mise en place d’un nouveau pouvoir, ce mouvement populaire s’interroge

Plus de trois millions de personnes en majorité des jeunes et des Noirs ont contributé à la victoire d’Obama, essentiellement en allant chercher une quantité énorme de nouveaux électeurs, faisant ainsi passer le taux de participation électorale de 50 à 60%.
Ce sont eux qui ont fait basculer le vote dans les régions urbaines et rurales où traditionnellement, les jeunes, les pauvres, les Noirs ne votent pas.
Comment expliquer cela ? Depuis une bonne vingtaine d’années, le mouvement social états-unien a subi le choc du néolibéralisme. Les grands syndicats ont été démantelés. Les intellectuels et les classes moyennes ont été mis sous pression. Dans le sillon du 11 septembre 2001, un climat de terreur a été créé associant la dissidence au terrorisme. Mais peu à peu, les choses ont recommencé à bouger.
Dans le domaine syndical, une nouvelle génération militante s’est relevée dans le secteur des services, essentiellement auprès de couches populaires précarisées, immigrantes. Le premier mai 2006, ils étaient des centaines de milliers à revendiquer leur statut et à contester les lois anti immigrantes.
Dans les écoles et universités, un nouveau mouvement étudiant s’est coalisé contre la guerre. Dans le domaine communautaire, plusieurs mouvements sont passés de la provision de services à des actions plus revendicatives, spécialement suite à des catastrophes comme la destruction de New Orleans, une ville de noirs et de pauvres que l’administration Bush a lâchement abandonné.
Les Noirs, mais aussi les Latinos, précarisés et vulénrabilisés par la crise économique (ce sont eux qui perdent leurs emplois et leurs maisons en premier) ont commencé à se réveiller.
Tous ces mouvements ont appris à se coaliser et à l’été 2006, ils se sont retrouvés à Atlanta dans un Forum social des États-Unis, où plus de 15 000 militants étaient présents pour discuter, comme cela est l’habitude, de 1000 et 1 choses, mais surtout d’un thème, comment se débarasser des néoconservateurs.
Par la suite, ce mouvement a fait le choix conscient d’embarquer dans la campagne d’Obama. Et maintenant on voit le résultat.
Est-ce la fin de l’histoire ? Bien sûr que non. Présentement, la grande machine de l’élite états-unienne essaie de « clintoniser » Obama et de le faire renier à ses principaux engagements. Déjà les indicateurs vont dans ce sens. Mais tout dépend de la pression par en bas.
Ce mouvement populaire, ou si on veut ce mouvement de mouvement, a acquis de la force, de la confiance, des capacités d’auto-organisation, comme cela n’avait pas été le cas depuis longtemps. Saura-t-il faire le contrepoids et forcer une autre politique ?

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