Devant Dieu

lundi 11 septembre 2006, par Ariane ÉMOND

Montréal sera l’hôte du congrès Les religions du monde après le 11 septembre, du 11 au 15 septembre prochain. En sous-texte à ce rassemblement hors du commun, 2500 croyants parrainés par quatre prix Nobel de la paix, , analystes et représentants religieux du monde entier vont réfléchir aux droits (et aux responsabilités) des religions depuis le 11 septembre 2001. La question à mon sens reste : quelles responsabilités les religieux sont-ils prêts à endosser, vraiment, pour pacifier notre monde hanté par la peur des guerres de religions qui embraseraient la planète ?

Je ne suis pas croyante. Et je connais trop de gens brillants qui le sont pour ne pas respecter les religions et la réflexion spirituelle qui ont toujours été, pour moi, une manière bien humaine d’apaiser la peur de la mort. Dans nos sociétés où on a tenté - depuis peu - de séparer l’Église et l’État, on s’accorde à peu près pour dire qu’il y a Dieu et l’individu. Et que l’identité culturelle -le je social - est basée sur une construction individuelle qui a, si j’ose dire, plusieurs composantes satellitaires : la langue, le milieu social, les valeurs familiales, l’éducation, l’orientation sexuelle, la spiritualité, etc. Mais on oublie que dans bien des cultures à travers le monde, le rapport à la religion demeure le grand fondement de l’identité des gens. Ce pourquoi un tel congrès n’est pas vain. On ne se parlera jamais assez...

Le problème, ce ne sont pas tant les religions, que les religieux. Comme les textes religieux, quand ils existent, sont sujets à interprétation, l’histoire continue d’être pavée de leaders religieux qui manipulent intellectuellement leurs fidèles et qui engourdissent les esprits par des préjugés présentés comme vérités inattaquables. En toile de fond, il y a toujours deux motifs qui animent les religieux imbus de pouvoir : freiner les changements importants et empêcher le libre-arbitre. Et que n’a-t-on pas inventé, comme lois ou pratiques discriminatoires, pour restreindre la mobilité sociale et les droits des femmes, sous couvert de diktats religieux ?

Les religieux au pouvoir, déclarés (dans les théocraties comme l’Iran) ou pas (comme dans le cas des États-Unis), travaillent à imposer des codes d’éthique, des codes de valeurs, des codes de justice qui sont d’abord des systèmes d’interdits qui s’adressent particulièrement aux femmes et aux minorités (religieuses, politiques ou autres). Par exemple, les restrictions légales innombrables imposées aux cliniques d’avortement américaines dans plus d’une vingtaine d’États sont le résultat d’une stratégie politique religieuse menée par des militants Pro-Vie, appuyée par des élus fondamentalistes chrétiens. Un récent grand reportage américain diffusé à RDI glaçait le sang.

Sans aucun doute l’instrumentalisation des religions à des fins politiques est un des enjeux les plus inquiétants de ce nouveau millénaire. Une des questions qui se pose aussi : est-ce possible de se battre de l’intérieur des sociétés inféodées au pouvoir des religieux ? Le prix à payer est terrible. C’est celui de sa vie, de sa santé mentale. La question se posait aussi quand l’extrémisme était laïc, communiste ou fasciste.

La société civile doit continuer de refuser toutes instances de justice religieuse parallèle dans nos sociétés démocratiques. Le projet de ceux qui souhaitent voir des tribunaux dits islamiques au Canada n’est certainement pas abandonné depuis la décision ontarienne. La députée Fatima Houda-Pepin ne cesse de le répéter : ils reviendront à la charge. Le combat pour le droit à l’avortement pourrait bien reprendre lui aussi.

Si on a le choix, est-il plus utile de partir - et de se battre de l’étranger ou de se battre de l’intérieur ? Je ne saurais trop vous recommander la lecture de Mon combat pour la justice (Boréal, 2006) du Prix Nobel de la paix et avocate iranienne Shirin Ebadi. Elle a choisi de rester, envers et contre tout, pour protéger les Iraniens de leur gouvernement religieux. Elle sera une des conférencières invitées à ce congrès mondial des religions, à Montréal.


Pour en savoir plus : www.worldsreligionsafter911.com

L’auteure est journaliste indépendante, auteure-conseil pour le cinéma documentaire et cofondatrice du magazine La Vie en rose. Elle anime régulièrement des débats publics.

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