Désastre sur désatres au Pakistan

mardi 2 novembre 2010, par Feroz Mehdi

Les récentes inondations ont des causes humaines. Il n’en demeure pas moins urgent de débloquer l’aide humanitaire qui demeure encore très faible.

Les inondations qui ont suivi les pluies torrentielles au Pakistan, en juillet et août derniers, sont les plus importantes dans la région du bassin de l’Indus depuis 1929. Plus de 20 millions de personnes ont été gravement affectées, dont 4 millions de sinistrés. Les récoltes – près du cinquième de la production agricole –, la nourriture et les semences entreposées, ainsi que des millions d’animaux d’élevage ont été perdus. Sans parler de la destruction des réseaux électrique et routier et d’autres infrastructures. Les maladies et la famine qui s’installent risquent de faire des milliers de victimes. Les dommages s’élèvent à plus de 20 milliards de dollars, équivalent à 12 % du produit intérieur brut du pays.

L’ampleur du désastre s’explique par des raisons humaines. Si la violence de telles calamités naturelles est hors de contrôle, il en va autrement de leurs conséquences qui peuvent être contenues à un certain degré. Le peu de préoccupation qu’à l’État pour le bien commun et une politique de développement défaillante traitant la nature comme une simple ressource à exploiter – et non comme un écosystème essentiel à la vie humaine – ont aggravé grandement la situation.

Un de ces facteurs aggravants a été le déboisement sauvage du bassin hydrographique de l’Indus qui a non seulement contribué au changement climatique, mais a aussi réduit la capacité de l’environnement naturel à absorber des pluies torrentielles.

La négligence des services publics d’irrigation dans l’entretien des canaux et des digues a été une autre raison de la magnitude du désastre, car l’irrigation n’a pu se faire correctement. Étant donnée la quantité de boue charriée par les cours d’eau venant de l’Himalaya, les digues ne suffisent pas à maintenir la montée du lit des rivières, il en faudrait davantage. Cela a fait en sorte que l’excès d’eau n’a pu être drainé par les rivières déjà à leur comble et qu’il s’est répandu dans les basses terres le long des rivages. En principe, celles-ci auraient pu servir d’éponges naturelles durant les inondations, mais la construction sauvage d’habitations – due à l’absence de réglementation et d’encadrement public – et la présence d’un réseau routier mal conçu dans cette zone ont empêché le drainage naturel des eaux.

Si l’aide militaire est considérable au Pakistan – le pays étant un allié privilégié ou, pour mieux dire, un État-client des États-Unis depuis longtemps –, le peu d’aide humanitaire de la part de la communauté internationale est consternant. Deux milliards de dollars ont été promis, mais une très faible partie de cette somme a été versée jusqu’à présent. Et maintenant le gouvernement étatsunien plaide pour un « retour à la réalité ». Le 20 septembre, l’envoyé spécial des États-Unis, Richard Holbrooke, disait : « En ces temps de pénurie à l’échelle mondiale, l’effort de reconstruction ne peut plus être entièrement financé par les autres pays. »

Une telle attitude est inquiétante car le manque de solidarité internationale peut avoir comme effet de renforcer le mouvement fondamentaliste et l’armée. Le gouvernement démocratiquement élu, déjà fragile, a été encore plus fragilisé par son incapacité à faire face à la situation. Le fait qu’une partie de la société pakistanaise est favorable au retour d’un régime militaire est préoccupant. Depuis sa création, en 1947, le Pakistan passe régulièrement d’un gouvernement civil à un gouvernement militaire, ce qui entrave, à chaque fois, le développement et le renforcement des institutions démocratiques. Ce cercle vicieux doit être brisé et les structures démocratiques doivent être consolidées. Comme l’a écrit le journaliste et analyste politique Ahmed Rashid ( sur le blog du New York Review of Books) : « En ces temps d’agitation, alors que l’extrémisme taliban est en croissance et le gouvernement civil chambranle, les inondations pourraient conduire à la plus grave crise sécuritaire que le pays – et la région – ait connu. Si la communauté internationale n’offre pas une aide d’urgence et un soutien humanitaire plus grands, le pays risque de se transformer en ce qui n’était, jusqu’à présent, qu’une menace – une possibilité lointaine –, c’est-à-dire un État en faillite avec des armes nucléaires. »


L’auteur est Secrétaire Général d’Alternatives International

À propos de Feroz Mehdi

Secrétaire général, Alternatives International *

Feroz Mehdi est membre fondateur d’Alternatives et travaille depuis plusieurs années aux projets lliés à la région de l’Asie du sud. Il a aussi travaillé aux niveau des programmes d’éducation au Québec et au Canada, organisant notamment des conférences et contribuant à la publication de bulletins d’actualité et de documents d’analyses et d’information.

Depuis 2007, Feroz est Secrétaire général de la fédération Alternatives International dont le secrétariat est basé à Montréal. Alternatives International compte 9 membres représentant le Canada, la France, le Brésil, Israël, la Palestine, l’Afrique du sud, le Niger, l’Inde et le Maroc.

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