Dossier environnment

Des jardins du nord au sud

mardi 11 mai 2010, par Isabelle Gagnon

La ville de Québec a fait un jardin ancestral spécialement pour son 400e et Michelle Obama jardine avec sa famille à la Maison Blanche. Loin de surfer sur la vague, les porteurs de l’agriculture urbaine croient qu’un véritable changement des mentalités s’opère actuellement, et pas seulement dans les pays du Nord.

L’agriculture urbaine peut être définie comme étant « une activité qui produit, traite et commercialise la nourriture et les carburants pour répondre à la demande quotidienne des consommateurs d’une ville, d’une cité ou d’une métropole qui est située dans l’espace urbain et péri-urbain en appliquant des méthodes de production intensives, en utilisant des ressources naturelles et des déchets urbains, pour produire des récoltes diversifiées ainsi que des animaux d’élevage » [1]. Les jardins urbains contribuent également à valoriser l’architecture et les paysages urbains.

Depuis 7 ans, Alternatives chapeaute différents projets d’agriculture urbaine par l’intermédiaire du projet Des jardins sur les toits (PJST). Initié tout d’abord à Montréal, ce projet a servi de laboratoire pour identifier quelles étaient les meilleures techniques à adopter pour effectuer un jardin dans un contexte où un sol de jardinage traditionnel n’est pas disponible. Le projet a fait des petits et aujourd’hui, non-seulement plusieurs associations montréalaises ont adopté ce modèle d’agriculture, mais le projet a fait des petits chez certains partenaires du Sud.

Des villes vertes

En 2004, l’ONU-habitat annonçait que plus de la moitié de la population mondiale habite maintenant dans les villes. C’est plus de 3,3 milliards d’habitants qui vivent désormais dans des zones urbaines, dont plusieurs se trouvent dans les pays en développement. Ces statistiques comportent leur lot de défis, notamment en ce qui concerne la santé publique et l’alimentation. À la radio Kayira, située dans la capitale malienne de Bamako, l’agriculture urbaine est une réponse à quelques-uns de ces défis.

Le PJST se veut surtout être une agriculture d’appoint, un « autre » modèle. Le projet n’a pas la prétention de rivaliser avec les maraîchers ou même d’apporter des solutions viables à leurs problèmes. En étant associé à une station de radio populaire, le jardin jouit d’une grande visibilité auprès de la population et il est un outil de communication en plus d’un bel espace d’échange. Le projet permet une prise en charge de l’alimentation par et pour la base populaire tout en promouvant
une saine alimentation. Le jardin ajoute une valeur certaine aux propriétés et les techniques utilisées sont adaptées au contexte malien.

Les denrées produites dans les pays du Sud sont souvent destinées aux marchés internationaux et non aux populations locales. Un jardin sur le toit permet, à court et long terme, de produire une quantité intéressante de légumes frais et de qualitédont la provenance est connue. En ce sens, il s’agit d’un pas certain vers la souveraineté alimentaire. Il permet aussi unesensibilisation à l’égart de la protection de ressources naturelles telles que les engrais, la terre et les semences.

Les projets d’agriculture urbaine chez les partenaires du sud sont aussi un exemple inspirant de réutilisation des ressources. Que ce soit des pneus abandonnés que l’on utilise comme contenant pour le terreau ou bien des roches et des résidus de noix de coco utilisé pour faciliter le drainage de l’eau dans les
bacs, l’imagination est au rendez-vous pour donner une deuxième vie à plusieurs objets du quotidien qui se retrouveraient plutôt dans les dépotoirs. L’eau de pluie, une denrée parfois très rare pour certains pays, peut être récupérée par l’ajout d’un simple baril sous les gouttières. Cela permet aussi d’assurer l’arrosage des plantes avec une eau non contaminée.

Loin d’être la réponse ultime, l’agriculture urbaine se veut porteuse de solutions et devrait se trouver au coeur des plans d’aménagements et devrait être encouragée plutôt que considérée comme une activité marginale.


Olanrewaju B. Smith, Agriculture urbaine en Afrique de l’Ouest, Ottawa : CRDI, 210 p.FAO : (définition souveraineté alimentaire)

Koc, Mustafa, Rod MacRae, Luc J.A. Mougeot et Jennifer Welsh (2000). Armer les villes contre la faim, systèmes alimentaires urbains durables, Ottawa : CRDI.

Smith, Olanrewaju B., Paule Moustier, Luc J.A. Mougeot et Abdou Fall. 2004. Développement durable de l’agriculture urbaine en Afrique francophone : Enjeux, concepts et méthodes. Ottawa (Ca) : Cirad et Crdi, 173 p.

Smith, Olanrewaju B. 1999. Agriculture urbaine en Afrique de l’Ouest : Une contribution à la sécurité alimentaire et à l’assainissement des villes. Ottawa (Ca) : Cirad et Crdi, 207 pages.

Zallé, D. Stratégies politiques pour l’agriculture urbaine, rôle et responsabilité des autorités communales : le cas du Mali, dans Smith, Olanrewaju B. 1999. Agriculture urbaine en Afrique de l’Ouest : Une contribution à la sécurité alimentaire et à l’assainissement des villes. Ottawa (Ca) : Cirad et Crdi, 207 pages.


[1Smit et al., 1996

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