Déclaration de Niamey

mardi 28 septembre 2004

Niamey, le 27 septembre 2004 — Nous, jeunes citoyens francophones, oeuvrant pour l’enracinement démocratique, la promotion de la paix et la protection des droits humains et des droits sociaux, économiques et culturels, avons convergé vers Niamey du 21 au 27 septembre 2004 pour faire un constat critique de la situation dans nos pays respectifs, dans l’espace francophone et à l’échelle internationale, ainsi que pour élaborer un plan d’action, basé sur des idéaux de solidarité, de justice sociale et d’équité, que nous mettrons en œuvre dans les mois à venir afin d’approfondir la culture citoyenne et pallier le grand déficit démocratique auquel l’ensemble de nos populations est confronté.

Suite à la multiplication et l’intensification des politiques néolibérales, la jeunesse doit aujourd’hui faire face à la déliquescence progressive des États nationaux, de plus en plus contraints à refuser de réguler les échanges humains, de distribuer équitablement nos richesses parmi l’ensemble de nos populations et de garantir un état de droit permettant la pleine réalisation de l’ensemble de nos droits humains, civiques et sociaux. Gangrenés dans leur capacité même à garantir des conditions de vie acceptables à leur population, ces États n’apparaissent bons aujourd’hui qu’à articuler, au plan national, des politiques économiques globales visant à accroître la domination des multinationales et à aggraver les disparités économiques, pourtant déjà faramineuses, entre riches et pauvres.

Nous, jeunes citoyens de ce monde, sommes les premières victimes de l’accélération de ces politiques allant à l’encontre de l’Humanité. Aujourd’hui, c’est à même les bases de la reproduction humaine que le capitalisme néolibéral s’attaque, alors que la production de biens et services n’a jamais été aussi grande, dépassant nettement les besoins réels de la population mondiale - il devient donc urgent que nous agissions de façon responsable.

La dette, illégitime et odieuse, remboursée déjà à plus de trois reprises, nous apparaît être le frein le plus important à un réel développement durable de nos sociétés. Quand elle n’agit pas comme un mécanisme imposé de destruction de l’État, comme c’était le cas avec les Plans d’ajustement structurel qui ont ravagé nos programmes sociaux et mis un terme à la notion même de service public, elle sert aux puissances capitalistes occidentales - banques privées, gouvernements occidentaux, institutions financières internationales - pour nous imposer leur vision unique du monde, celui sans État, sans régulation économique, sans programme sociaux visant à garantir des conditions de vie acceptables à l’énorme proportion de la population mondiale vivant sous le seuil de la pauvreté. L’allégement partiel de la dette n’est pas une solution. Les conditionnalités draconiennes imposées avec cet allégement - privatisations, ouverture des marchés, dérégulation économique, orthodoxie fiscale et financière, flexibilisation du marché du travail - ne sont en aucun cas un remède pouvant assurer notre développement. Bien pires, elles ne font que perpétuer les politiques économiques de ces ignobles Plans d’ajustement structurel que nous avons combattus avec tant d’ardeur.

Aussi, nous réclamons le retour à la souveraineté des peuples : un monde sans dette, un monde où les peuples peuvent mettre en place les politiques socio-économiques de leur choix, dans le respect de l’égalité entre tous les êtres humains. L’annulation totale de la dette des pays du Sud nous apparaît comme étant le premier pas dans cette direction, d’autant que le service de la dette est directement à l’origine de la dégradation de nos services publics : santé, éducation, logement social et eau potable.

Ainsi, le constat apporté par les participants aux Rencontres de Niamey au sujet de l’accès à l’éducation primaire, secondaire et supérieure ne peut nous réjouir. L’abandon du principe de gratuité scolaire augmente, années après années, le nombre d’enfants n’ayant pas accès à l’éducation, ainsi que le nombre de personnes ne sachant ni lire, ni écrire. Cette situation concerne principalement les jeunes filles et les femmes.

Par ailleurs, la réduction des dépenses publiques en matière d’éducation, jumelée à une volonté d’accroître coûte que coûte le nombre de personnes ayant accès à l’éducation afin de respecter les objectifs du Millénaire, ne peut que mener à la dégradation de la qualité des services éducatifs. Déjà, des centaines de milliers d’enseignants sont mis en retraite anticipée selon les règles dictées par les Documents stratégiques de réduction de pauvreté - ces nouveaux plans d’ajustement structurel qu’on nous fait avaler à grands coups médiatiques de « souveraineté nationale » en matière de politiques de développement. Pour remplacer ces postes d’enseignants, aucun débouché d’emploi équitable pour notre jeunesse accédant au marché de l’emploi : afin de pouvoir rembourser cette odieuse dette, nos États précarisent et flexibilisent le secteur de l’emploi avec la notion de « contractuels » de l’enseignement. Ces « volontaires de l’éducation », à qui l’on refuse un salaire décent, une formation pédagogique nécessaire ou encore le droit à la syndicalisation, ne sont ni un débouché d’emploi acceptable pour notre jeunesse, ni une solution aux besoins criants en matière d’éducation pour la jeunesse et les générations à venir. À quoi bon multiplier les salles de classe, à quoi bon construire de nouvelles écoles en milieu rural, si aucun corps enseignant digne de ce nom ne peut remplir ce rôle social de la plus grande importance, soit celle de l’éducation de notre jeunesse, gage de notre propre développement ?

À l’heure où le VIH-Sida menace principalement la jeunesse, il est pitoyable et inacceptable de constater que cette folle course de destruction de nos programmes sociaux ait aussi rejoint nos systèmes publics de santé. Cette même logique de flexibilisation et de précarisation du travail, où « volontaires » et « contractuels » viennent remplacer nos infirmières et médecins afin de réduire les dépenses publiques, parviendra rapidement et sûrement à détruire complètement la notion même de droit pour les humains à recevoir des soins de santé de qualité.

Le secteur privé international compte déjà sur le présent round de négociation à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), soit celui portant sur l’Accord général sur le commerce des services (AGCS), pour retirer à nos États la responsabilité exclusive sur les programmes sociaux. À moins que nous, jeunes citoyens, ne réagissions pas rapidement, l’état de nos services d’éducation et de santé deviendra si lamentable que nos concitoyens, devenus consommateurs, ne pourront que se tourner vers le secteur privé pour recevoir des soins de santé ou une éducation de qualité acceptable. Enfin... pour ceux en ayant les moyens financiers. « La bourse ou la vie ! », telle semble être la formule de demain pour nos sociétés, si notre jeunesse ne réagit pas rapidement.

Partout et contre tous, cette logique de « marchandisation » des services publics essentiels et du droit à la vie s’attaque également au droit inaliénable d’accès à l’eau potable. Croupissants sous le poids de la dette, incapables de financer nos systèmes publics d’eau potable, nos États ont conclu avec les multinationales de l’eau que sont Vivendi, Suez-Lyonnaise et autres Biwater, des partenariats publics-privés en ce qui a trait à l’approvisionnement, la distribution et la facturation des services d’eau potable. Cette privatisation de l’eau potable est une atteinte grave au droit à la vie. Déjà, des milliers de personnes, incapables d’assumer les nouveaux tarifs d’eau, se sont vues privés de l’eau. Dans certaines régions d’Afrique et des Amériques, les épidémies de choléra reviennent depuis que les populations, déconnectées des services d’eau jadis publics, doivent dorénavant se résoudre à s’approvisionner à même les rivières contaminées. Qu’on veuille nous vendre cette nouvelle logique comme relevant du concept de « développement durable » ne fait qu’ajouter l’insulte à l’injure.

La multiplication et l’intensification des politiques néolibérales - que l’on retrouve aujourd’hui dans les Plans d’ajustement structurel, les Documents stratégiques de réduction de la pauvreté (DSRP), l’Africa Growth and Opportunity Act (AGOA) américain ou autres ententes commerciales bilatérales et multilatérales, l’initiative d’allégement de la dette des pays pauvres très endettés (PPTE), leNEPAD et la Zone de Libre Échange des Amériques (ZLÉA) - ont provoqué une augmentation vertigineuse du taux de sans-emploi, tant au Sud qu’au Nord. Ces politiques ont tellement appauvri nos populations que nous sommes dorénavant contraints à accepter n’importe quelles conditions de travail pour ne recevoir qu’un salaire de misère. Que nos États respectifs se soient engagés aussi grossièrement dans cette folle course de destruction des conditions d’emploi, dans ce nivellement par le bas qu’est la précarisation et la flexibilisation du marché de l’emploi, révèle bel et bien le déficit démocratique auquel nous sommes aujourd’hui confrontés.

Les délocalisations - celle des entreprises tout comme celle de l’emploi - pourtant si décriées par les populations occidentales, ne trouvent leurs origines que dans la pression de leurs propres gouvernements et de leurs propres entreprises à dénicher une main d’œuvre plus qu’abordable, plus qu’exploitable. Seuls de réels liens de solidarité Nord-Sud et Sud-Sud parviendront à renverser la cadence. Nous devons mettre un frein à la multiplication des zones franches, qui privent tant nos concitoyens travailleurs d’un minimum de protection, que nos États de taxes sur la production permettant la survie de nos programmes gouvernementaux. La multiplication des sweatshops, tant au Sud qu’au Nord, ne peut rimer qu’avec propagation de pauvreté.

Devant cet appauvrissement généralisé, il n’est pas surprenant de voir de nouvelles formes de conflits ravager notre monde depuis quinze ans. Détruites, nos sociétés sont devenues la proie de forces manipulatrices, pour qui xénophobie, racisme, intolérance et discrimination se voudraient être le remède à une pauvreté croissante. Du Rwanda à la Côte d’Ivoire, en passant par les Balkans et Haïti, nous avons tous vu l’horreur de cette manipulation destructrice. S’enrôler comme milicien pour une bouchée de pain apparaît, pour une trop grande partie de la jeunesse, comme la seule cure au manque d’emploi, au manque d’éducation, à l’insécurité alimentaire, à la rareté de l’eau potable et des services de santé. Cette situation, où la mort par les armes remplace cette mort par pauvreté annoncée, ne peut plus durer.

Il serait naïf de croire que cette intensification de violences matérielles et idéologiques préserve l’amélioration des rapports de genre au sein de nos sociétés. Dans ce monde appauvri, où nos dirigeants réduisent la cohésion sociale aux seules forces régulatrices du marché, où le droit au travail réside entre les mains des multinationales, les femmes et les jeunes filles en sont les premières victimes. Pour cause de pauvreté, on retient nos fillettes hors des salles de classe. Pour cause de pauvreté, on les force à s’adonner à la prostitution. La violence conjugale n’est pas étrangère à la globalisation de la violence.

La réponse apportée par les dirigeants des puissances dominantes à cette situation insoutenable sur le plan social se résume aujourd’hui à une militarisation effrénée de nos sociétés. Le recours à la force est devenu le principal mode de contrôle et d’accès aux ressources, tant pour les États que pour les corporations internationales. La propagation des conflits, principalement due à un accroissement de la pauvreté, ne peut être résolue par une nouvelle course à l’armement ; car la lutte contre le terrorisme appelle plutôt des réponses sociales et politiques au problème d’appauvrissement généralisé.

Ces dynamiques ne sont pas irréversibles. Malgré ce constat des plus dramatiques, nous savons que l’espoir réside en nous, jeunes citoyens de ce monde, et dans le travail acharné que nous effectuons auprès de nos concitoyens. Toutefois, il importe aujourd’hui de redoubler d’ardeur pour parvenir à un monde plus juste, plus solidaire, plus équitable. Un monde de paix, de respect de nos droits et de justice sociale. Un monde réellement démocratique. Un monde citoyen.

Nous nous engageons donc, nous jeunesse citoyenne francophone, à mettre en œuvre au cours des prochaines années le plan d’action suivant, qui nous permettra de consolider la paix sociale au sein de nos communautés, de nous réapproprier l’accès à nos droits les plus fondamentaux et à remettre sur la place publique les idéaux de justice, d’égalité et de solidarité entres nous tous, frères et sœurs. En bref, à enraciner profondément une culture démocratique et citoyenne au sein de nos sociétés :

1. Consolider notre Réseau des jeunes citoyens francophones. Déjà à Niamey, nous avons rassemblé plus de 100 jeunes, provenant de 15 pays et de 35 organisations citoyennes. Des principes de solidarité, Nord-Sud mais aussi Sud-Sud, doivent guider notre travail collectif au cours des années à venir. À la mondialisation de la pauvreté, nous répondons par la mondialisation des luttes solidaires. Nous nous engageons à poursuivre notre travail de solidarité amorcé lors des Rencontres de Niamey, ainsi qu’à agrandir notre réseau afin de rejoindre l’ensemble des 50 États membres de la Francophonie.

a. L’utilisation des technologies de l’information et de la communication nous permettra de solidifier notre réseau au cours des prochains mois. À cet effet, l’utilisation du site Internet des Rencontres de Niamey et de la liste d’envoi niamey(at)listes.alternatives.ca sera systématisée ;
b. Nous devrons assurer une présence des membres de notre réseau au sein des forums sociaux, et faciliter la présence des jeunes dans les rencontres nationales et internationales.
c. Notre réseau facilitera, au cours de l’année 2005, la mise sur pied d’un Forum social des jeunes africains.

2. Renforcer notre capacité à diffuser et échanger une information alternative de qualité. À Niamey, nous avons pris connaissance de l’ampleur des similarités entre les problèmes auxquels nous sommes confrontés dans nos pays respectifs. Nous avons constaté à quel point la recherche et l’information développées chez nos frères et sœurs peuvent nous être d’un précieux recours afin de contrer certaines politiques déshumanisantes au sein de nos communautés. Il importe donc de tout mettre en œuvre pour que l’information soit accessible à chacun d’entre nous.

a. Nos outils de communication doivent refléter la solidarité de nos luttes sociales. À cet effet, nous assurerons une présence des activités des membres du réseau dans nos journaux indépendants, notre matériel d’éducation populaire, nos émissions de radio, nos documentaires vidéo et nos différentes sites Internet. L’échange d’articles, de revues de presse, de capsules radio et de documentaires doit être soutenu ;
b. Nous devons nous engager dans la lutte contre la censure, et celle pour la liberté d’expression et la production d’une information alternative, indépendante et de qualité. Ainsi, nous pourrons mieux intégrer les espaces médiatiques qui nous échappent encore ;
c. Le site Internet des Rencontres de Niamey sera utilisé au maximum de ses capacités : publication d’articles et d’un journal électronique mensuel, forums de discussion, et bases de données contenant nos outils de formation respectifs. La mise sur pied d’un calendrier militant nous permettra de promouvoir, dans nos pays respectifs, les actions de nos frères et sœurs. L’élaboration d’un code de déontologie assurera le respect, la tolérance et la solidarité dans nos échanges.

3. Multiplier les initiatives citoyennes d’éducation populaire. L’analphabétisme et le manque d’éducation citoyenne sont non seulement un frein à notre développement, ils laissent libre cours aux forces destructrices omniprésentes. Un réel travail à la base doit être effectué afin de promouvoir les idéaux de tolérance, d’inclusion, de solidarité et de justice sociale au sein de nos communautés. Il revient à la jeunesse citoyenne engagée de combler le vide laissé par la disparition de nos États et de contrer l’intensification des discours racistes, xénophobes, fascistes et religieux fondamentalistes. Ainsi pourrons-nous mieux renverser ce processus de disparition de l’État.

a. Nous devrons partager nos différents outils d’éducation à la citoyenneté et les adapter à nos différents contextes nationaux. Ainsi, chacune des organisations membres du réseau pourra bénéficier de l’expertise développée en d’autres contextes. Le site Internet deviendra une base de référence axée vers l’éducation populaire à la citoyenneté. Différents modules de formation, accessibles à tous, seront organisés et mis en ligne ;
b. Nous encouragerons nos organisations respectives à mettre sur pied des camps de jeunes en zones défavorisées, visant la reconstruction matérielle et sociale, ainsi que l’éducation de nos peuples à la citoyenneté, aux droits fondamentaux et à la culture de la paix ;
c. Nous favoriserons une approche à la base, tout en facilitant la traduction de matériel pédagogique en langues nationales. Nous devons également décloisonner nos pratiques et démocratiser nos organisations, afin de rejoindre l’ensembles des couches sociales de la jeunesse ;
d. Nous devons enfin faire la promotion de l’expression artistique et culturelle de la jeunesse : théâtre populaire, musique engagée et autres formes d’art doivent être utilisés comme moyens de communication et de diffusion de nos idéaux.

4. Combler les besoins des jeunes du réseau en terme de formation et de capacités. Les jeunes oeuvrant dans nos organisations ont des besoins clairs et précis en matière de formation. Le réseau que nous constituons doit faciliter la formation des jeunes pour assurer leur implication à l’échelle nationale, régionale et internationale. Des modules de formation axée sur la jeunesse seront préparés, mis en ligne et animés dans chacun de nos pays - notamment en matière de recherche, de production d’information, d’éducation populaire, d’animation d’ateliers de formation et de technologies de l’information. Nous devrons également assurer une présence des jeunes de notre réseau lors des rencontres internationales afin qu’ils puissent bénéficier des connaissances qui y sont partagées.

5. Encourager l’intégration dans nos systèmes éducatifs de programmes d’éducation à la citoyenneté, à la culture de la paix et aux droits fondamentaux. L’éducation à la citoyenneté est une partie intégrante du développement humain. Nous ne naissons pas citoyens - nos systèmes éducatifs doivent donc contenir ce germe essentiel à la jeunesse citoyenne. Nos luttes sociales doivent intégrer ce désir de voir l’éducation à la citoyenneté, à la paix et aux droits fondamentaux insérée dans nos programmes éducatifs nationaux.

6. Combler le déficit démocratique. Malgré certains acquis en matière de démocratisation au cours des dernières années, la démocratie actuelle se résume trop souvent à l’exercice d’un droit de vote à tous les cinq ans. Nous savons qu’en d’autres lieux, des principes de démocratie directe et de démocratie participative dirigent la gestion gouvernementale de nos ressources matérielles et humaines. Il nous revient de nous inspirer de ces percées citoyennes. Nous devons multiplier les assemblées populaires et les forums sociaux, ainsi que renforcer notre capacité à contrôler la gestion effectuée par nos dirigeants. Lorsque nous serons en mesure d’effectuer un suivi budgétaire rapproché de nos ressources financières, lorsque nos médias et nos institutions citoyennes parviendront à enrayer ce mal terrible qu’est la corruption, une démocratie participative assumée par l’ensemble de nos citoyens deviendra possible.

7. Décupler les espaces de dialogue social. L’incompréhension mutuelle étant trop souvent à la base des conflits ravageant nos sociétés, il importe de créer des espaces de dialogue permettant à nos communautés de s’engager mutuellement les unes envers les autres afin de résoudre pacifiquement les conflits et ainsi préserver la paix. Nos initiatives en la matière ont déjà porté fruit - il importe donc de partager nos bonnes pratiques et de les diffuser dans l’ensemble de nos sociétés. Le silence, l’incompréhension et la peur de l’Autre n’ont plus leur place. Nous avons vu avec quelle rapidité les forces destructrices parviennent à emplir le terreau de la pauvreté, fertile à l’intolérance. Il nous appartient de combler ce silence et d’y faire naître de réels rapports de solidarité entre les peuples.

8. Prendre part activement au sein du mouvement pour l’annulation de la dette. Tel que nous l’avons évoqué, la dette constitue pour nous le frein le plus important à notre développement. Nous ne pouvons nous contenter d’un allègement partiel de celle-ci. C’est pourquoi nous nous engagerons activement au sein du mouvement mondial pour l’annulation de la dette. L’argent ainsi récupéré par nos États pourra être réinvesti dans nos programmes sociaux, nous assurant des soins de santé et d’éducation de qualité. Nous devrons également nous engager dans le suivi critique de ces investissements, afin qu’ils soient porteurs d’un réel développement pour la jeunesse et les générations à venir.

9. Vulgariser l’incompréhensible. Le monopole de l’information exercé par les grandes puissances financières ne facilite pas la compréhension, pour nos populations, des grandes dynamiques économiques actuelles. Ce monopole camoufle, rend confus et manipule. Il importe de s’engager dans un vaste projet de vulgarisation de la mondialisation néolibérale qui met en péril nos droits et nos démocraties.

10. Faciliter les initiatives de recherche participative. Afin d’entreprendre ce programme de vulgarisation, il importe d’inclure les victimes du front de la lutte contre la mondialisation de la pauvreté. Pauvres, jeunes, femmes, sans-emploi, sans-logis, sans-papiers, travailleurs et paysans, tous doivent participer à l’élaboration d’enquêtes visant à évaluer l’ampleur de la violation de nos droits fondamentaux : l’accès à l’eau potable, à l’éducation, au travail, à des services de santé, au logement et à la sécurité alimentaire. Partenaires actifs de cette entreprise de production d’information, nos populations marginalisées en sortiront grandies, informées et engagées dans un changement social dont nous avons grandement besoin.

11. Appuyer l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) dans sa volonté politique de faire respecter les principes démocratiques et citoyens. Nous nous réjouissons de la volonté politique actuelle, au sein de l’OIF, de mettre en place des mécanismes normatifs et des sanctions afin de faire respecter, au sein de l’espace francophone, les principes démocratiques auxquels nous souscrivons. Toutefois, nous savons que sans engagement, sans suivi rapproché de la part des mouvements sociaux et de la société civile en général, ce vœu peut s’avérer vain. La notion de solidarité entre nos luttes doit dicter un travail de plaidoyer en ce sens. Sans notre pression au niveau de nos gouvernements, nous savons que ceux-ci auront tendance à protéger les intérêts mutuels. Il revient donc à nous de s’assurer que ce mécanisme de sanctions que l’OIF désire se doter en 2004 soit efficacement opérationnel. Seule la vigueur de notre réseau pourra en garantir la réussite.

12. Engager nos organisations respectives dans ce plan d’action. Il est crucial pour nous, jeunesse citoyenne militant pour la justice sociale, de convaincre nos organisations respectives à entériner cette déclaration et ce plan d’actions. Nous avons la responsabilité de répandre, parmi nos organisations, les connaissances acquises lors des Rencontres de Niamey en ce qui a trait aux activités, aux approches et aux analyses des membres du réseau.

13. Perpétuer l’esprit des Rencontres de Niamey. Jeunes du monde entier, nous avons partagé, du 21 au 27 septembre 2004, nos expériences, nos difficultés, nos analyses et nos approches de travail. Dans un esprit de franche camaraderie, nos différences socioculturelles ont enrichi notre désir d’apprendre l’un de l’autre - et raffermi notre conviction que l’Humanité ne peut être qu’unité solidaire. Les principes de solidarité, d’équité et de justice sociale doivent imprégner nos organisations. Nous nous engageons à perpétuer cet esprit parmi nos peuples - et d’avoir le plaisir de nous retrouver tous ensemble en septembre 2005 !

Vive la jeunesse engagée !
Vive la mondialisation des luttes solidaires !
Un autre monde est possible !

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