De la protestation à la Révolution (Al jazeera)

jeudi 24 février 2011, par Dan Hind

Le soulèvement populaire en Égypte a eu lieu il y a moins de trois semaines. Nous ne savons toujours pas comment il se terminera – si le parti au pouvoir fera quelques concessions et s’accrochera au pouvoir au sein du nouveau gouvernement – ou si une opposition unie balayera l’appareil de Moubarak. Et nous ne savons pas quel régime en sortira.

Les révolutions qui ont renversé le système soviétique dans l’Europe de l’est n’ont pas toujours mis au pouvoir les dissidents qui ont pris le plus de risques dans leur combat pour la liberté. D’anciens policiers et leurs alliés du crime organisé se sont souvent révélés plus doués pour s’adapter dans les années qui ont suivi que les idéalistes qu’ils avaient réprimés.

Mais malgré toutes les incertitudes, l’Égypte a déjà secoué la région et le monde. Pour les observateurs en Europe ou aux Etats-Unis, elle a mis fin à cette idée bête que toute alternative à une dictature corrompue au Moyen-orient déboucherait sur le chaos ou l’islamisme. Les « réalistes », avec tous leurs conseils de modération, se révèlent désormais pour ce qu’ils sont : des charlatans idolâtres du pouvoir. Les Chrétiens et Musulmans criant « tous ensemble » et leurs appels à la chute de la tyrannie de Moubarak ont ridiculisé des décennies de commentaires et d’analyses occidentales.

Comme un seul homme

La régime avait tout fait pour encourager les tensions sectaires dans le pays, et ses supporteurs en Occident prétendaient qu’il constituait un rempart contre la violence religieuse. Mais malgré tous ses efforts pour détruire la société civile par la torture et la paranoïa organisée par un état policier, les gens se sont retrouvés.

Des millions ont été transformés par cette expérience d’une vie publique débarrassés de la peur. Selon les termes d’un manifestant, Wael Gawdat : « Sur la place de la Libération on ne voit pas les mêmes Égyptiens que ceux qu’on voit dans les bus ou le métro. Pas de bagarres ni de gêne occasionnés par la foule. Autrement dit, l’Égypte est plus beau sur la place de la Libération. »

La décision des Égyptiens de prendre en main leur avenir – leur décision de devenir des citoyens – est revigorant, et même fait plaisir à voir. Ce n’est pas un mouvement orchestré par des dirigeants comme on a voulu nous le faire croire. C’est en agissant comme s’ils étaient libre que les gens le deviennent.

Les Égyptiens, comme les Tunisiens – comme tout le monde – veulent leur part des richesses que leurs dirigeants et une poignée de proches se sont accaparées. Ils veulent la dignité et une vie qui soit la leur. Pour le moment, ils n’ont pas peur et ils sont unis. Ils nous montrent toute la vérité contenue dans la phrase de David Hume en parlant de nos dirigeants, « il n’y a rien qui les soutienne à part l’opinion ». Le peuple égyptien ne croit plus que le régime de Moubarak n’était pas plus mauvais qu’un autre. Ils ont vu aussi de leurs propres yeux que la stabilité sans la torture était possible.

Le rejet de l’injustice

Ils ne croient pas que la distribution des biens soit équitable et ils récusent la légitimité de leur gouvernement. Ils ont changé d’opinion quant à ce qui est possible et ce qui est juste. Chaque jour de liberté gagné est un message pour nous tous ; il n’y a pas de fatalité.

Ainsi, les Égyptiens et les Tunisiens ont balayé les préjudices qui ont longtemps désorienté et corrompu les analyses en Occident. Plus encore, ils ont rappelé aux Européens et aux Américains ce que l’action politique peut accomplir – et ce que cela fait de se sentir libre.

Nous avons longtemps été obnubilés par l’idée que faire du shopping et voter une fois tous les quatre ans pour une des ailes du parti pro-business suffirait à garantir notre bonheur. De vastes campagnes de communication entretenaient l’idée qu’un avenir meilleur était possible, à condition de choisir parmi une liste de candidats certifiés. Pendant ce temps, les riches se sont enrichis et nous ont laissé l’insécurité, l’angoisse et une montagne de dettes. Le peuple au Caire n’a pas attendu un politicien charismatique ou l’appareil d’un parti pour faire le travail. Il a agit plus vite que ses dirigeants.

Oui, vous aussi, vous pouvez.

En occident, il y a eu quelques effervescences tandis que l’ampleur de la crise devient de plus en plus évidente et que les assurances serinées par les grands médias – que la sortie du tunnel est proche – sonnent de plus en plus creux. Les étudiants, les jeunes en particulier, ont déjà secoué la passivité de la génération précédente. Mais dans la plupart des cas, la colère et la révolte se sont exprimées sous des formes qui ne représentent pas un véritable danger ni pour le pouvoir en place ni pour la minorité opulente qui le contrôle.

Le Tea Party aux Etats-Unis et les Conservateurs en Grande-Bretagne promettent que tout va changer et font tout pour que rien ne change. Dans les deux pays, la droite a profité des échecs de ses adversaires centristes qui n’ont pas attaqué les causes de la récession, du chômage et des problèmes sociaux. C’est comme si l’ensemble de la classe politique avait opté pour l’immobilisme dans un parti unique. La politique et l’étique sont en faillite et c’est peut-être cela qui nous incitera à prendre nous-mêmes nos affaires en main.

Lors de la campagne présidentielle de 2008, Barack Obama n’a pas cessé de dire aux électeurs que le changement qu’ils cherchaient se trouvaient en eux. Les peuples de Tunisie et d’Égypte ont transformé un bon slogan en une réalité indéniable. Ils n’ont pas demandé la permission pour agir. Si nous voulons un autre monde, nous devons en tirer les conclusions.

Pouvons-nous voir au-delà des stéréotypes offerts par nos médias et comprendre que les Égyptiens et les Tunisiens nous mettent au défi de nous libérer à notre tour ?

Yes, we can.

En anglais


Voir en ligne : Le Grand Soir


Traduction "en voilà une idée qu’elle est bonne" par VD pour le Grand Soir avec probablement les coquilles et fautes habituelles

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