De Wikileaks à Noir Canada

vendredi 10 décembre 2010, par Fred A. REED

Un vent de panique souffle dans les hauts sphères de la démocratie occidentale.

M. Julian Assange, le fondateur du site Wikileaks est arrêté par la police anglaise en vertu d’un mandat international émis par Interpol. Le site, qui multiplie les révélations croustillantes sur les dessous de la politique étrangère américaine, est supprimé. Certains sénateurs américains promettent de nouvelles lois pour pouvoir bien mater le mécréant. L’un des anciens conseillers du Premier ministre Stephen Harper appelle à son assassinat sur les ondes de la télévision d’État.

Quand cette nouvelle crise éclatait, on nous a assurés que ce n’était que du réchauffé. Il n’y avait rien là. Quelques indiscrétions, quelques maladresses, une ou deux tentatives officielles de vol d’identité ? Les États vassaux répètent ce que Washington veut entendre pour justifier une autre guerre au Moyen-Orient ?

Bof.

Rien de trop grave pour l’hyperpuissance de notre époque : on assume puis on tourne la page.

Que non ! Les effluves que continue à dégager la crise puent aussi fort le soufre qu’un puits de gaz de schiste en Lotbinière.

Ce seraient des informations dangereuses, surtout pour le petit peuple que nous sommes. Car si nous savions, si nous savions vraiment ce qui se trame dans les coulisses de la diplomatie—pour ne pas parler de celles de l’Assemblée nationale—nous perdrions confiance en nos dirigeants. Peut-être même dans le système dont ils sont les défenseurs. Et alors, quoi ?

C’est bien sûr une coïncidence que cela arrive en même temps que prend de l’ampleur la crise économique qui découle de l’idéologie de la « création de richesse », menaçant les assises de l’euro, sinon de l’Europe tout court. Banquiers, financiers et autres opérateurs se sentent sous les projecteurs, leurs bénéfices scrutés. On comprend leur déconfiture.

Car des voleurs de grand chemin oeuvrent désormais en plein jour. Des pays entiers sont dévalisés, leur souveraineté mise en lambeaux, des gens honnêtes réduits à quémander pendant que les auteurs du cataclysme essuient leurs larmes de crocodile en remettant cela. Rien n’est trop bon pour cet un pourcent de la population qui voudrait tout accaparer. Mais dans les pages économiques, personne n’a rien vu venir. Ils sont donc payés pour ça ?

Moment de vérité : le scandale Wikileaks ainsi que celui de la crise jette une lumière blafarde sur une presse de complaisance, qui semble n’exister que pour relayer les messages de ceux qui savent à ceux qui sont censés ne pas savoir. La voilà habillement contournée, ses connivences avec le pouvoir mises en cruel relief.

Un modèle commence à prendre forme devant nos yeux.

Le cas Assange fera école. Même si vous ne contrevenez aucune loi, il y en aura une spécialement pour vous et vous serez puni de façon exemplaire. Vos chuchotements pourraient occasionner des ennuis au pouvoir : vous risquerez d’être « rendu » à Guantanamo, ou quelque part ailleurs dans le goulag américain de la torture et de la disparition en tant que « combattant ennemi ». Bientôt le « terrorisme informatique » —ce de quoi M. Assange est accusé—sera assimilé à celui des bombes et des enlèvements.

Le fournisseur qui abrite votre site verra très rapidement son intérêt à rompre ses liens avec vous. Idem pour vos « partenaires » d’affaires. Vous serez infréquentable, votre réputation détruite, comme par un vote unanime à l’Assemblée nationale.

Vu sous cette optique, le Québec se trouverait à l’avant-garde. Depuis deux ans, les auteurs de Noir Canada font face à une poursuite dont le but serait non de rétablir la justice—quelle notion risible pour une société multinationale, ou pour un gouvernement digne d’une colonie—mais d’intimider, de briser, de détruire tous ceux qui voudraient contester la version officielle. Peu importe quelle version officielle.

Tant au niveau national qu’international, que ce soit par le biais de poursuites abusives contre la participation publique ou bien par l’entremise de gouvernements et de leurs facilitateurs de la presse, un message nouveau voit le jour.

Le désaccord, la dissidence, l’obligation de dire vrai et la parole libre deviendront des crimes. Internet, espace que l’on présumait libre, se rapetisse comme une peau de chagrin pour passer sous le contrôle du régime.

La bonne conduite citoyenne se réduirait à faire ce que le pouvoir exige de vous.

Celui qui promettait l’espoir se révèle comme tyran.

J’exagère, vous croyez.

« Pas de panique » chantait la charmante Caïman fu.

Mais alors de quoi ont-ils peur ?


Voir en ligne : L’Aut Journal

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