Crise agricole au Mali : La chute des petits paysans

par l’équipe de stagiaires Amitié Canada-Rwanda

lundi 15 juin 2009


Les agriculteurs ne mangent pas à leur faim dans le « grenier à riz de l’Afrique de l’Ouest ». C’est la conclusion paradoxale de la rencontre avec les habitants du quartier N10 de Niono, au Mali, qui ont partagé leur histoire et leurs revendications.

« La production ne suffit pas ; nous cultivons le riz et le mil, mais l’État nous retire notre surface cultivable. Ceux qui en ont les moyens achètent des céréales pour avoir de quoi vivre, les autres meurent de faim », dit Mohammed. N’ayant pas l’accompagnement adéquat et manquant de fonds pour acheter l’engrais dont les prix montent constamment, les paysans ne sont pas en mesure d’exploiter les terres selon le potentiel prévu par l’Office. Dans ces conditions, payer la redevance – de 67 000 francs CFA (environ 175$ canadiens) par hectare chaque année – est difficile, voire presque impossible pour certains agriculteurs.

Pour Kadija, recueillir ce montant exorbitant est un défi année après année. Elle et son mari étant âgés, ils n’ont plus la force requise pour travailler aux champs. L’État leur a retiré leur champ, leurs enfants ont été emprisonnés : « Nous n’avons plus rien », soupire-t-elle.

L’Office du Niger, entreprise parapublique malienne qui gère le territoire irrigué du delta nigérien, distribue des terres aux paysans qui y cultivent à leur compte la canne à la sucre et le coton en échange d’une redevance. Si ce montant est impayé ou fourni en retard, les terrains sont saisis par l’Etat, et le fruit du travail de la saison perdu. Dans des conditions économiques difficiles – taux d’intérêt élevés, engrais coûteux, redevance en hausse –, l’agriculture est de moins en moins rentable, mais elle reste pour la majorité des habitants de la région la seule possibilité de générer des revenus. L’alphabétisation est un défi majeur, les paysans n’étant ni en
mesure d’envoyer leurs enfants à l’école, ni de payer les enseignants. « Au Mali, l’enfant du pauvre n’est pas éduqué », dit Mamadou, paysan. « Nous n’avons personne pour nous défendre, sauf Oumar Mariko », ajoute-t-il. Oumar Mariko est médecin, politicien et ex-secrétaire général de la SADI (Solidarité africaine pour la démocratie et l’indépendance).

La SADI recense les transactions illégales au niveau de la gestion des terres dans la communauté. Pour lutter contre les injustices dont les habitants sont victimes, la solidarité est de mise. Ils ont opté pour la seule solution possible : l’action. Les habitants du quartier montent actuellement une caisse d’épargne en partenariat avec les radios Kayira.


L’équipe de stagaires Québec Sans Frontières / Amitié Canada-Rwanda :

Laetitia Bagaragaza, Alexandre Kagaba, Lena Le Gall- Diop, Sandra Mutezintare, Marie Solange Nuwayo, Martin Twizerimana, Ida Ujeneza, Natacha Umugwaneza, Victoire Umuhire ont effectué un stage à l’été 2008 avec le Réseau des radios libres Kayira au Mali

Radio Kayira fut créée en 1992 et s’est donnée pour objectif la promotion de la culture nationale dans ses valeurs positives à travers les radios libres. Dès 1993, la première radio a vu le jour à Bamako. Suivirent cinq autres radios en zones rurales, respectivement à Koutiala, Ségou, Koulikoro, Kita et Mahina.

À ce réseau de radios communautaires se sont greffés les Clubs Kayira, composé de jeunes, de femmes et des bénévoles des radios Kayira. Ces clubs sont organisés afin de subvenir aux besoins des populations vulnérables des quartiers défavorisés où les radios Kayira sont accessibles.

www.kayira.org

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Crédits Alizés, volume 2, numéro 2

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