Cris dans la forêt d’émeraude

vendredi 5 décembre 2008, par Claire Lamorlette

En Amazonie, l’extraction des hydrocarbures détruit les sols, pollue les fleuves, les forêts, emporte la vie. En 2000, le gouvernement de Fujimori octroie le lot 87 pour l’exploitation pétrolière dans les départements de San Martin et Loreto, en Amazonie péruvienne. Les 700 000 hectares concédés aux multinationales sont occupés à 70% par des forêts, terres communautaires et jusque-là indivisibles de 27 peuples natifs qui n’ont pas été consultés sur l’usage de leur territoire par les compagnies extractives dont Petro Peru et Plus Petrol. Sept ans plus tard, sous la présidence d’Alan Garcia, l’Aidesep, Association interethnique de développement de la forêt péruvienne, qui fédère les peuples autochtones de la selva au Pérou, soit quelque 350 000 personnes réparties en 17 grands groupes linguistiques, dénonce les abus et manipulations dont sont régulièrement l’objet les peuples amazoniens que les compagnies pétrolières cherchent à diviser en leur faisant miroiter des pseudo mesures de développement durable et des compensations matérielles en échange de leurs terres.

Ainsi, l’Aidesep a déclaré qu’elle s’oppose à toute incursion des entreprises pétrolières sur les territoires des peuples amazoniens et accuse Plus Petrol de minimiser l’impact de l’exploration et des forages sur l’environnement. La direction régionale de l’Energie et des Mines n’hésite pas à organiser, sous encadrement policier, des ateliers pour convaincre les populations natives de la forêt de céder leur territoire millénaire aux multinationales.

L’invasion des compagnies en Amazonie signifie non seulement la destruction de l’habitat, de la faune et de la flore, générant pauvreté, maladies et aliénation culturelle, mais empêche également toute gestion harmonieuse des ressources de la forêt par ceux qui en vivent. Face au chaos programmé, les peuples d’Amazonie entendent, tout comme les Quechuas et Aymaras des hauts plateaux, décider eux-mêmes de leur destin et faire respecter la Convention 169 de l’OIT et les résolutions de la Commission interaméricaine des droits de l’homme en faveur des peuples autochtones.

Loin des rumeurs de la ville, Aguarunas, Shuars, Ashaninkas… tentent de repousser les machines de mort avec leurs modestes moyens : des lances, des sarbacanes, une détermination farouche. En tête, les femmes, le visage orné de peintures guerrières. Dans le Madre de Dios, au sud du pays, la fièvre de l’or attire les colons ; les orpailleurs empoisonnent les rivières et les natifs tentent de chasser les envahisseurs. Dans le département de Loreto, la société civile s’est mobilisée en janvier dernier pour empêcher la soi-disant reforestation par une entreprise forestière péruvienne de 100 000 hectares en pleine forêt vierge ! Une forêt où l’homme n’a jamais posé le pied, dont les arbres géants étaient sans doute très convoités… Les habitants, avec l’appui de la Commission nationale de l’environnement, de l’Institut national de l’Amazonie péruvienne et du gouvernement régional de Loreto, ont obtenu gain de cause et ladite zone est à ce jour préservée.

En Amazonie, la lutte des natifs pour la survie est permanente. Certains groupes ont choisi l’isolement total dans des endroits inaccessibles de la selva. Ils se sont retirés volontairement du monde moderne car ils n’en espèrent rien. D’autres composent avec ce dernier, emploient ses techniques, s’emparent du droit et utilisent les médias pour se faire entendre et tracer leur destin… L’Amazonie, poumon de la planète, s’essouffle, mais le cœur des Indiens, le cœur des hommes et femmes de paix sur la planète, bat pour elle.

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