Comme un poisson dans l’eau

lundi 26 mai 2003, par Annie RICHER

À l’écouter parler, on jurerait qu’il est au Québec depuis deux ans. Erreur : Juan Martin descendait de l’avion il y a deux mois à peine. Son grand sourire, ses yeux allumés et une allure des plus décontractées laissent deviner qu’ici, à Montréal, le Mexicain se sent parfaitement chez lui.

« J’avais un emploi que j’aimais beaucoup : manager de représentation pour [la compagnie de disque] EMI. C’est moi qui œuvrais à la promotion médiatique des chanteurs pour la compagnie », raconte le nouvel arrivant entre deux gorgées de café. Détenteur d’un baccalauréat en commerce international, Juan tirait bien son épingle du jeu à Mexico. Dans ces conditions, pourquoi tout quitter ?

« Le Mexique, c’est Mexico. Tous les secteurs importants et les services y sont concentrés. Trente millions de personnes [soit environ la population du Canada] y habitent parce qu’il leur est impossible de pratiquer leur métier dans les autres villes. C’est beaucoup trop centralisé ! » déplore Juan.

Cette concentration sans cesse exacerbée constituait auparavant une façon pour les anciens gouvernements du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) de garder un contrôle sur les événements. Maintenant, elle explose en conséquences néfastes : boom démographique, pollution intense, augmentation de la pauvreté et, donc, de la violence. « Tous sont sujets à se faire kidnapper, puis libérer, moyennant une rançon. C’est devenu dangereux », précise Juan Martin. Selon le Mexicain, le gouvernement Fox entreprend bien des mesures afin d’améliorer la situation qui prévaut, mais comment racheter, après seulement trois ans au pouvoir, plus de 70 années de gouvernance irresponsable et corrompue ? « À Mexico, la vie est très difficile. Les gens ne cherchent qu’à se protéger et sont devenus extrêmement individualistes, à la limite de la paranoïa. Je ne voulais pas y laisser mon âme. »

Un coup de foudre

Âgé de 25 ans, voyageur aguerri, Juan Martin avait déjà foulé le sol canadien à deux reprises avant son « grand déménagement ». Venu apprendre le français à Montréal en 1998 - il y était resté deux mois - il a aussi habité Vancouver pour quelques semaines en 2000. Lors de ces séjours, il fait une agréable constatation : il était, ici, malgré sa truculence, une personne comme les autres.
« À Mexico, je passais pour un fou, un marginal et un excentrique. La mentalité latine est très fermée sur elle-même et pas ouverte pour deux sous. L’ouverture des Canadiens m’a tout de suite conquis », se remémore le Latino.

Puis, deux ans plus tard, tout a déboulé par un processus d’immigration extrêmement rapide : « Seulement huit mois pour avoir le droit de changer de vie ! C’est incroyable ! » s’étonne Juan. Il a maintenant mis le béton de Montréal au menu et le dévore avec passion. Il apprécie l’ouverture des Québécois, leur facilité à apprécier les petits bonheurs de la vie et leur gentillesse.

Ce portrait idyllique semble presque trop beau pour être vrai. Les difficultés conjuguées à la solitude lui ont-elles jamais fait regretter son choix ? « Que non !, s’anime Juan en remontant ses lunettes Giorgio Armani. À priori, j’ai la chance d’avoir une très bonne capacité d’adaptation. Puis, je ne me sens pas très attaché au Mexique. Depuis mon plus jeune âge, j’ai toujours su que je ferais ma vie à l’étranger. C’est un peu triste , mais bon… » En fait, la seule épreuve rencontrée provenait de sa propre impatience : « J’avais tellement hâte de me trouver un appartement et un emploi pour vraiment être plongé dans le bain ! »

Ses vœux ont été exaucés presque instantanément. Après seulement deux mois, il habite déjà un appartement sur le Plateau Mont-Royal et occupe un emploi comme commis dans une boutique depuis la mi-mai. De plus, d’autres possibilités intéressantes se profilent à l’horizon. Et, comble du bonheur, son épouse le rejoindra à la mi-juin. Assurément, le soleil, même s’il n’est pas mexicain, semble sourire à Juan Martin…


Annie Richer, stagiaire du programme Médias alternatifs

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