Cochabamba

jeudi 1er février 2007, par Normand Baillargeon

Qu’est-ce donc que ce Cochabamba, demandez-vous ? C’est une ville de Bolivie dans laquelle s’est tenu, en décembre dernier, un notable sommet réunissant présidents et envoyés de 12 pays d’Amérique latine. Ce sommet a lui-même débouché sur la promulgation, le 9 décembre, de l’importante Déclaration de Cochabamba, un document riche et fort prometteur, comme on va le voir.

Si toutefois vous n’avez jamais entendu parler, ni de ce sommet ni de ce document, rassurez-vous. Vous avez toutes les raisons du monde pour cela puisque, comme vous le montrera une simple recherche dans une banque de données, le sujet, à toutes fins utiles, a été entièrement ignoré par les grands médias québécois.

L’Amérique du Sud, tout comme l’Amérique centrale, a littéralement été saignée par la Conquête, puis par la politique étrangère des États-Unis et les
politiques néo-impérialistes du FMI. La deuxième peine encore à s’en remettre ; mais la première montre, de plus en plus nombreux, des signes encourageants de vitalité et d’indépendance - notamment en Argentine, en Bolivie, au Venezuela et au Brésil. Le sommet de Cochabamba est un autre de ces encourageants indices que les choses bougent très rapidement dans cette région du monde.

Il s’agissait en fait, à Cochabamba, de la deuxième rencontre des pays qui composent la Communauté sud-américaine des nations (CSN). Créée en 2004, celle-ci ambitionne de réaliser l’union politique et économique de l’Amérique du Sud, un peu sur le modèle de l’Union européenne. On veut donc, notamment, doter l’Amérique du Sud d’un parlement, d’une citoyenneté et d’une
monnaie uniques.

En plus du Chili, du Surinam et de la Guyana, y convergent le Mercosur (où se retrouvent le Brésil, l’Argentine, le Paraguay, l’Uruguay et le Venezuela) ainsi que la Communauté andine des nations (qui réunit la Colombie, le Pérou, l’Équateur ainsi que la Bolivie). Diverses retombées prometteuses de la rencontre de Cochabamba ont d’ores et déjà été annoncées.

Par exemple, Evo Morales, le président de la Bolivie, et Hugo Chàvez, celui du Venezuela, ont ainsi signé un accord concernant un projet de gaz naturel qui renforcera encore, en matière d’énergie, la position de l’Amérique du Sud sur l’échiquier international. Fort de ses énormes réserves pétrolières, le Venezuela avance quant à lui un projet appelé Petro-America, sorte de parapluie intégrateur des sources d’énergie de la région.

Rafel Correa, président de l’Équateur, a pour sa part proposé un projet de réseau permettant de relier, par des voies terrestres et navigables, le Chili à l’Équateur : c’est une entreprise immense et aux retombées économiques et culturelles potentiellement considérables, un projet qui serait en quelque sorte, pour l’Amérique du Sud, ce qu’est le Canal de Panama pour l’Amérique centrale.

On a également discuté, à Cochabamba, du développement de Telesur, une chaîne de télévision pansud-américaine qui pourrait, à l’instar d’ Al-Jazira pour le monde arabe, faire contrepoids à l’immense pression idéologique du quasi-monopole médiatique états-unien et occidental.

Bien d’autres projets ont encore été annoncés ou discutés lors de ce sommet : mais tous vont dans le même sens, qui est celui de l’intégration et de
l’indépendance de la région. Bien entendu, seul l’avenir dira jusqu’où ces projets auront été poursuivis avec sérieux et menés à terme conformément aux intentions de leurs concepteurs. Il y a parfois bien loin de l’intention au résultat et Hugo Chàvez, avec un humour que certains trouveront douteux, a évoqué à Cochabamba le besoin d’un « viagra politique » qui permettrait de faire aboutir ces projets.

Ceci dit, tous ceux qui pensent qu’un autre avenir est possible et qui gardent avec espoir les yeux rivés sur l’Amérique latine pour savoir la forme qu’il pourrait bien prendre, tous ceux-là souhaiteront que ce continent et ses habitants trouvent la volonté politique de réaliser le programme de Cochabamba.

En attendant, on me permettra de dire que l’impasse faite chez nous sur le sommet de Cochabamba est bien déplorable. Mais étonnante ? Non, pas du tout.

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