National

Climat, la route est longue

jeudi 1er décembre 2005, par Marie Allimann

L’automne montréalais se sera déroulé au rythme des conférences, séminaires, salons et autres réunions d’information et de vulgarisation sur les changements climatiques. Le tout en préparation de la 11e session de la Conférence des parties à la convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP11) et de la première réunion des Parties au protocole de Kyoto (MOP1) qui se tiennent en ce moment à Montréal, soit du 28 novembre au 9 décembre.

Cela fait près de trois décennies que la communauté scientifique internationale met en garde les gouvernements contre les impacts des changements climatiques. Et pourtant, les émissions de gaz à effet de serre (GES) n’ont cessé d’augmenter.

C’est lors du Sommet de la terre, tenu à Rio en 1992, que les gouvernements ont reconnu pour la première fois la nécessité d’agir en matière de changements climatiques, en signant la convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Les pays industrialisés s’étaient alors engagés à abaisser leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) à leur niveau de 1990 pour l’an 2000. Mais constatant leur augmentation au cours des années suivantes, les États se lancent alors dans de difficiles négociations qui aboutiront au protocole de Kyoto en 1997. Lequel prévoit une réduction globale des émissions de six GES de 5,2 % entre 2008-2012 par rapport au niveau de 1990. Le Canada doit quant à lui réduire ses émissions de 6 %, alors que les pays en voie de développement ne sont soumis à aucune obligation de réduction. Le protocole introduit de nouveaux mécanismes de marché - les mécanismes flexibles dits de Kyoto - qui complètent les mesures et politiques sur le changement climatique adoptées par les États.

Le protocole de Kyoto est aussitôt critiqué pour son manque d’ambition ou au contraire pour ses objectifs jugés irréalisables. Il n’en demeure pas moins le premier texte international imposant des mesures obligatoires aux États pour réduire ou stabiliser leurs émissions de GES. Depuis 1997, les Conférences des parties (COP) préparent techniquement la mise en œuvre du protocole. Des divergences entre les États demeurent sur de nombreux points et les tractations n’ont cessé de vider le texte de sa substance. La décision des États-Unis de ne pas ratifier le protocole n’a heureusement pas empêché l’entrée en vigueur du protocole, le 16 février 2005.

COP11 à Montréal

Près de 10 ans après le début des négociations, les travaux sur la mise en œuvre des dispositions du protocole de Kyoto doivent en principe s’achever ces jours-ci, au cours de la 11e Conférence des parties à la convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP11). Après quoi doivent s’amorcer des discussions sur l’engagement des pays à compter de 2012. C’est donc à la fois la crédibilité de l’après-Kyoto et celle des engagements actuels qui se jouent, puisque des politiques réellement volontaristes en la matière ne se conçoivent que dans la durée. Mais des divergences persistent sur la stratégie de l’après Kyoto.

Combien d’années faudra-t-il aux gouvernements pour s’accorder sur un engagement post-Kyoto ferme et efficace ? Le 3e rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) de 2001 annonce un réchauffement de l’ordre de 1,4°C à 5,8°C d’ici 2100, en l’absence de politiques de protection du climat. Les impacts se font déjà ressentir et ils s’amplifieront. L’eau potable, les récoltes, la survie des écosystèmes et la santé seront affectés.

Toujours selon le GIEC, les solutions respectant un rapport coût-efficacité raisonnables existent, pour autant qu’on ne tarde pas à les mettre en œuvre. Mais dans de nombreux pays industrialisés, les conflits institutionnels et politiques continuent de faire obstacle à des politiques efficaces de réduction des émissions, de même que notre culture et nos comportements, comme en témoigne la réaction d’une partie des citoyens vis-à-vis de la récente montée des prix du carburant. L’augmentation des prix énergétiques paraît pourtant bien dérisoire en regard de l’ampleur des bouleversements qui nous attendent. Les énergies fossiles sont « un cadeau unique de nos ancêtres », rappelait récemment David Suzuki aux 3 400 personnes venues assister à sa conférence, Alerte climatique, présentée à Montréal par Équiterre.

La responsabilité de chacun

Nombre de sites Internet foisonnent de trucs et astuces pour que chaque individu contribue à la réduction des émissions de GES, que ce soit en matière de transport, d’efficacité énergétique ou d’alimentation (http://kyoto-montreal.ca, http://www.equiterre.org, http://quebec-vert-kyoto.org, http://www.aqlpa.com, etc.). Pendant toute la durée de la conférence internationale sur le changement climatique, des événements parallèles ouverts au public permettront de prendre la mesure des enjeux et de ce que nous pouvons faire. Le 3 décembre, à l’occasion de la journée internationale d’action pour le climat, une grande marche populaire aura lieu tant à Montréal que dans plusieurs autres villes du monde entier. Elle sera l’occasion d’afficher notre volonté d’aller de l’avant, parce que le temps presse.

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