Journal des Alternatives

ESSAI

CIA et Jihad, 1950-2001 de l’auteur et grand reporter John K. Cooley

Catherine Pappas, 1er avril 2002

« Washington est maintenant une nouvelle fois en guerre en Asie centrale là où les guerres très peu saintes des années 1970 et 1980 ont coûté des millions de vies et des milliards de dollars », écrit John K. Cooley en guise d’introduction de son ouvrage, CIA et Jihad, 1950-2001, actualisée et rééditée aux lendemains des événements du 11 septembre 2001, et dont la traduction française vient tout juste de paraître. Comme pour émettre une mise en garde, il précise : « Ce livre aura atteint son but s’il nous rappelle cette vieille vérité : ceux qui oublient les erreurs de l’histoire sont condamnés à les répéter. »
Il n’est un secret pour personne que les États-Unis ont armé et entraîné les différentes factions afghanes pour repousser l’URSS hors de l’Afghanistan après l’invasion de 1979. Et la guerre sainte menée contre l’envahisseur soviétique et les bévues historiques de la politique étrangère américaine démontrent à quel point la réalité peut parfois dépasser la fiction.

Dans une enquête qui prend les allures d’un roman d’espionnage, Cooley remonte à la deuxième moitié de la guerre froide et y rappelle les alliances d’intérêts qui ont été mises en place entre les États-Unis et les grandes puissances arabes pour contrer le communisme mais aussi les visées antisoviétiques d’autres États, comme la Chine et l’Israël.

Correspondant d’ABC News à Athènes et spécialiste du Moyen-Orient, l’auteur propose une analyse détaillée qu’il appuie sur des faits historiques bien établis, des correspondances et des témoignages personnels, comme autant de preuves palpables du « flirt américain avec l’islamisme ».

Pour bien nouer la trame de son récit, le journaliste fait défiler les principaux maillons de cette « étrange histoire d’amour qui a très mal tournée » : officiers de la CIA, marchands d’armes, narcotrafiquants, fanatiques religieux, hommes d’État et dictateurs militaires, banquiers et hommes d’affaires. Dans le cadre de cette guerre sainte contre l’Union soviétique, explique-t-il, les États-Unis ont favorisé la formation de plus d’un quart de millions de mercenaires islamiques de par le monde. N’avaient-ils pas prévu que les vétérans du Jihad afghan allaient un jour se retourner contre leur créateur ?

Ce combat mené contre les Soviétiques s’est révélé un processus irréversible aux conséquences désastreuses : violence, drogue, montée de l’islamisme, criminalisation des structures politiques des républiques d’Asie centrale, terrorisme.

Écrit d’abord en 1998, cet ouvrage semble prophétique des événements qui allaient ébranler l’Amérique quelques années plus tard.


CIA ET JIHAD, 1950-2001. CONTRE L’URSS, UNE DÉSASTREUSE ALIANCE, de John K. Cooley, préface d’Edward Saïd, Éditions Autrement Frontières, 2002 (1999) pour la traduction française, 287 pages.