Brésil : la Verte Marina Silva, surprise de la présidentielle

jeudi 7 octobre 2010, par Antony Dumas

Second tour ou pas second tour ? C’était LA question que journalistes, commentateurs politiques et simples citoyens se posaient avant que les 135 millions d’électeurs qui composent le Brésil ne se rendent aux urnes dimanche. Dilma Rousseff, la candidate du PT, allait-elle réussir là où même le grand Lula, son modèle et mentor, avait échoué : se faire élire président(e) de la république fédérale du Brésil dès le premier tour de scrutin ?

Le verdict est donc tombé : avec quasiment 46,9% des voix (soit près de 48 millions de votants), Dilma l’élève ne sera pas parvenue à dépasser Lula le maître. Pis, alors que les tous derniers sondages lui prédisaient tous entre 49 et 52% des voix, elle fait même moins bien que le président en titre lors du premier tour de 2006, où Lula avait collecté 48,6% des suffrages.

La (relative) surprise vient du très bon score de la verte Marina Silva, qui obtient plus de 19% des voix. Cela ne lui suffira néanmoins pas pour être présente au second tour, le « tucano » José Serra (le toucan est l’emblème de son parti, le PSDB) s’accrochant bien solidement à la deuxième place et recueillant les faveurs de près de 33% des électeurs.

Quatre semaines avant le second tour pour débattre du fond

Les citoyens brésiliens ont donc décidé de s’accorder un second tour, qui aura lieu le 31 octobre. La démocratie en sort à mon sens grandie : le plébiscite pro-Dilma avait quelque chose d’artificiel et de presque injuste pour les deux autres candidats.

Par ailleurs, les quatre semaines qui s’ouvrent ne seront pas de trop pour creuser la question des programmes et du Brésil que veulent chacun des candidats des deux grands partis qui occupent l’espace politique brésilien depuis la « redémocratisation », il y a maintenant vingt ans.

En effet, après plusieurs débats de faible facture et consacrés aux querelles partisanes, la dernière rencontre télévisée du jeudi 30 septembre avait enfin abordé les sujets de fond : il ne reste plus qu’à creuser ce sillon pour en savoir plus sur les intentions programmatiques des deux finalistes.
La Verte Marina Silva en position d’arbitre

Marina Silva, si elle n’a pas réussi son pari fou d’être présente au second tour, obtient donc un résultat au-delà des pronostics les plus optimistes : ce sont 20 millions d’électeurs qui permettent au final à Serra de ne pas subir l’humiliation suprême d’être balayé dès le premier tour.

De fait, Marina, « beautiful looser » et meilleur troisième score de l’histoire de la jeune démocratie brésilienne, devrait jouer un rôle majeur dans l’entre deux tours, et fait déjà l’objet d’une cour appuyée de la part du PSDB de José Serra.

De son soutien à l’un ou à l’autre des candidats dépend peut-être l’issue d’une élection qui n’est finalement pas gagnée d’avance pour le PT, comme l’a souligné ce matin l’ancien président Fernando Henrique Cardoso : « la victoire de Dilma est passée de certaine à “questionnable’”.
Et si Rousseff perdait une élection imperdable ?

Que vont faire Marina et le PV ? Le penchant naturel de la première serait de soutenir l’héritière de Lula, elle qui a milité durant trente au PT et qui fut la courageuse ministre de l’Environnement dans le gouvernement du président sortant… dont Dilma était la chef de cabinet.

Mais ses relations orageuses avec cette dernière et sa sortie spectaculaire du parti et du gouvernement voici un an peut la conduire à faire le choix de Serra… ce même Serra dont Fernando Gabeira, le leader du parti écologiste, est assez proche.

Les électeurs de Marina, quant à eux, se prononcent en majorité pour le candidat du PSDB (à hauteur de 50% selon les premiers sondages sur les reports de voix), quant Dilma n’hériterait que de 30% des suffrages des “Marinistes”.

Cela sera t-il suffisant pour changer le cours d’une élection “imperdable” pour Dilma ? Réponse le 31 octobre prochain.


Voir en ligne : Rue 89

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