BDS 2010 : plus puissant que l’épée

dimanche 9 janvier 2011, par Eric Walberg

Il y a deux ans aujourd’hui, le 27 décembre, Israël lançait son invasion de la bande de Gaza, perpétrant 22 jours d’assassinats et de chaos, tuant 1400 civils et en laissant 5400 autres infirmes à vie. Depuis lors, il maintient le siège d’un million cinq cent mille Gazaouis, provoquant des centaines d’autres morts inutiles. Pour le rapport Goldstone des Nations-Unies, ces actes sont des crimes de guerre.

Israël reste impuni, se cachant dans les jupons de ses lobbyistes US qui, sans relâche, font monter la pression sur tout membre du Congrès, sénateur et sur le Président lui-même pour faire obstacle à toute condamnation d’Israël pour ses crimes.

Mais les tentatives d’Israël pour intimider les Palestiniens ont échoué. Ce qu’Israël a réussi par contre c’est de confirmer, et de façon indubitable, à des millions dans le monde, quel était son calendrier inhumain, raciste.

Les deux années passées ont vu une prise de conscience, par les citoyens du monde, de la situation désespérée des braves Gazaouis. Ont été organisés plus d’une dizaine de convois et flottilles, dont les bateaux de Free Gaza qui brisèrent le siège à cinq reprises, la Marche de la Liberté pour Gaza, la Flottille de la Liberté pour Gaza - des gens de toutes confessions et nationalités qui ont risqué leur vie pour acheminer aux Gazaouis une aide en urgence.

La plus récente, la Caravane de solidarité Asie/Gaza, la première à venir du sud de l’équateur, représente 18 pays. Elle est arrivée en Turquie la semaine dernière, partie d’Inde et après avoir traversé le Pakistan et l’Iran. Elle a fait coïncider son « invasion » pacifique de Gaza avec l’anniversaire du jour d’infamie d’Israël.

Ces efforts pour porter secours aux Gazaouis qui souffrent sont essentiels, mais ils sont aussi loin d’être suffisants. Ils peuvent être conçus dans le cadre de tactiques positives pour une guerre non violente, par les Palestiniens et par toute personne de bonne volonté, contre l’apartheid d’Israël. Cette guerre a pris le nom de Boycotts, Désinvestissements et Sanctions (BDS). Les buts de cette guerre sont de pénaliser Israël tant sur le plan politique qu’économique, pour qu’il mette fin au siège et conclut une paix juste avec les Palestiniens.

Politiquement, BDS a convaincu de plus en plus de gouvernements de légitimer la Palestine, et même d’aller jusqu’à délégitimer un Israël d’apartheid. Ces mesures d’importance comprennent notamment :

- Le Venezuela et la Bolivie qui ont rompu leurs relations diplomatiques avec Israël en 2009 après l’invasion de Gaza, et le Nicaragua après l’agression contre la Flottille de la Liberté en mai 2010.

- La Bolivie, le Brésil, l’Argentine et l’Équateur qui ont reconnu une Palestine « libre et indépendante » sur les frontières de 1967, en 2010, (et le Chili le 7 janvier 2011 - ndt) avec le Paraguay à suivre au printemps (et l’Uruguay prévu en 2011 - ndt).

- La Norvège et la Grande-Bretagne qui ont rehaussé la représentativité de l’Autorité palestinienne au niveau de consulat, avec une année nouvelle qui promet que de nouveaux pays européens suivront.

- Le conseil municipal d’Édimbourg qui a refusé la soumission présentée par la société française Véolia pour à assurer des services publics, en raison de sa complicité avec les crimes israéliens.

- Également en Écosse, le conseil municipal de Stirling qui a approuvé une campagne globale de boycotts contre « l’agression et le mépris manifestes d’Israël à l’encontre du droit international ».

- Marrickville, en Australie, ville jumelée avec Bethléhem depuis 2007, qui a voté récemment le soutien à une campagne globale BDS.

Israël fait le siège de la bande de Gaza. BDS appelle le monde à « faire le siège du siège », à priver Israël de ses marchés à l’export et à l’import, à faire pression sur lui pour qu’il conclut une juste paix avec ses prisonniers.

On compte de nombreuses victoires sur ce front économique, en 2010 aussi. Par exemple :

- Le Qatar qui a rompu ses relations avec Israël.

- Des accords qui ont été annulés par la Turquie, le Royaume-Uni, l’Égypte, et les États du Golf.

- Une société turque qui a exigé des sociétés israéliennes qu’elles signent un document condamnant le massacre israélien à Gaza pour pouvoir continuer à commercer. Les entrepreneurs israéliens en Turquie doivent maintenant cacher leur identité.

- MUJI, au Japon, qui a abandonné ses projets d’investissements en Israël, confronté à des pressions immenses de la part de citoyens du Japon et de Corée du Sud.

- Des directives de l’Union européenne qui exigent des supermarchés qu’ils indiquent l’origine des produits sur les étiquettes pour permettre aux consommateurs de faire la distinction entre les produits palestiniens, israéliens et ceux venant des colonies.

- Les fonds de pensions néerlandais PFZW qui se sont débarrassés des sociétés israéliennes dans leur portefeuille. Les principaux fonds d’investissements suédois et norvégiens ont vendu leurs parts dans toutes les sociétés israéliennes impliquées dans les constructions dans les colonies et la construction du mur de séparation.

- Le parlement chilien qui a adopté un boycott des produits israéliens venant des colonies.

- Des sociétés comme Multilock qui ont décidé d’arrêter toute activité en Cisjordanie suite à des pressions d’organisations des droits de l’homme.

Des dizaines de groupes BDS dans le monde, y compris aux USA, organisent des manifestations de chants, de danse, ou autres, devant et à l’intérieur de magasins qui vendent des produits israéliens, exhortant les directions et les clients à rejoindre le boycott. (*)

Mais le plus grand impact sur Israël, comble d’ironie, vient des Palestiniens assiégés eux-mêmes. L’Autorité palestinienne a déclaré illégal tout produit des colonies destiné à être vendu dans les magasins palestiniens. Le marché cisjordanien représente 200 millions de dollars/an pour les affairistes israéliens, avec certaines usines dans les colonies qui vendent jusqu’à 30 % de leur production sur le marché palestinien. Dix-sept usines à Mishor Adumin, vaste zone industrielle entre Jérusalem-Est et Jéricho, ont dû fermer leurs portes, conséquence directe du boycott par l’Autorité palestinienne.

Alors que 22 000 Palestiniens étaient employés par des entreprises coloniales, l’Autorité palestinienne a mis en place un fonds de 50 millions de dollars pour, à la fois, dissuader les Palestiniens d’aller travailler dans les colonies et aider ceux qui perdent leur emploi en raison du succès de BDS.

Les médias économiques d’Israël ne portaient pas de jugements sur les manquements politiques et moraux d’Israël, BDS les oblige à se réveiller. The Marker a mis en garde devant le développement du boycott des entreprises israéliennes de haute technologie par des sociétés européennes et états-uniennes qui considèrent qu’elles ne peuvent plus investir en Israël pour des raisons morales. Nehemia Strassler, analyste économique de premier plan en Israël, s’en est pris au ministre israélien de l’Industrie, du Commerce et du Travail, Eli Yishai, qui a appelé l’armée à « détruire une centaine de maisons dans Gaza pour chaque roquette qui tombe sur Israël ».

« L’opération dans la bande de Gaza nuit à l’économie. Les images horribles vues à la télévision et les propos tenus par des personnalités politiques, en Europe et en Turquie, ont modifié le comportement des consommateurs, d’entrepreneurs et d’investisseurs potentiels. De nombreux consommateurs européens boycottent les produits israéliens en pratique. Des intellectuels appellent à une guerre économique contre nous et au renforcement d’un boycott officiel et total par les consommateurs. »

Le monde est en train de changer sous nos yeux. Il y a cinq ans, le mouvement anti-Israël se limitait à l’extrême gauche ou aux Arabes et musulmans. Aujourd’hui, la campagne a intégré le courant dominant dans une alliance de principe rouge et verte - de gauche et musulmane.

Le boycott est une arme particulièrement efficace contre Israël parce qu’Israël est un petit pays qui dépend de ses exportations et importations. BDS a été la clé pour mettre fin au régime d’apartheid en Afrique du Sud et il alimente en énergie les citoyens du monde pour qu’il en soit de même avec l’apartheid israélien.

Et on doit cela à l’opération Plomb durci d’Israël, qui a permis au monde de voir Israël pilonner la bande de Gaza avec ses bombes, en direct, à la télévision.

L’artiste israélo-américain, Theordore Bikel, converti tout récemment à BDS, cite le légendaire violoncelliste Pablo Casals, qui refusait de jouer dans l’Espagne fasciste disant : « Mon violoncelle est mon arme ; je choisis là où je joue, quand je joue, et devant qui je joue ».

Il y a beaucoup d’armes bien plus puissantes que l’épée.


Voir en ligne : Site de Eric Walberg

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