Essai

Au nom de la Torah

samedi 4 septembre 2004, par Fred A. REED

Fort du soutien sans faille des États-Unis et possédant l’arme nucléaire, l’État israélien - incarnation du sionisme - paraît plus puissant que jamais. Le critiquer serait, selon ses ténors, verser dans l’antisémitisme. Israël et le projet sioniste s’isolent. Tel est le contexte dans lequel il faut situer l’ouvrage magistral du professeur Yakov Rabkin, de l’Université de Montréal, sur l’opposition juive au sionisme, qui écrit : « De tous les mouvements de transformation collective que connaît le 20e siècle, le sionisme est sans doute le dernier vestige. » L’auteur souligne également que la création d’Israël constitue « une rupture dans l’histoire juive ».

Examen socio-historique, le livre de M. Rabkin est aussi l’exposition et l’illustration de ces voix qui s’élèvent contre la domination d’une idéologie visant à « transformer l’identité transnationale juive centrée sur la Torah en une identité nationale ». Au sein de la diaspora comme en Israël, des voix dénoncent le sionisme considéré comme un tremplin vers « le rejet délibéré du judaïsme ».
Car le paradoxe est bel et bien là. Si le sionisme semble dominer au sein de la communauté juive à l’heure actuelle, il demeure, par rapport aux 5 000 ans d’histoire de cette dernière, un phénomène marginal et à cet égard, nuisible à l’avenir des juifs eux-mêmes. Aux yeux des rabbins antisionistes, tant à Outremont qu’à Jérusalem, « l’État d’Israël ne serait rien d’autre qu’une entrave sur le chemin de la rédemption », pierre angulaire de la foi judaïque.
Le mérite de l’ouvrage de Yakov Rabkin est d’en faire l’analyse historique, tout en présentant ceux qui, pour des raisons inhérentes au judaïsme même, s’inscrivent en faux contre ce nationalisme européen transposé au Moyen-Orient et installé sur les terres d’autrui. Par ce fait même, il fournit un argument de taille contre l’antisémitisme : après en avoir fait lecture, on ne saurait confondre le judaïsme avec le comportement d’un État foncièrement laïc qui voudrait parler au nom de tous les juifs.
La conclusion se lit comme une interpellation : « Dans la mesure où la Torah ne s’adresse aux juifs que comme à une population pilote dont l’exemple devrait instruire, inspirer et influencer tous les humains, la controverse que continuent de provoquer le sionisme et ses enchaînements contiendrait également des leçons pour d’autres peuples que les juifs. »


Au nom de la Torah
De Yakov M. Rabkin
Québec, Presses de l’Université Laval, 2004, 274 pages.

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