Après Copenhague, le déluge ?

vendredi 12 février 2010, par Ronack Monabay

Fin janvier, chaque État a officiellement annoncé ses objectifs dans la lutte contre le dérèglement climatique. Au grand Téléthon du climat, pas de miracle : les promesses des dirigeants pour réduire les émissions de CO2 sont aujourd’hui très en dessous de ce que l’enjeu impose. Loin du battage médiatique de Copenhague, hypocrisie et compromission semblent guider les décisions politiques. La température, elle, devrait augmenter de 4°C d’ici 2100.

A Copenhague, nos dirigeants affichaient une certaine satisfaction. À écouter nombre d’entre eux, deux grands pas en avant ont été accomplis. En premier lieu, l’objectif visant à « maintenir la hausse de la température en dessous de 2°C d’ici 2100 ». Un objectif sur lequel s’étaient déjà mis d’accord les dirigeants du G8 en Italie en juillet 2009. Le deuxième motif de « satisfaction » : la promesse de consacrer 30 milliards de dollars sur 3 ans (2010-2012) puis 100 milliards par an à partir de 2020, pour financer l’adaptation des pays les plus vulnérables au changement climatique. Rien n’est précisé quant aux mécanismes qui régiraient un tel fonds. On peut donc supposer qu’il s’agira d’un simple recyclage de l’aide au développement, déjà elle même bien insuffisante.

Les dirigeants de la Convention cadre des Nations Unies sur le changement climatique (CNUCC) se targuent d’avoir obtenu un processus équitable et démocratique. Leur argument ? L’accord a été négocié par 30 pays représentant 80% des émissions de gaz à effet de serre (GES). Sauf que jusqu’à présent, seuls 60 pays sur 192 se sont « joints » à cet accord. Un accord qui n’est autre qu’une tentative pour enterrer le protocole de Kyoto. On peut d’ailleurs se demander dans quelle mesure certains États n’ont pas signé l’accord pour éviter d’être ultérieurement mis à l’écart du processus de négociation.

Vers une augmentation de 4°C de la température en 2100

Que reste-t-il de cet accord politique non contraignant ? Pas grand chose, puisqu’au-delà des bonnes intentions, il n’y a aucune obligation pour les États les plus pollueurs de la planète. Aucune sanction n’est prévue en cas de non respect de l’accord, ni même de système de vérification international et indépendant. Les pays signataires sont ainsi entièrement libres de respecter ou non cette déclaration finale et la « vérification » se limitera à l’envoi, tous les deux ans, d’un rapport rédigé par l’administration du pays. Au 31 janvier 2010, les États devaient annoncer s’ils se conformaient ou non à cet accord de Copenhague. Ils devaient surtout donner leurs promesses de réductions d’émissions de gaz à effet de serre (GES).

Le Sommet a-t-il servi à quelque chose ? C’est la question qu’on peut se poser quand on voit que les engagements de réductions d’émissions sont quasiment similaires à celles des États avant le début de la COP15. Une chose est claire : les dirigeants de la planète ne tiennent pas compte des recommandations des scientifiques. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) souligne la nécessité de réduire les émissions de GES d’au moins 25 à 40%. Nous en sommes très loin : le total des engagements des pays riches (de l’Annexe I) équivaudrait à une réduction totale de 12 a 19% (certaines sources parlent de 10 à 15%) comparé aux niveaux de 1990. Sans oublier que de nombreux engagements sont pris à condition que le voisin fasse de même. Ces engagements de la part des pays les plus riches conduirait à une augmentation de la température comprise entre 3,5 et 4 degrés d’ici la fin du siècle. Ce qui démontre, une fois de plus, les limites d’une approche volontaire basée sur un accord politique a minima.

Plusieurs États ou groupe d’Etats, comme l’Union européenne, affichent des objectifs de réduction de leurs émissions par rapport à 1990, l’année de référence. D’autres annoncent des réductions comparées à celles de... 2005. Ils ne prennent donc pas en compte l’augmentation de la pollution sur quinze ans. C’est le cas de l’Australie, du Canada et des Etats-Unis, qui émettent le plus de tonnes de CO2 par habitant. Le Canada par exemple, promet une réduction de 17% par rapport à 2005. Cela signifie une augmentation de ses émissions de CO2 de 3% comparé à 1990. Les nouvelles puissances industrielles (Afrique du Sud, Brésil, Chine, Inde) se réfèrent à leur « intensité carbone » : la valeur par laquelle se mesurent les émissions de GES nécessaires pour la production d’une unité de produit intérieur brut (PIB). Notre tableau montre les différents engagements minimum en commençant par les plus ambitieux : la Norvège, qui s’est engagée à réduire ses émissions de 30% et à aller jusqu’à 40 % si un accord juridiquement contraignant est atteint.

Chine et Inde prêts à augmenter de 200 % leurs émissions !

Sans surprise, l’Union Européenne a réitéré son objectif de réduction de 20% d’ici 2020 avec une possibilité d’aller jusqu’à 30% en fonction des engagements pris par les autres pays. L’UE, qui était en première ligne pendant les négociations de Kyoto en 1997, est restée relativement invisible à Copenhague. Sa position n’a pas bougé d’un iota depuis mars 2007.

Bien qu’ils ne mentionnent pas l’accord de Copenhague, d’autres grands pays comme la Chine ou l’Inde publient également leurs objectifs. Preuve est faite, contrairement aux allégations de la CNUCC, qu’il existe bien une différence importante entre le fait de rendre public des engagements et celui d’accepter l’accord de Copenhague. Ils se sont ainsi engagées à réduire leur intensité carbone de 40-45 % (Chine) et 20-25 % (Inde) d’ici 2020 par rapport aux niveaux de 2005. Comparé à 1990, si on utilise les projections existantes pour ces pays, la Chine et l’Inde augmenteraient au minimum leurs émissions de 200 à 300% ! Les engagements brésiliens et sud-africains pourraient représenter une augmentation de, respectivement, 4% et 50% comparé à 1990.


Quand l’État des Maldives devient leader mondial

Les pays de la l’Alliance bolivarienne pour les Amériques (ALBA, lancée par Cuba et le Venezuela) [1] n’ont pas présenté d’engagements puisqu’ils jugent l’ensemble du processus illégitime. Une manière pour Chavez de botter en touche ? Au milieu de ce paysage politique, un pays semble se démarquer : les Maldives, l’un des pays les plus menacés par le changement climatique. Ce dernier a annoncé un objectif sans équivoque de neutralité carbone d’ici 2020. C’est-à-dire plus aucune émission de CO2. Le président des Maldives, Mohamed Nasheed, a été l’un des rares leaders mondiaux à avoir participé en marge du sommet officiel, au Klimaforum09. Il y a fort à parier qu’il a tiré quelque chose de sa visite au Contre-sommet des peuples en décembre dernier. S’il s’est peut-être senti un peu seul parmi les représentants de gouvernement, nombre d’ONG et de militants étaient derrière lui à Copenhague.


Voir en ligne : Original en anglais


[1] Cuba, Venezuela, Bolivie, Equateur, Nicaragua, la Dominique, Honduras, Saint Vincent et les Grenadines, Antigua-et-Barbuda

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