Appui à la production agricole biologique et à la transformation agroalimentaire en Haïti

mardi 12 septembre 2006

Le présent projet vise à satisfaire les besoins fondamentaux des populations de Cap-Rouge (Sud-Est) et de Petite rivière de l’Artibonite en matière d’alimentation, en améliorant le rendement agricole et les revenus des petits producteurs de cette région, ainsi qu’en y renforçant capacités techniques des organisations paysannes en matière d’agriculture biologique.

Objectifs spécifiques
- Améliorer la productivité des exploitants membres du VEDEK, du MOREPLA et du RACPABA dans les domaines suivants : élevage de cabrits et de poulets, production d’œufs, production de tubercules (igname, manioc et patates) ;
- Augmenter la production et améliorer la commercialisation des farines mélangées (farine de manioc, de blé et d’ignames)
- Améliorer la formation technique des exploitants de ces deux régions dans le domaine de l’agriculture biologique, du stockage et de la lutte biologique contre les pestes.
- Modifier le mode d’approvisionnement des cantines scolaires de ces deux régions en priorisant la production nationale.
- Sensibiliser les jeunes sur la nécessité de mettre en place des stratégies durables de développement devant assurer la sécurité alimentaire de la population
- Mettre en place des associations de jeunes capables d’écrire, de mettre en scène des pièces de théâtre permettant de débattre avec les populations concernées de la problématique de l’insécurité alimentaire et des stratégies durables de développement.

Contexte

Haïti vit une situation particulièrement difficile caractérisée par une longue crise économique, sociale et politique qui se traduit par une réduction soutenue du revenu par habitant au cours des trois dernières décennies. Cette chute constante du PIB par habitant a entraîné une détérioration des conditions de vie de la population affectant de façon dramatique les couches les plus pauvres.

La grande majorité (56%) de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté absolue de 1$ Us par jour. Au cours des dernières années, la dépendance par rapport aux importations alimentaires a cru de façon alarmante, notamment dans le domaine céréalier. Haïti est passée d’une situation d’autosuffisance en production céréalière en 1972 à une situation où l’offre alimentaire globale est fournie aujourd’hui à 59% par des importations alimentaires. Une situation qui n’est pas étrangère à la détérioration des conditions de vie des petits producteurs agricoles haïtiens.

La massification de la pauvreté s’est traduite par des vagues importantes de migration vers l’étranger mais aussi vers les grandes villes, provoquant une augmentation dramatique de la pression démographique dans les bidonvilles du pays.

La crise politique s’est traduite aussi par un affaiblissement dramatique des principales institutions du pays.

L’ouverture excessive de l’économie depuis 1986, l’embargo commercial de 1991-1994 et les différentes crises politiques qui se sont succédées depuis, ont contribué à aggraver la situation économique, à décapitaliser les entreprises et à restreindre les investissements. Les exploitations paysannes ont été fortement touchées par l’endettement excessif des exploitants, l’absence de programmes de crédit agricole, l’augmentation du coût des intrants agricoles et la concurrence des produits importés.

La crise a une dimension environnementale alarmante. Haïti fait partie des neuf pays dans le monde qui vont manquer d’eau en 2025. La couverture forestière du pays ne dépasse pas 2% et les prélèvements de bois sont quatre fois supérieurs aux rendements des formations forestières et agroforestières. 25 des 30 bassins versants que compte notre pays sont dégradés.

Depuis le 7 février 2006 avec le triomphe électoral de la plateforme Lespwa aux présidentielles le pays est entré dans une nouvelle conjoncture caractérisée par une relance de la mobilisation populaire. La vision globale présentée par le Président élu René Préval permet de penser que le Gouvernement accordera la priorité aux investissements productifs notamment dans les secteurs agricole et industriel. Seule une forte mobilisation sur la base de l’unité des forces démocratiques permettra de freiner le processus de dégradation actuelle et d’amorcer une vraie sortie de crise qui ne sera durable que si les stratégies mises en œuvre accordent une place privilégiée au renforcement des Institutions nationales.

Les départements du Sud-Est et de l’Artibonite sont à l’image de l’ensemble du pays. La déforestation extrême du territoire rend très difficile une agriculture durable et prospère, alors que ce secteur économique y fait vivre plus de 90% des populations de ces régions.

Malgré le potentiel productif de l’agriculture de tubercules et de céréales et de l’élevage, la forte compétition des importations alimentaires entraîne l’appauvrissement des petits producteurs locaux. Ceux-ci éprouve des difficultés à écouler leurs stocks, ainsi qu’à accroître leurs profits via des techniques de transformation appropriées.

Le projet vise à améliorer le rendement agricole et les capacités de transformation et de commercialisation de 600 familles de petits producteurs agricoles. Environ 300 sont situés dans la localité de Cap-Rouge (département du Sud-Est), et environ 300 dans le secteur de la Petite rivière de l’Artibonite (département de l’Artibonite).

Les petits producteurs membres des organisations suivantes seront visés par le projet :
- Réseau des associations et coopératives des producteurs agricoles du Bas de l’Artibonite (RACPABA) ;
- Mouvman Revandikatif Peyizan Latibonit (Mouvement revendicatif des paysans de l’Artibonite, MOREPLA) ;
- Viv Espwa pou Devlopman Kap-Wouj (Vive l’espoir pour le développement de Cap-Rouge, VEDEK).

Les deux localités visées par l’action affichent un climat tropical humide. Une saison pluvieuse allant de mars à avril et une saison sèche de novembre à février. L’eau pour les entretiens n’est pas facile en dehors des eaux captées dans les citernes qui servent la plupart du temps comme breuvage. La végétation n’est pas touffue dans certains endroits.

Les populations de ces localités travaille en grande majorité dans l’agriculture. Le système de production agricole est très précaire à cause de la question de l’outillage. On y cultive de l’igname (Dioscorea sp.), de la patate (Ipomea batatas), du petit mil (Sorghum bicolor), du chou (Brassica oleracea). À cela il faut ajouter la culture du mais à cycle de quatre mois, la culture des haricots noir et rouge, la culture des ignames jaunes, la culture de la manioc dont une expérience positive est en voie d’être réalisée dans le cadre de la dynamisation de cette filière. Pour les fruitiers, il y a lieu de mentionner du Chadequiers ( Citrus maxima ), du Café ( Coffea arabica ), du cacaoyer ( Théobroma cacao), etc.

L’absence et la précarité des emplois occasionnent la migration d’un certain nombre de personnes originaires du milieu paysan vers la République Dominicaine. Ce flux migratoire a pour cause principale la pauvreté.

Justification du projet

Le projet que nous nous proposons de réalisation est issu directement des idées discutées lors d’évaluations précédentes de notre programme de sécurité alimentaire en Haïti.

La paysannerie haïtienne a eu un parcours historique particulier étroitement lié aux conditions d’émergence de la Nation haïtienne en 1804. Ceci crée une situation très paradoxale. D’une part, c’est la paysannerie la plus performante de la Caraïbe et su trouver un chemin exceptionnel d’épanouissement et d’auto-construction. Ces conditions exceptionnelles ont permis d’échapper au modèle de la plantation intensive, admirablement analysé par Mintz, et l’émergence d’une culture paysanne très vivace (en langue créole, le « lakou paysan » comme mode d’organisation autour de la famille élargie et sa relation exceptionnelle avec l’environnement). Cependant, cette culture paysanne a été bloquée dans son développement matériel par un Etat oligarchique qui ne privilégiait que les intérêts des commerçants. D’autre part les puissances de l’époque décidaient d’isoler notre pays et de le mettre en quarantaine.

Il y a un héritage très riche de connaissances et de savoir-faire développé par la paysannerie dans le contexte de sa sous-intégration au marché mondial.

Aussi, la crise agraire et les politiques erronées ont détruit un environnement fragile caractérisé par des sols en pente très sensibles aux effets de l’érosion

Il faut donc de toute urgence abandonner les stratégies productivistes qui aggravent la crise environnementale et appauvrissent les paysans en créant de fortes dépendances par rapport aux intrants industriels le plus souvent importés. De très nombreuses connaissances méritent d’être systématisées :

- Il ne faut pas détruire les communautés paysannes mais leur permettre d’accéder à la modernité à partir de leurs modèles culturels qui préconisent des rapports harmonieux avec l’environnement
- Il faut lutter contre le problème de la malnutrition qui affecte près de la moitié de la population haïtienne. Créer de nouvelles sources de protéines avec le renforcement de l’élevage traditionnel appuyé par les découvertes scientifiques les plus récentes

Populations ciblées

Environ 600 familles de petits producteurs locaux bénéficieront des formations continues offertes dans quatre « fermes modèles » des régions de Cap-Rouge (Sud-Est) et de Petite rivière de l’Artibonite (Artibonite). On évalue ainsi à 3600 le nombre de bénéficiaires directs des composantes « Fermes modèles et formation en agriculture biologique » et « Transformation agroalimentaire et commercialisation. Ces populations verront leurs revenus accroître, en plus de pouvoir bénéficier d’une nourriture de qualité, leur permettant de satisfaire leurs besoins vitaminiques.

Le projet vise à conclure des ententes avec 20 cantines scolaires pour qu’elles s’approvisionnent directement auprès des producteurs locaux, et ce à raison de 80% de leurs besoins en denrées alimentaires. Ainsi, nous évaluons à 6 000 jeunes élèves qui bénéficieront d’une alimentation locale, saine et de grande qualité.

Soixante jeunes prendront également part aux tournées de théâtre populaire dans ces mêmes 20 écoles. Ainsi, 6 000 jeunes seront sensibilisés et conscientisés aux enjeux de sécurité alimentaire et d’agriculture durable locale respectueuse des ressources environnementales.


Le présent projet bénéficie du soutien financier du ministre des Relations internationales du Québec et de la Confédération des syndicats nationaux (CSN).

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