Essai

Antimanuel d’économie 2 : les cigales

vendredi 1er juin 2007, par Pierre Frisko

Lois du marché. Concurrence. Rentabilité. Efficacité. Répétez en boucle. C’est ainsi qu’on parle d’économie chez les économistes. Bernard Maris, lui, tient un autre discours et revisite au passage la fable de La Fontaine : sans les cigales, les fourmis n’auraient rien à croûter. En d’autres termes, les marchands, pour avoir quelque chose à marchander, ont besoin des êtres insouciants, des glandeurs que sont les poètes, inventeurs, rêveurs et autres créateurs. À partir de là, l’auteur nous explique les rouages du capitalisme et égratigne quelques mythes au passage. Vous croyez qu’une grande fortune se construit sur des bases de loyauté, de mérite et de saine persuasion ? Essayez plutôt la force, la ruse et le mensonge. Vous pensez que l’idéal des marchands est la concurrence ? Tentez le monopole. Vous vous imaginez que les brevets sont à la base de l’invention ? L’auteur affirme plutôt que c’est la copie qui y mène. Il reviendra d’ailleurs fréquemment sur l’importance de la gratuité et de l’inutilité dans la création de richesses.

Pour tenter de comprendre certains des aspects les plus étonnants du capitalisme, Maris est allé faire un tour du côté de chez Freud. Il puise dans les thèses du père de la psychanalyse pour découvrir la source de l’insatiable besoin d’accumulation ou pour savoir ce qui pousse le commun des mortels à s’engager sur la voie de la servitude volontaire.

Dans la vie de tous les jours, Maris s’occupe des pages économiques de l’hebdomadaire satirique français Charlie Hebdo sous le nom d’Oncle Bernard. Excellent vulgarisateur, il fait d’une matière aride un bouquin qui se dévore.. Comme il l’avait fait pour son livre précédent, il enrichit sa prose de textes choisis qui appuient ou illustrent ses propos, une initiative qui contribue elle aussi à alléger la matière. À l’exception de quelques textes, un brin obscurs...

Pas tout à fait le genre de lecture pour se réconcilier avec le genre humain : l’homo economicus est, parfois, tellement désespérant. Heureusement, il reste les cigales !


Antimanuel d’économie 2 : les cigales
Bernard Maris
Éditions Bréal, Rosny, 384 pages

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