Afrique du Sud : derrière la coupe

lundi 14 juin 2010, par Bertold du Ryon

Les yeux du monde seront tournés vers l’Afrique du Sud pendant la Coupe du monde de football. L’occasion d’un état des lieux de la «  nation Arc-en-ciel  ».

Depuis les élections de 1994, l’Apartheid appartient définitivement au passé. Le pouvoir est passé des mains de l’ancien régime uniquement «  blanc  » au gouvernement de l’ANC (Congrès national africain), un parti «  mixte  » dont les noirs forment l’essentiel de la base. Mais tout n’est pas réglé pour autant pour la population noire.

L’Afrique du Sud est un des pays où les écarts de richesses sont parmi les plus grands. Cette répartition entre richesse et pauvreté demeure profondément «  racialisée  ». 90 % des terres agricoles appartiennent à des blancs. 3, 6 % de la population blanche vivent sous le seuil de pauvreté contre 49 % des noirs. À ce niveau, le changement essentiel de l’ère post-Apartheid n’a pas été l’amélioration des conditions de vie du plus grand nombre. Il réside plutôt dans la montée rapide d’une petite élite «  noire  », une bourgeoisie affairiste s’enrichissant grâce aux liens avec le pouvoir politique et (bien souvent) grâce à la corruption. Cette nouvelle bourgeoisie a laissé la grande majorité de la population noire, dont elle est issue, derrière elle. Les frustrations de nombreux habitants en sont d’autant plus grandes. Les inégalités criantes engendrent d’ailleurs une criminalité extrême et souvent très violente.

Cependant, l’approche de la Coupe du monde a eu des effets bénéfiques pour une partie des travailleurs et des pauvres. Non pas par la seule joie de voir leur pays organiser les matchs  : un billet d’entrée coûte dix salaires hebdomadaires d’un travailleur pauvre. Ni grâce aux miettes tombées de la table des riches. Mais, avant tout, grâce à l’amélioration des conditions de lutte qu’a favorisée l’approche du championnat.

Les 15 et 16 mai, 46 000 salariés des transports ont commencé une grève dans les chemins de fer et les ports, exigeant notamment une augmentation des salaires de 15 %. Les exportations (métaux, fruits, vins…) ont été paralysées ou freinées pendant deux semaines. La grève s’est terminée le 27 mai par un accord salarial. Les syndicats luttent aussi contre des menaces de privatisation dans les transports. Depuis février, plusieurs grands mouvements sociaux ont eu lieu dans les «  townships  » (bidonvilles) pour demander l’amélioration des conditions de vie. Le 13 avril, 130 000 salariés des services communaux avaient entamé une grève à l’appel du syndicat Samwu, paralysant les transports locaux. À Johannesburg ou auCap, des «  services d’urgence  » ont été créés pour garantir l’approvisionnement des magasins pendant les préparatifs de la Coupe. En juillet 2009, 70 000 travailleurs occupés à ériger les six nouveaux stades (dont une partie construite par Bouygues) sont entrés en grève pour améliorer leurs conditions salariales. Les maîtres d’œuvre, soucieux de finir les travaux à temps, ont dû lâcher du lest.


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