Voulez-vous des bonbons ?

lundi 8 décembre 2014, par Claude Vaillancourt

Le gouvernement canadien a lancé une campagne de publicité pour vanter une série de mesures qui n’ont pas encore été adoptées par le parlement, dont une baisse d’impôt. Dès le départ, cette initiative soulève des objections : est-il correct qu’un parti au pouvoir utilise de l’argent public pour financer de la publicité qui sert d’abord et avant tout ses propres intérêts — surtout à un an des élections ? La baisse d’impôt des conservateurs, en tant que telle, pose un second problème : s’agit-il vraiment d’une décision appropriée, étant donné le financement déficient de nombreux programmes sociaux ?

En fait, en ce qui concerne cette baisse d’impôt plus spécifiquement, la démarche des conservateurs ressemble à celle qui a été adoptée ces dernières années par plusieurs partis au pouvoir, chez nous et ailleurs dans le monde. Le gouvernement Harper la suit avec une assurance qui s’explique surtout par sa foi aveugle en certains principes de base de l’économie néolibérale, dont celui selon lequel les baisses d’impôt sont nécessairement bonnes et souhaitées par la population. Mais les choix de ce gouvernement montrent bien les effets d’une logique tordue qui nous enferme dans un cercle vicieux.

Selon le ministère des Finances, les derniers cadeaux fiscaux des conservateurs coûteront 2,9 milliards de dollars pour l’année en cours et 1,9 milliards pour l’année prochaine. Ces compressions, jointes à tout ce qu’ils ont jeté dans la cour des provinces, leur ont permis d’accumuler un certain surplus.

Au lieu de consacrer l’argent qui en résulte à des investissements publics utiles pour relancer l’économie, et pour tenter de reconstruire ce qui a été détruit, le gouvernement Harper choisit de se priver une fois de plus de revenus. Ce qui entrainera une situation financière à nouveau contraignante et inconfortable qui le forcera à entreprendre une autre ronde compressions. Et qui créera encore plus d’austérité. Il ne semble donc pas y avoir de porte de sortie.

Pendant ce temps, l’État aura réduit au minimum certaines de ses fonctions — celles concernant surtout sa mission sociale. Il aura coupé dans les programmes sociaux, réduit le nombre de fonctionnaires, cessé largement de financer la recherche et rogné partout ailleurs où il le peut. Et c’est d’ailleurs le but avoué par les conservateurs qui ne cachent pas leur mépris pour les institutions publiques. À l’exception de certains postes, comme l’armée, bien sûr, qui continue à profiter de généreux budgets.

Mais est-ce le souhait de la population ? Lui donne-t-on vraiment le choix ? Cette recette a été appliquée ailleurs, à de nombreuses reprises, au Québec par exemple, avec toujours la même tentation de baisser les impôts afin de séduire les électeurs. Tant pis s’il faut laisser la population en plan par la suite, avec des services déliquescents, des infrastructures qui se dégradent, de la perte d’expertise, des inégalités qui s’accroissent. Le secteur privé ne prendra-t-il pas la relève ? À un coût plus élevé, bien sûr, il lui faut bien réaliser un peu de profit. Pendant que tous les autres s’apauvrissent…

La baisse d’impôt proposée par les conservateurs, par le fractionnement du revenu des ménages, n’a rien de philanthropique. Elle favorise une fois de plus les familles aisées et unies. Encore une fois, chez notre gouvernement, la bonne morale et l’économie s’accordent : tant pis pour les familles monoparentales pauvres ou de classe moyenne, qui ne pourront pas profiter de ce fractionnement, qui permet de transférer jusqu’à 50 000$ dans le revenu du conjoint.

Certes, les baisses d’impôts peuvent être vues comme un soulagement nécessaire pour la classe moyenne, sur laquelle repose une lourde fiscalité qu’elle semble être la seule à véritablement porter. Il semble clair toutefois que cette mesure ne changera pas cette situation. Pendant ce temps, les entreprises au Canada continueront de profiter du taux d’imposition le plus bas du G7. Et les individus les plus riches cacheront encore leurs revenus dans les paradis fiscaux, dont l’accès a été facilité par des accords sur la double imposition que les conservateurs ont multipliés.

Aucun débat n’a lieu sur la fonction véritable de l’impôt, sur la façon de distribuer la richesse, sur la part que chacun doit donner. Les publicités des conservateurs ramènent la question à sa dimension la plus racoleuse.

La journaliste Linda McQuaig comparait les baisses d’impôt à des bonbons. Qui peut résister à de délicieuses friandises ? Qui n’a pas envie d’avoir un peu plus de sous dans sa poche ? Dans ce cas comme dans plusieurs autres, la distribution de bonbons est bien sélective. Il ne faut pas se laisser berner par les plaisirs faciles offerts par les conservateurs, et voir les impacts globaux de leur entreprise de séduction.

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