Journal des Alternatives

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Visite de prisons à ciel ouvert

Marie-Ève Voghel-Robert, 28 mai 2009

Ce n’était ni du tourisme ni du voyeurisme. Une délégation québécoise a visité la Palestine et Israël à la mi-mai, pour tisser des liens avec les Palestiniens et agir afin d’en arriver à une paix juste et durable.

Les 17 Québécois ont été chaleureusement accueillis lors de leur passage. «  Les Palestiniens sont extrêmement heureux de voir que des gens à l’étranger s’intéressent à eux, particulièrement dans les camps de réfugiés », dit Fabienne Preséntey, représentante de Voix juives indépendantes. « Ils sont contents de pouvoir parler. Malgré leurs conditions de vie difficiles et leurs droits bafoués, ils ont un message à envoyer : ils ne sont pas un peuple miséreux et ils trouvent leur force dans la résistance. »

La délégation a tenté d’entrer à Gaza afin de constater les dégâts causés par l’attaque israélienne de l’hiver dernier. Mais elle a été refoulée par l’armée israélienne au point de contrôle d’Eretz. Bunker, murs barbelés, guérites, fermeture à midi, le passage vers Gaza est très contrôlé et l’entrée se fait au compte-goutte. Les membres de la délégation ont « tout de même montré leur appui à la population de Gaza et fait passer leur message en improvisant une petite manifestation avec une banderole arborant “Levez le siège de Gaza” ainsi que les drapeaux québécois et canadien », relate Lorraine Guay, représentante de la Marche mondiale des femmes et de la Fédération des femmes du Québec.

Cette délégation était formée de représentants de syndicats des postiers et d’enseignants et de membres de la fonction publique, de plusieurs ONG, dont Alternatives International, de Québec Solidaire et de groupes québécois préoccupés par la question palestinienne.

Espoir, malgré une situation difficile

Contrôle, peur, espoir, fierté, résistance et droits bafoués se côtoient dans les villes, villages et camps de réfugiés visités par la délégation en Cisjordanie. Lorraine Guay décrit Hébron comme une ville « dure où le sentiment d’étouffement est terrible. On a vu un colon juif lancer de l’eau bouillante de l’étage d’un immeuble sur les Palestiniens plus bas. Par chance, personne n’a été touché. Une vidéo de l’incident a été prise ». Fabienne Preséntey abonde dans le même sens  : « Il est courant que des maisons palestiniennes soient brûlées et des cocktails Molotov lancés. »

La délégation s’est rendue au camp de réfugiés palestiniens d’Arroub, à une vingtaine de kilomètres d’Hébron, où près de 10 000 personnes vivent entassées dans de petites maisons. Lorraine Guay relate le « sentiment d’enfermement, de désespoir et d’absence de solution en vue » qu’elle a ressenti durant cette visite. Elle va même plus loin : « C’est des prisons, comme Gaza, chaque camp de réfugiés est une prison à ciel ouvert. »

Malgré la vie difficile dans les camps et dans les Territoires occupés, plusieurs tentent de s’organiser, « particulièrement les jeunes de moins de 30 ans, qui essayent de travailler autrement et de trouver des solutions parce qu’ils ne veulent pas vivre toute leur vie dans une société dépendante de l’Occident, souligne Fabienne Preséntey. Ils font de petits boulots, ils se rapproprient des parties de territoire et apprennent à travailler la terre pour vendre leurs récoltes. » Elle mentionne l’importance de projets, comme celui d’un jardin-café que la délégation a visité dans un camp de réfugiés : «  C’est par et pour les jeunes. Ils essaient ainsi d’avoir une vie un peu plus normale. Ce genre d’initiatives assure une meilleure cohésion sociale et permet d’atténuer bien des problèmes. »

Du côté israélien

Les membres de la délégation québécoise ont aussi rencontré des représentants de la société civile israélienne qui militent pour la paix et contre l’occupation du territoire palestinien, comme la Coalition of Women for Peace. Cette coalition regroupe plusieurs organisations de militantes israéliennes, dont les Women in Black. Ces femmes ont été les premières à manifester contre l’occupation des Territoires palestiniens par Israël en 1988 et elles comptent aujourd’hui près de 10 000 sympathisantes à travers le monde.

La délégation s’est aussi rendue à Bil’in pour participer à une manifestation contre le « mur de la honte ». Le groupe Anarchists Against the Wall, formé par des Israéliens, auxquels se sont joints des Palestiniens et des militants étrangers, manifeste chaque semaine pour dénoncer le mur construit par Israël sur les Territoires palestiniens. Selon Lorraine Guay, « le mur est symbole d’une agressivité impressionnante, il coupe routes et villages et morcelle le territoire ».

La délégation, et après

Fabienne Preséntey, explique que « la délégation est venue avec l’intention de témoigner de la situation des Palestiniens en Cisjordanie afin de voir quels sont leurs besoins, dans l’optique de leur apporter le soutien et les ressources disponibles à travers nos réseaux sociaux. » Elle cite en exemple une rencontre qu’ils ont eue avec les dirigeants d’un centre qui travaille avec les enfants, afin de voir comment il serait possible d’élaborer des projets communs. Elle tient à préciser « qu’on n’est vraiment pas ici pour faire du voyeurisme politique, mais vraiment pour voir quels sont leurs besoins et à quel niveau on pourrait les soutenir ».

Les membres de la délégation vont poursuivre ici leur travail de sensibilisation et d’action pour appuyer le peuple palestinien. Lorraine Guay évoque la possibilité de jumelage entre camps de réfugiés ou villages palestiniens avec des municipalités québécoises. Représentante pour la Marche mondiale de femmes, elle mentionne les liens créés avec un comité de femmes palestiniennes en vue d’élaborer conjointement des actions en Palestine dans le cadre de la Marche l’an prochain.

La délégation voulait aussi dénoncer les positions canadienne et québécoise concernant l’occupation du territoire palestinien par Israël, ainsi que le morcellement du territoire et le non-respect du droit international par l’État hébreu.

Et il est clair que la poursuite de la campagne mondiale de sanctions et de boycottage envers Israël demeure une priorité. Les différents groupes de la société civile rencontrés en Cisjordanie par la délégation québécoise ont souligné son importance. C’est la société civile palestinienne qui a lancé un appel à une campagne non violente de boycottage, de désinvestissement et de sanctions (BDS) en 2005, qui se poursuivra tant qu’Israël ne respectera pas le droit international.