Victoire d’eau

jeudi 29 mai 2008, par Nicolas Dieltiens

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Les résidants de quartiers pauvres de Johannesburg ont remporté une grande victoire le 30 avril. Les compteurs d’eau prépayés ont été déclarés illégaux par un tribunal. Ce jugement favorable est l’aboutissement d’une lutte qui dure depuis cinq ans.

La Haute Cour de Johannesburg juge que les compteurs prépayés sont anticonstitutionnels, parce que le gouvernement ne remplit pas ses obligations avant le débranchement au réseau. Et puisque la société municipale responsable des eaux, Johannesburg Water, installe strictement des compteurs prépayés dans des quartiers noirs, et ce, sans consulter les populations touchées, la Cour estime que ces compteurs renforcent la discrimination raciale léguée par l’apartheid.

Le prépayé constitue le nouveau symbole de contrôle social des pauvres en Afrique du Sud. Initialement utilisé comme technique de vente dans le domaine de la téléphonie, ce concept a été imposé aux ménages démunis dans l’approvisionnement en électricité, puis en eau, afin d’endiguer l’accumulation de dettes. Les compteurs prépayés ont été introduits dans les townships noirs de Johannesburg en 2003. Les résidants ont alors exprimé leur colère, en les arrachant durant la nuit. La municipalité a alors fait appel à des compagnies de sécurité privées et à la police pour défendre les installations de Johannesburg Water.

Johannesburg Water a par la suite appris de ses erreurs pour éviter les conflits de cette phase initiale. Les arriérés des clients ont été effacés s’ils acceptaient l’installation de compteurs prépayés. Tout refus était accueilli par une déconnexion au réseau d’aqueduc.

Comme signe de bonne volonté avant de témoigner en cour, la municipalité s’est dit prête à augmenter le nombre de litres fournis gratuitement par foyer pour qu’il passe en moyenne de 25 à 41 litres par personne par jour. Par contre, la Haute Cour n’a pas été impressionnée par cette concession. En prenant en considération les évaluations d’un expert sur la consommation minimum d’eau et les surplus financiers de la Ville de Johannesburg, elle a ordonné une augmentation pour que les citoyens reçoivent au moins 50 litres d’eau par jour gratuitement. En comparaison, le Québécois moyen consomme 400 litres d’eau par jour !

La municipalité poursuit la bataille

La Ville de Johannesburg, qui a déjà investi 52 millions de dollars de dollars pour les compteurs prépayés, se retrouve dans l’embarras pour ne pas avoir écouté dès le début les citoyens. Le maire, qui a continuellement refusé de recevoir les doléances des protestataires, a annoncé son intention d’interjeter appel. Amos Masondo affirme que seulement quelques personnes s’opposent aux compteurs prépayés. Mais son équipe n’a pas été en mesure de faire signer un affidavit en faveur du prépayé par un seul résidant des quartiers visés. Seulement sept employés de Johannesburg Water et deux conseillers municipaux ont signé cette déclaration. Le maire a donc attaqué le juge de la Haute Cour : « Les juges ne sont pas au-dessus des lois. Un juge ne peut pas prendre la place du gouvernement. »

Les militants se retrouvent donc dans une position inhabituelle : défendre la loi, tandis que le gouvernement la dénonce. Cette cause a permis de briser la façade sociale-démocrate que se donne la Ville de Johannesburg dans sa livraison de service et de démasquer les politiques de recouvrement des coûts en Afrique du Sud.

La coalition d’organisations créée pour combattre les compteurs prépayés compte faire campagne pour que l’eau ne soit plus considérée comme un produit de consommation comme les autres. La Coalition contre la privatisation de l’eau va partager l’expérience de cette victoire avec des communautés rurales dans la province du Cap-Oriental, où 80 bébés sont morts depuis octobre en raison de la négligence d’une municipalité. Avec une pauvreté extrême, une reconnaissance de droits sociaux et un gouvernement centré sur des politiques économiques conservatrices, cette confiance renouvelée envers des démarches juridiques va certainement garder les juristes sud-africains bien occupés.

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