Journal des Alternatives

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Une réforme électorale à l’insu des montréalais

Roger RASHI, 13 octobre 2004

À la surprise générale des observateurs de la scène municipale montréalaise, le maire Gérald Tremblay a déposé lors de la séance du Conseil de ville de fin septembre une proposition de réforme électorale qui changerait de fond en comble la façon d’élire les conseillers municipaux. Cette réforme concoctée en catimini dans les officines du pouvoir, sans aucune consultation publique, est profondément anti-démocratique et néfaste pour l’avenir de Montréal.

Selon la proposition du maire, enterinée par la vaste majorité des conseillers de son parti à l’exception notable du conseiller Marvin Rotrand de Snowdon, l’électeur dans un arrondissement aurait dorénavant le choix entre différentes « slates » dirigées par le candidat à la mairie de l’arrondissement. La « slate » gagnante remporterait non seulement la mairie locale mais tous les postes de conseillers locaux dans l’arrondissement.

Un tel mode de scrutin aurait de multiples effets pervers. En premier, il favoriserait indûement les grands partis municipaux aux détriment des tiers partis ou des candidats indépendants. En effet, seuls les partis établis auraient les ressources, tant humaines que financières pour faire campagne à l’échelle des arrondissements. De plus, ce mode de scrutin favoriserait la centralisation du pouvoir au niveau des maires d’arrondissements. Ces derniers seraient à la tête de Conseils d’arrondissements dépourvus de toute voix dissidente. À la faveur de cete réforme, l’on verrait se constituer à Montréal une sorte de petit État féodal. Un roitelet-maire et quinze barons tout-puissant règneraient sans partage sur la métropole.

Les motifs qui amènent le maire Tremblay et son parti l’UCIM à proposer un tel système indigeste sont des plus limpides : c’est le seul moyen qui leur reste pour s’accrocher au pouvoir lors des élections municipales de novembre 2005. Avec le départ des douze banlieues suite aux référendums sur la défusion de juin dernier, la majorité électorale du maire Tremblay a fondu comme neige au soleil. Dans les quinze arrondissemnts qui constituent Montréal présentement, il ne détient que 43% des votes alors que son rival, Pierre Bourque, chef de Vision Montréal, s’arroge 52,2% des voix. Au Conseil de ville, la mince majorité que détient le Maire et son parti (29 conseillers sur 56) n’est due qu’au départ de 8 conseillers de Vision Montréal dont six ont joint les rangs du parti du maire. Le seul net avantage que posséde Gérald Tremblay est au niveau des mairies d’arrondissements ou neuf sur quinze lui sont acquises. Sa réforme vise donc simplement à transformer cet avantage en levier pour gagner une majorité de sièges au conseil de ville, tout en espérant que ces maires d’arrondissements lui aménent assez de votes pour qu’il puisse dépasser son rival lors du scrutin à la mairie de la ville.

Pour empêcher ce plan cynique d’être entériné par Québec le 1er décembre, car c’est le gouvernement provincial qui détient le pouvoir de décréter le mode de scrutin à Montréal, il faut exiger qu’une consultation publique en bonne et due forme soit tenue à Montréal avant que soit instaurée tout type de réforme électorale. Seul les Montréalais devraient être habilités à décider du mode de scrutin dans leur ville. Il est inacceptable que des changements aussi importants à la vie démocratique de la métropole soit fait à l’insu des citoyens.