Journal des Alternatives

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Une force, née de la terre de braise

Julie GODEFROY, 24 avril 2003

Brésil, Espagne, Portugal, Colombie, Venezuela, et enfin, le Québec. Avant de décoller vers Montréal, Maria Apparecida de Almeida, docteure en linguistique, a pris son élan. Cela fait maintenant 30 ans qu’elle enseigne le chant des langues latines.

Depuis la petite ville de Conceiçao do Mato Dentro, perchée dans les montagnes brésiliennes du Minas Gerais, le chemin pouvait paraître long. Pourtant, Maria Apparecida de Almeida ne semble pas s’être posée de questions : « Pourquoi [le Québec] ? Ça, je n’en sais rien ! lance-t-elle d’un rire mutin. Quand j’ai découvert qu’il existait un Canada français, il y a eu comme une lueur, je savais que j’allais vivre là. » Le français bien sûr. Apparecida se passionne pour la langue de Molière, cette « langue de culture ». Après un passage à Ottawa, à l’occasion d’une maîtrise en études linguistiques, Apparecida rejoint l’Université de Montréal. Elle sera la première Brésilienne à y réaliser un doctorat. « J’étais impressionnée, mais petit à petit, j’ai apprivoisé la ville, et aujourd’hui je l’adore ! »

Les états d’âme de l’immigrant, Apparecida les dépasse en souriant : « Je n’ai pas eu de réel choc culturel ici, c’est le Québec qui a eu un choc avec moi ! Au Brésil, je ne m’étais jamais posée de questions sur le statut des immigrants. Là-bas, jamais je n’entendais la question "d’où viens-tu ?", cette fameuse question que l’on pose si souvent ici. » Au gré des voyages, une vérité s’impose : « Tu découvres, tu compares… et là, tu comprends que tu es Brésilienne ! Ta force vient de la terre où tu es née. »

Brésilienne de sang et d’âme, mais gare aux étiquettes : « Je refuse d’apparaître comme un être exotique ! » s’insurge-t-elle. À son arrivée au début des années 70, le Brésil restait énigmatique, mystérieux. Mais aujourd’hui, beaucoup a évolué, le pays fait de plus en plus l’objet d’études, on commence à mieux le connaître. « D’ailleurs, on tente des comparaisons dans tous les domaines, se réjouit Apparecida, et puis les mariages entre Québécois et Brésiliens sont à la mode ! »
Entre le Québec et le Brésil, Apparecida pourrait bien avoir joué l’entremetteuse. En 1972, elle a été la première à enseigner le portugais à l’Université de Montréal. Aujourd’hui, ce sont les étudiants de McGill qu’elle initie à cette langue, et ceux de l’UQAM où elle enseigne. Véritable porte d’entrée du Montréal lusophone, elle a enseigné la langue du grand poète portugais, Fernando Pessõa, à des centaines d’étudiants.

Au-delà du labyrinthe grammatical, Apparecida offre surtout à ses élèves la clé d’un pays, les incitant à la découverte. Souvent, elle s’interrompt au milieu d’une conjugaison pour partager une anecdote, ou bien, à l’improviste, une touche de jargon vient se tracer sur le tableau noir, la giria brésilienne si colorée, l’intimité d’une langue. D’année en année, Apparecida garde contact avec ses étudiants, constituant une vraie petite tribu « brésilophile ». Depuis quelques mois, elle assume également le poste de directrice adjointe du nouveau Centre d’études et de recherches sur le Brésil (CERB, UQAM). Une véritable croisade pour la promotion de la culture brésilienne, récemment saluée par ses compatriotes, puisqu’elle a reçu en février le titre de Commandeur de l’ordre du Rio Branco.

Apparecida, qui n’envisage pas un instant de quitter Montréal, reste toujours fermement attachée à son Brésil de cœur, saudade (nostalgie) oblige. Un pied dans chaque hémisphère, son énergie promet de se propager toujours plus fort. Attention Montréal, le Brésil est à tes portes !


Julie Godefroy, journal Alternatives