Journal des Alternatives

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Roman

Tea-Bag

France-Isabelle LANGLOIS, 28 juin 2007

Le dernier livre d’Henning Mankell n’est pas un polar. Le célèbre auteur nous livre avec Tea-Bag un roman étonnant sur l’immigration clandestine et la Suède divisée en deux mondes parallèles. Laissant de côté son célèbre inspecteur Wallander, Mankell met plutôt en scène le personnage de Jesper Humlin, poète suédois jouissant d’un certain succès local, à la personnalité fade, se laissant volontairement dominé par sa petite amie, sa mère, son éditeur et son conseiller financier.

Soucieux de son petit monde, de sa petite personne et de ses petits acquis, l’écrivain vit dans un monde lisse, sans aspérité aucune, jusqu’au jour où une jeune Nigériane - qui prétend parfois être Kurde - répondant au nom énigmatique de Tea-Bag assiste à l’une de ses conférences. Il retrouvera la jeune fille quelques jours plus tard à Göteberg, petite ville à forte population immigrante, dans un gymnase de boxe tenu par un ex-copain qui a un peu trop grossi. Tea-Bag, entrée clandestinement en Europe dans un bateau bondé, Tania originaire d’Europe de l’Est, tout aussi clandestine, et Leila, fille d’immigrés iraniens, bouleverseront l’existence du poète qui jusque-là demeurait sur son quant à soi. Elles exigeront des cours d’écriture et plongeront leur professeur improvisé dans une aventure sens dessus dessous dont toute la smalas du voisinage se mêlera.

Quelques quiproquos, quelques courbatures et quelques mésaventures avec la police permettront à Jesper Humlin de prendre conscience d’une Suède dont il ignorait jusqu’alors l’existence. Son éditeur lui réclamant un roman policier, « parce que tout le monde peut écrire ça », le poète pense pouvoir tirer parti des récits des jeunes filles. Commence alors le récit de tous les moins que rien, des sans identités fixes, des transparents et des inodores de ce monde.


Tea-Bag
Henning Mankell, traduction d’Anna Gibson
Paris, Seuil, 2007, 332 pages.