Journal des Alternatives

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Communiqué

Sur les accords de paix au Congo

Alternatives et d’autres ONG en RDC se positionnent

Michel LAMBERT, 26 avril 2003

Communiqué des ONG internationales qui travaillent sur le terrain en RDC dans les domaines de l’aide humanitaire, des droits humains, du développement et de l’éducation civique.

KINSHASA (République Démocratique du Congo) - Les organisations non gouvernementales internationales présentes au Congo suivent avec beaucoup d’attention les récents progrès accomplis en RDC sur la voie de la paix et de la relance du processus de démocratisation. La conclusion heureuse du Dialogue Inter Congolais et la mise en place imminente d’un gouvernement de transition sont à saluer comme des jalons importants dans la voie du rétablissement d’un État de droit en RDC. Nous voulons féliciter les Congolais qui ont contribué à l’atteinte de ces résultats de même que les organisations internationales, les Nations Unies et les pays qui ont fait des pressions pour amener les belligérants à signer des ententes et à s’asseoir autour d’une table pour y trouver des solutions. Il faut également souligner le rôle positif joué par la Mission d’observation des Nations Unies au Congo (MONUC) malgré les limites de son mandat et le nombre réduit de ses troupes.

La voie diplomatique a prouvé qu’elle pouvait mettre fin à la guerre en RDC, mais le processus reste fragile, aussi, il nous semble impératif, en ce moment où une issue crédible à la crise congolaise est à portée de la main, de redoubler d’efforts pour en finir avec la guerre.

Les informations des dernières semaines, en provenance de l’Est du pays qui font état d’importants mouvements de troupes nous inquiètent, plusieurs craignent une reprise généralisée des combats ou de vastes offensives. La situation en Ituri reste extrêmement préoccupante malgré la signature d’accords par la Commission de Pacification de l’Ituri (CPI). Koffi Annan lui-même affirme : « Je m’inquiète que les États voisins, notamment, continuent d’être généralement soupçonnés de s’impliquer politiquement et militairement dans l’est du pays. Les conditions de sécurité sur le terrain ont empêché la MONUC de vérifier le nombre croissant d’informations faisant état de la présence de troupes étrangères ». Treizième rapport du Secrétaire général sur la MONUC ; Conseil de Sécurité des Nations Unies, 21 février 2003, paragraphe 55, p. 17.

Plusieurs commissions d’enquête ont démontré que la guerre en RDC, malgré ses horreurs innombrables, profitait à certains. Au moment où une issue à la crise congolaise paraît réalisable, il faut s’attendre à ce que ceux qui tirent profit de l’absence d’État et de l’absence de respects des droits fondamentaux fassent tout en leur possible pour bloquer le processus de paix et la mise en place du gouvernement de transition.

Nous voulons profiter de la chance historique de mettre fin à la guerre qui se présente en ce moment pour demander au système des Nations Unies et aux pays influents d’intensifier leurs appuis au processus de paix. Il est urgent et important d’agir maintenant pour que les Congolais puissent progresser dans le chemin vers la paix, aussi :

  • Nous demandons le renforcement de la Mission d’observation de l’ONU pour le Congo (MONUC) pour la vérification du retrait effectif des troupes étrangères et l’arrêt de tout soutien étranger aux groupes armés et aux rébellions congolaises.
  • Nous demandons d’aider à la constitution d’une police nationale en Ituri composée de non-Ituriens et d’ Ituriens (toutes ethnies représentées), formée par la MONUC et qui pourrait patrouiller avec la MONUC dont le mandat serait renforcé localement non seulement pour veiller effectivement au cessez-le-feu, mais aussi pour protéger les populations civiles.

Nous voulons également demander aux Composantes et Entités du Dialogue Inter Congolais qui ont adopté les résolutions de Sun City et signé les accords de Pretoria :

  • d’appliquer les dits accords pour soulager le plus rapidement possible les populations civiles qui ont beaucoup souffert ;
  • de permettre la libre circulation des personnes et des biens afin de favoriser la réconciliation et la relance de la vie économique et des initiatives de développement.

Le travail des ONG internationales est de collaborer à la reconstruction du pays. L’arrêt des combats, le retour à paix et à la sécurité, la fin de l’impunité, la réconciliation entre les communautés et les pays sont des préalables indispensables à toute entreprise de développement durable. Le recours à la force des armes de même que le mépris du droit international ont été courants dans la région au cours des 10 dernières années, chacun des trois pays qui constituent la région des Grands Lacs africains y a connu les moments les plus dramatiques, les plus meurtriers de son histoire, il est temps que cela finisse.

Fait à Kinshasa, le 25 avril 2003

Signé par :

Alternatives, Avocats Sans Frontières/Belgique, CARE International, Catholic Relief Services, Christian Aid, Concern, COSI, Développement et Paix, Diakonia, GRET, International Human Rights Law Group, Oxfam-Québec, Save the Children (UK)


Michel Lambert est Directeur de l’antenne d’Alternatives à Kinshasa