Journal des Alternatives

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Élections 2006

Stockwell Day ou la face cachée du Parti Conservateur

Pierre BEAUDET, 6 décembre 2005

Depuis le début de la campagne électorale, peu d’attention a été accordé à la politique extérieure, un peu comme si le Canada vivait dans une bulle. Pourtant à tout bout de champ, les gouvernements et les partis nous rappellent que notre sort et notre avenir sont déterminés par la mondialisation. Qu’ils ne peuvent pas dévier d’un certain nombre de prescriptions déterminées « ailleurs » (le G-8, l’OCDE, le FMI, etc.). Il y a donc là une certaine ambiguïté pour ne pas dire une hypocrisie du système.

Le Parti Conservateur pour le changement ?

À une autre échelle, le Parti Conservateur et son chef Stephen Harper cherchent à remonter la côte en se présentant comme une « force de changement » modérée. Dans la plateforme actuelle du PC, on se contente de platitudes comme de dire que la politique extérieure canadienne doit être basée des valeurs comme la démocratie et la règle du droit, les marchés libres et le libre-échange, que le Canada doit appuyer l’ONU et l’ALÉNA, etc. Plus précis cependant sont les engagements de renforcer l’armée, avec $1,2 milliard d’augmentation annuelle du budget militaire. En bref, les conservateurs nous disent de ne pas s’inquiéter et que tout continuera comme avant, y compris dans la promotion de la souveraineté du Canada dans le monde. Est-ce le cas ?

Un personnage controversé

Stockwell Day qui a été dans le précédent Parlement le porte-parole du Parti Conservateur sur la politique extérieure s’est surtout fait connaître ces dernières années par ses positions sur les questions morales. Comme les groupes intégristes aux Etats-Unis, il prétend que « la loi de Dieu » doit dominer les écoles et que le monde a réellement été créé en 7 jours. Il est un féroce adversaire du droit à l’avortement. Il pense que les féministes « exagèrent » en demandant des législations plus vigoureuses comme sur la question de la violence familiale. Face aus droits des gais, il a déclaré que l’homosexualité était un « désordre mental qu’il est nécessaire de guérir ».

Mon ami américain

Au-delà de ses controverses, M. Day est associé à l’élaboration d’une vision conservatrice sur le rôle du Canada, et qui passe par le rapprochement avec les Etats-Unis. Lors de la dernière campagne électorale (2004), le virage proposé par le PC était plus explicite. On proposait d’inclure l’ambassadeur américain dans le Cabinet et d’en faire un membre officiel du comité parlementaire sur les relations canado-américaines. Cette proposition avait été alors ridiculisée et elle n’est plus explicite dans la plateforme actuelle. Elle revient cependant par la bande par l’engagement à renforcer nos liens avec le voisin du sud via l’ALÉNA et également en augmentant les budgets militaires dans le but de « protéger la sécurité de l’Amérique du Nord » (ce que l’administration Bush a réclamé à maintes reprises). Tout au long du débat sur la participation canadienne au projet de « boucler antimissile » des Etats-Unis, M. Day a exigé que le gouvernement canadien adhère à ce projet liant le Canada à une aventure aussi inutile que dangereuse (militarisation de l’espace). Soulignons enfin l’opposition conservatrice au Protocole de Kyoto, un « mauvais projet » selon Stephen Harper.

L’« axe du mal »

Pour Stockwell Day, le monde est divisé en deux, ceux qui croient en Dieu et qui sont « civilisés », et ceux qui n’y croient pas et qui sont des États « terroristes ou autoritaires ». Face aux violations des droits des Palestiniens, M. Day croit qu’il faut renforcer nos liens avec Israël et surtout sanctionner les « terroristes » au Liban, en Syrie, en Iran. Ce qui est paradoxal pour un homme qui a été accusé d’anti-sémitisme dans le passé. Selon l’ancien candidat à la chefferie du Parti Conservateur David Orchard, le leadership actuel endosse totalement le projet militaire des Etats-Unis. L’idée étant que le Canada participe « directement, à travers des structures de commandement militaire intégrées, au projet de conquête des États-Unis en Asie centrale et au Moyen-Orient, incluant le massacre de civils en Irak et en Afghanistan, la torture de prisonniers de guerre, l’établissement de camps de concentration, etc. ».

Appuyer la « guerre sans fin » de Bush

Il faut se souvenir que l’ancêtre du PC actuel, l’Alliance canadienne, s’était vigoureusement opposée à la non-participation à la guerre contre l’Irak en 2003. Lors du déclenchement de la guerre, Stockwell Day avait réclamé que le Canada y participe, avec ou non la sanction de l’ONU. Dans un article alors publié par le Wall Street Journal (28.3.03), il avait pris parti pour Washington contre Ottawa : « Aujourd’hui, le monde est en guerre. Une coalition de pays sous la direction de la Grande-Bretagne et des États-Unis a entrepris une action militaire destinée à désarmer Saddam Hussein, mais le Premier ministre Jean Chrétien a décidé de tenir le Canada à l’écart de cette coalition militaire. C’est une grave erreur. Ne vous méprenez pas. L’Alliance canadienne ne restera pas neutre. Dans l’esprit et par la pensée, nous serons avec nos alliés et amis. Nous ne serons pas avec le gouvernement canadien ». Plus tard en « fusionnant » l’Alliance avec le Parti progressiste conservateur, Stephen Harper avait déclaré que son nouveau parti pouvait enfin se débarrasser des anciens « conservateurs progressistes » (comme Joe Clark) et former une « coalition plus homogène, (ce qui va nous permettre de) prendre des positions plus solides, comme celle que l’Alliance a su prendre pour la guerre en Irak ».