Retraits et redéploiements : au nom de quoi, de qui ?

lundi 29 août 2005, par Michel WARSCHAWSKI

« Le redéploiement unilatéral de Gaza » a été réalisé avec succès. En moins
d’une semaine, les 8 000 rapatriés et les 2 000 supporteurs ont été déplacés
de la bande de Gaza, et les bulldozers ont déjà commencé à démolir les
maisons d’entraide. Dans Samaria Nord, soit dans la portion nord de la
Cisjordanie, la plupart des rapatriés ont déjà quitté leur maison. Dans une
semaine, le « redéploiement » sera terminé.

Les Israéliens, ainsi que les médias internationaux, avaient prédit des
affrontements sanglants entre les rapatriés et l’armée. En fait, ce fut une
prestation bien contrôlée dans laquelle l’État, l’armée, les médias et une
portion substantielle de l’opinion publique israélienne se sont unis aux cris et
aux larmes des rapatriés « délogés de leurs demeures ».

De leur côté, les porte-parole de la communauté internationale louangent le
premier ministre israélien, Ariel Sharon, pour cette « action courageuse vers
une paix juste entre Israël et les Palestiniens ». Certains suggèrent même
de lui décerner le prix Nobel ! Pourtant, il n’y a pas de secret quant aux
intentions réelles de Sharon et ses collaborateurs.

Ceux-ci ont affirmé des centaines de fois que l’objectif du redéploiement
unilatéral était « d’immobiliser le processus de paix » afin de « fermer la
porte d’un éventuel État palestinien » et de gagner du temps. Gagner du
temps pour l’accélération de la colonisation de la Cisjordanie.

Tous les reportages télévisés ou diffusés par satellite montrent à quelle vitesse
Ariel Sharon a mis en place, au cours de la dernière année, sa politique
destinée aux rapatriés dans l’ensemble de la Cisjordanie, afin de rendre
impossible toute tentative d’établir un État palestinien viable et perpétuel, à
l’ouest du Jourdain.

Gaza était un fardeau pour l’économie et l’armée israéliennes. Avec plus
d’un million de résidents palestiniens, elle comptait une des populations les
plus denses du monde. Afin de protéger moins de 10 000 rapatriés juifs
établis dans la bande de Gaza, une armée entière risquait chaque jour les
tirs et les pièges.

En fait, pour Sharon, il était devenu clair qu’Israël ne pouvait réussir à
« avaler » Gaza. Il était donc nécessaire de s’en débarrasser, même si cela
se faisait au prix du démantèlement de quelques douzaines de colonies.

Par ailleurs, la situation permettait à Sharon d’avoir l’air de celui qui faisait
un immense sacrifice au nom de la paix, aux yeux de la communauté
internationale. En ce sens, le premier ministre israélien n’a certainement
pas été malheureux de la mobilisation des rapatriés et de leurs supporteurs
contre le redéploiement de Gaza. Cela confortait l’idée auprès de l’opinion
publique locale et internationale que le démantèlement des quelques colonies
étaient véritablement douloureux. Alors qu’il s’agit en fait d’une région avec
laquelle la grande majorité des Israéliens ne souhaite avoir aucun contact.
Cela confortait également l’idée que, se faisant, Sharon prenait un énorme
risque, y compris le risque d’une guerre civile.

Ariel Sharon est en fait un individu dont la brutalité n’est pas arbitraire, et qui
s’intègre à un plan stratégique : au cours des trois prochaines décennies,
« terminer la guerre [israélienne] de l’indépendance » et terminer la
colonisation de la Palestine historique. Selon Sharon, les frontières de l’État
d’Israël sont, à l’est, le Jourdain, à l’ouest, la Méditerranée. Mais ce ne sera la
vraie frontière d’Israël que lorsqu’il y aura une suite de colonies israéliennes
et une présence physique entre la mer Méditerranée et le fleuve du Jourdain.
C’est pourquoi - malgré le retrait de quatre colonies en Cisjordanie Nord
- la priorité stratégique prévoit de poursuivre et d’accélérer le projet de
colonisation en Cisjordanie jusqu’à ce que la Palestine entière soit Israël.
Lorsque Sharon dit souhaiter une Palestine, c’est d’une Palestine pour l’État
juif dont il parle. Et non d’un État israélo-palestinien.

Les zones palestiniennes très densément peuplées (en particulier la bande
de Gaza, les grosses villes et leur région périphérique) seront exclues
du territoire global, cloisonnées derrière un mur et autogérées par les
Palestiniens eux-mêmes. Il s’agit du vieux plan de création des bantoustans
palestiniens.

Le fait qu’il n’y aura pas de colonies ni de soldats israéliens à l’intérieur de la
bande de Gaza sera un soulagement pour la population palestinienne locale.
Mais cette population demeurera dans une grande prison, entièrement
contrôlée de tous les côtés par l’armée israélienne. Cela n’a rien à voir avec
une étape vers la formation d’un État palestinien libre et souverain.


L’auteur, journaliste israélien, est aussi un militant pour la paix, fondateur de Alternative

Information center (AIC) de Jérusalem

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