Réfugiés climatiques : « la responsabilité des pays développés »

dimanche 21 novembre 2010

Alors que le Forum social mondial sur les migrations s’est achevé le 11 octobre 2010 à Quito en Equateur (voir notre reportage), Ivo Poletto revient dans un court entretien sur les corrélations entre crises environnementales et flux migratoires. Ce philosophe et sociologue est impliqué dans le Forum brésilien Changements climatiques et Justice sociale.


Alter-Echos : Plusieurs organisations indiquent que l’on pourrait passer dans les prochaines années de 25 millions à 100, voire 200 millions de déplacés environnementaux. Quels liens établissez-vous entre migrations et changements climatiques ?


Ivo Poletto :
Les migrations climatiques ou déplacements pour raisons environnementales sont une nouvelle réalité s’inscrivant dans une réalité historique de plus long terme. La famine continue de générer des migrations. Le changement climatique s’y est ajouté. Dans les deux cas, les personnes contraintes de partir voient diminuer les possibilités de vie dans leur territoire d’origine. Le développement économique mondialisé, en vouant la terre à l’agrobusiness, participe par exemple à l’expulsion des paysans. Ces derniers gagnent les villes de pays encore plus appauvris où les possibilités de vivre dignement sont faibles. Les processus de production des pays industrialisés utilisent toujours plus de ressources naturelles et ils émettent tant de gaz à effet de serre qu’ils créent des déséquilibres que la planète manifeste par les changements climatiques. Ces dérèglements aggravent toujours plus les conditions de vie des populations, particulièrement dans les pays les plus vulnérables. La vie est parfois rendue si difficile que beaucoup partent chercher d’autres espaces pour pouvoir survivre. Le changement climatique est déjà là et la tendance est à l’augmentation de ceux qui sont déplacés du fait de ces dérèglements.

Alter-Echos : Quelles sont les voies à emprunter selon vous ?

Ivo Poletto :
Nous marchons dans deux directions. Il y a d’une part les luttes pour que soient reconnus les droits des migrants internes et internationaux. L’enjeu est de faire cesser l’idée qu’ils représentent une menace. Comme le prouvent de nombreuses études, la responsabilité de cette migration relève des pays industrialisés, des pays les plus riches. C’est pourquoi, ces pays doivent reconnaître à ces populations le droit de venir chercher des conditions de vie meilleures chez eux. Comment condamner ces déplacés alors que ce sont les pays industrialisés qui contrôlent cette économie mondialisée et qui génèrent les problèmes de vie dans les territoires des migrants ? Il est nécessaire de leur accorder le droit de se déplacer et de s’installer dans les pays qui sont responsables de leur migration.

Alter-Echos : Et quelle est l’autre voie à suivre ?

Ivo Poletto : Nous estimons que toutes les personnes et tous les peuples peuvent vivre dans leurs propres territoires. Cela implique pour la société civile de cesser de parier sur le progrès tel qu’il est pensé aujourd’hui, et qui ne cesse d’agresser la terre, la planète et les conditions d’existence d’une grande partie des gens. Plus de 60 % de la population mondiale vit à proximité de la mer. Si son niveau continue de monter, des millions de gens vont être expulsés de leurs terres. Où vont-ils vivre ?


Alter-Echos :
A quels niveaux peut-on agir ?


Ivo Poletto
 : Il est essentiel de lutter pour des changements profonds, aussi bien au niveau local, national et international afin que la planète et nos écosystèmes retrouvent leurs équilibres. C’est la seule façon de faire cesser la destruction des territoires où vivent des millions de personnes. Agir à ces différents niveaux, c’est sauver dans le même temps les territoires où vivent les peuples et préserver les conditions nous permettant de vivre sur la planète. En tant que société, les petites initiatives, grandes en réalité, peuvent montrer qu’il est possible de changer et que nous devons changer.


Alter-Echos
 : Sur quels types de droits peut-on s’appuyer ?

Ivo Poletto : Nous pourrions lutter pour un « devoir de responsabilité » des pays qui provoquent et continuent de provoquer les changements climatiques. Ce devoir de responsabilité permettrait aux populations de bénéficier du droit à vivre dans les territoires de ceux qui ont commis un crime écologique. Néanmoins c’est une option difficile. L’essentiel à mon sens est de se battre pour montrer que nous devons mettre en oeuvre très rapidement les transformations nécessaires à notre survie sur cette planète. Ces changements profonds peuvent faire émerger une autre civilisation avec d’autres valeurs, d’autres formes de vivre ensemble. Il me semble que c’est la stratégie la plus importante.

Alter-Echos : Qu’espérez-vous de la prochaine conférence sur le climat à Cancun en décembre ?

Ivo Poletto : Cancun n’est pas un événement isolé mais il s’inscrit dans un processus, dont le forum social des migrations est partie prenante. Par ces conférences, l’humanité reçoit des informations fondamentales qui lui permettent de reconnaître que nous vivons une crise très grave. A partir de ce constat, les peuples peuvent mettre une forte pression sur les gouvernements et les secteurs économiques pour voir que l’urgence est de changer de chemin et de changer ensemble. Continuer sur cette voie du progrès c’est prendre le risque pour les générations à venir de ne plus pouvoir vivre sur cette terre. L’environnement favorable à la vie se voit maintenant contraint et souffrant. Comme l’écrit un auteur au Brésil, « nous sommes à un stade où soit nous changeons, soit nous mourrons ». Je crois et j’espère en la capacité de l’être humain à comprendre et utiliser sa liberté pour emprunter un chemin positif de changements. Le processus de discussions internationales à Cancun n’a d’importance que s’il participe à une prise de conscience planétaire.


Voir en ligne : http://alter-echos.org/sur-le-vif/r...

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