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Haïti

« Réalité de désespoir, malgré une accalmie sécuritaire », dénonce un regroupement national paysan

Ronald Colbert, 19 octobre 2007

Après plus de 15 mois de gestion d’une nouvelle équipe à la tête du pays, malgré une accalmie sécuritaire, la république d’Haïti semble plutôt basculer dans une situation de désespoir, caractérisée par une hausse du coût de la vie, notamment des prix des biens essentiels, une augmentation de la pression fiscale, une aggravation de la misère dans les sections communales, des difficultés pour les couches pauvres d’envoyer leurs enfants à l’école, une accélération de la dégradation de l’environnement.

Tel est le constat dressé par le Mouvement paysan national du Congrès de Papaye (Hinche, à 128 kilomètres au nord-est de la capitale) au terme d’une rencontre sur la conjoncture nationale tenue à Papaye du 21 au 24 septembre 2007, dont les conclusions ont été acheminées ce 8 octobre à l’agence en ligne AlterPresse.

« Le désespoir s’étend sur le pays, au lieu de l’espoir et de l’apaisement social promis par le président René Garcia Préval et son Premier ministre Jacques Edouard Alexis », analysent les 30 membres du comité de coordination nationale du Mouvement paysan national du Congrès de Papaye (Mpnkp) fédérant des organisations paysannes dans 9 des 10 départements géographiques d’Haïti.

Dans ce bilan, dont a pris connaissance AlterPresse, le regroupement paysan demande à la « troisième version du pouvoir lavalas ayant à sa tête Préval et Alexis » d’œuvrer, de concert avec les organisations paysannes, « en faveur d’un projet de réforme agraire, d’une véritable production alimentaire nationale pour combattre la faim et la vie chère », et de mettre fin au projet de transformation des terres du pays pour la production de biocarburant « qui servira la cause de potentats nationaux et étrangers ».

« Seule une croissance dans l’agriculture paysanne peut servir de base d’un développement durable, susceptible d’encourager la lutte contre l’exode rural et contre les racines de l’insécurité [en Haïti] », préconise le Mpnkp.

Au contraire, de juin 2006 à septembre 2007, la coalition de 5 partis politiques au pouvoir a pratiqué une politique néolibérale « qui étrangle toutes les couches », relève le Mouvement paysan national du Congrès de Papaye.

« Le pire, la politique du gouvernement Préval/Alexis est une politique anti-production nationale, anti-paysanne, qui promeut un complot contre une véritable production alimentaire nationale et contre les couches paysannes démunies avec la perspective de production d’éthanol pour l’exportation ».

Plaidant pour l’unité de toutes les organisations paysannes qu’il appelle à résister au projet d’éthanol du gouvernement Préval/Alexis, le Mouvement paysan national du Congrès de Papaye (MPNKP) met en garde contre les fausses promesses au moment où la faim tenaille les masses paysannes et populaires du pays. Aux yeux du MPNKP, le gouvernement Préval/Alexis n’a rien fait, pendant ses 15 mois de gestion, pour soulager la misère des masses paysannes.

Pendant la période signalée dans le bilan transmis à AlterPresse, « aucun emploi n’a été créé dans les sections communales. Abandonnés à eux-mêmes, les paysans n’ont eu droit ni aux intrants agricoles (semences, outils), ni au crédit agricole et à l’encadrement technique. C’est la décadence de la production agricole », soulignent les 30 membres du comité de coordination nationale du Mpnkp.

Ils dénoncent, par ailleurs, le plan de liquidation des entreprises publiques, comme aux Télécommunications d’Haïti (Teleco), où de nombreuses révocations ont eu lieu ces derniers mois. Vraisemblablement pour défendre des avantages personnels, la plupart des dirigeant politiques se taisent volontairement sur le plan de « mise à mort du pays » par l’actuelle équipe au pouvoir, indiquent les délégués du Mpnkp.

Ils stigmatisent également la « démagogie » dans la lutte contre la corruption annoncée par le gouvernement, lequel « facilite la corruption en distribuant de l’argent aux parlementaires sous prétexte de contribuer à la scolarisation d’enfants » à la rentrée académique 2007-2008.

En dépit de ce constat cinglant, le Mpnkp salue l’effort accompli par la police nationale d’Haïti et la Mission des nations Unies de Stabilisation en Haïti (Minustah) pour freiner l’insécurité et rétablir le calme dans les quartiers « chauds » de Port-au-Prince et quelques villes de province.

« A la suite de pressions de tous les secteurs de la société, le gouvernement qui commençait à protéger les gangs criminels a dû passer à l’attaque, de concert avec la Minustah, pour contrecarrer leurs menées ».

Tout de même, « la situation demeure fragile à cause de l’absence d’un désarmement véritable de tous les gangs qui semblent observer une apparence de trêve », note le MPNKP.


Article publié par l’agence Alterpresse