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Qui aide qui ? Une brève histoire de la solidarité internationale au Québec

Emmanuel Martinez, 26 mars 2009

Qui aide qui ? Une brève histoire de la solidarité internationale au Québec
Pierre Beaudet, Boréal, Montréal, 2009, 208 pages.

La coopération internationale ne date pas d’hier au Québec, puisque les Canadiens français constituaient une pépinière de missionnaires pour l’Église au 19e siècle.

Dans son ouvrage destiné au grand public, Pierre Beaudet suit l’évolution de cette « coopération internationale » de ses débuts à aujourd’hui, tout en montrant très bien le contexte géopolitique qui la façonne.

Il explique, par exemple, comment la décolonisation et la guerre froide après la Deuxième Guerre mondiale ont favorisé l’expansion de l’aide internationale, afin que l’Occident puisse conserver dans son orbite les pays du Sud.

Dans les années 1960, les budgets pour l’aide publique au développement explosent. L’Agence canadienne de développement internationale (ACDI) naît en 1967. Au Québec, l’apparition de nombreuses ONG, laïques ou chrétiennes, témoigne de l’effervescence de la société civile.

Les années 1980 marquent un grand virage avec la montée du néolibéralisme  : déclin des budgets, alignement d’Ottawa sur les orientations idéologiques du Fonds monétaire international (qui ont comme conséquence désastreuse de forcer les pays du Sud à sabrer les budgets en santé et en éducation, à se tourner vers l’exportation et à privatiser leurs économies). Sous Mulroney, l’aide conditionnelle devient une ligne directrice.

Les années 1990 sont encore plus noires. La lutte au déficit fait en sorte que l’aide publique au développement atteint le fond du baril : 0,20 % du PNB, la même proportion qu’en 1963. Le 11 septembre 2001 constitue un autre tournant : la sécurité devient un critère d’aide et une importante proportion des sommes en développement est dépensée par l’armée canadienne.

Fort de 30 années d’expérience en coopération internationale, l’auteur affirme avec justesse que seule une aide orientée vers les besoins du Sud et affranchie des impératifs économiques et politiques du Nord peut donner des résultats. En d’autres mots, pour que les choses changent au Sud, elles doivent aussi changer ici. Mais rien ne bougera si aucune pression n’est exercée sur ceux qui dirigent. Par conséquent, le rôle politique des ONG et des autres acteurs de la société civile doit s’exercer aussi bien au Nord qu’au Sud.

Pierre Beaudet se réjouit de la montée de l’altermondialisme qui, justement, tisse des solidarités et conteste les pratiques des pays riches. Mais il se désole du manque de volonté des pays dominants qui choisissent de s’aider plutôt que d’aider. Citant Gramsci, l’auteur décrit ainsi son état d’esprit qui navigue entre « le pessimisme de l’intelligence et l’optimisme de la volonté ».