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Billet

Qui a peur de Stephen Harper

Judy REBICK, 25 septembre 2008

La menace d’une majorité conservatrice est de plus en plus réelle. Quiconque a à cœur le financement des arts, les droits de la femme, le développement international, le maintien d’une politique étrangère indépendante des États-Unis, l’indépendance judiciaire, la paix ou la démocratie devrait s’inquiéter.

Stephen Harper ne penche peut-être pas aussi à droite que Sarah Palin, mais c’est un idéologue de droite tout comme Mike Harris, ancien premier ministre conservateur de l’Ontario. Étant majoritaire, Harris a ignoré toute opposition, législative ou publique. Il a profondément modifié les structures de la province en détruisant le système d’aide sociale, en se défaisant de l’équité en emploi, en dévaluant les droits des travailleurs et en privatisant tout ce qu’il pouvait. Harper est sans doute socialement plus conservateur que Harris, mais il ne le révélera pas tant qu’il restera minoritaire. Pour former un gouvernement majoritaire, Harper doit obtenir des sièges au Québec. Il est donc peu probable qu’il aborde des sujets controversés, comme l’avortement ou les droits des homosexuels, qui ont un plus grand appui au Québec qu’ailleurs. Mais en ce qui a trait à d’autres questions, il appliquera sûrement ses politiques de droite dure.

La reconnaissance de la nation québécoise relève du coup de génie et a permis à Harper d’aller chercher le soutien des forces mobilisées par l’ADQ. Ce geste symbolique ne lui a rien coûté auprès des Canadiens anglais, qui se soucient très peu de la souveraineté du Québec de nos jours. Cela a aussi favorisé une décentralisation du pouvoir vers les provinces, une politique qui a toujours figuré au programme du Parti réformiste. Afin d’arrêter Harper, un appel au vote stratégique sera certainement lancé bientôt. Mais dans un contexte électoral aussi volatile, cela n’a aucun sens. Vu la faiblesse des libéraux à travers le pays, il est difficile de dire qui a les meilleures chances de les vaincre dans une circonscription donnée. Selon les sondages, le NPD est de plus en plus populaire. Le renforcement du Parti libéral, dû à un vote stratégique, serait une tragédie, car même si les libéraux sont mieux qu’Harper, on ne peut être sûr qu’ils feront ce qu’ils disent. La solution au problème Harper passe donc par une autre stratégie.

Cette élection se caractérise par deux conflits : gauche vs droite et vert vs «  gris  ». Appuyés par le pétrole de l’Alberta, les conservateurs n’ont aucune intention d’agir quant aux changements climatiques, contrairement aux autres partis. Vu l’urgence de réduire les émissions de gaz carbonique et de battre les conservateurs, la stratégie optimale serait de voter pour le parti de son choix tout en le pressant de former un front commun avec les autres partis contre les changements climatiques. En Ontario, dans les années 1980, les libéraux et les néo-démocrates se sont accordés sur quatre questions majeures afin de se débarrasser des conservateurs. C’est le meilleur gouvernement que nous avons eu, puisque les promesses électorales étaient écrites sur papier, et le gouvernement serait tombé s’il avait renié l’une d’entre elles. C’est ainsi que nous avons obtenu l’équité salariale dans la province. Si Harper n’atteint pas la majorité, les autres partis pourront demander à la gouverneure générale de former un gouvernement d’alliance.

Avec la représentation proportionnelle, le changement de gouvernement s’effectuerait de cette manière. Et cela pourrait très bien fonctionner dans notre système actuel, moyennant un peu de volonté politique.