Journal des Alternatives

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Dossier grandes villes du futur

Présentation

31 octobre 2007

En 2007, la population des villes aurait pour la première fois dépassé la population des campagnes. Il s’agit d’un événement sans précédent dans l’histoire de l’Humanité, qui en a pourtant vu d’autres. Selon les Nations Unies, 3,2 milliards d’humains vivent désormais dans les villes, une chose absolument inconcevable il n’y a pas si longtemps.
En 1800, à peine trois pour cent des humains vivaient dans les villes. En 1950 : 10%. En 2007, plus de la moitié. Et si l’urbanisation se poursuit au même rythme, les deux tiers des neuf milliards d’habitants de la terre vivront dans des villes, en 2025. Autrement dit, dans moins de 20 ans.

L’aspect le plus spectaculaire de cette urbanisation galopante demeure sans doute la constitution d’immenses mégapoles, couvrant parfois des régions entières. En 1960, la planète comptait deux agglomérations de plus de 10 millions d’habitants : New York et Tokyo. En 2015, on en dénombrera 26, dont plusieurs auront largement dépassé le cap des 20 millions de personnes.

Pour l’instant, les grandes villes du Sud ne ressemble guère aux cités futuristes imaginées dans les films de science-fiction. Plus d’un milliard de personnes vivent dans des bidonvilles, souvent sans électricité, sans eau potable et sans accès aux services sociaux de base. Livrées à elles-mêmes, ces zones deviennent de prodigieuses fabriques de maladies, de misère, de violence et de désespoir.

Effarés par la croissance de la pauvreté urbaine, des auteurs comme l’Américain Mike Davis annoncent l’avènement d’une « planète des bidonvilles », sortie tout droit d’un scénario de cauchemar (voir entrevue en page 6). Mais chez Alternatives, nous croyons que la pauvreté et la misère ne constituent pas des fatalités. Nous nous réjouissons aussi de constater que plusieurs institutions internationales semblent réaliser l’urgence de la situation, et la nécessité de rompre avec les politiques catastropiques qui ont conduit le monde au bord du désastre.

« Chasser les pauvres de la ville par des expulsions ou des pratiques discriminatoires n’est pas une solution, peut-on lire dans le dernier rapport des Nations unies sur la population urbaine. Aider les citadins pauvres à s’intégrer dans la société urbaine est la seule solution sérieuse et durable au problème de l’urbanisation croissante de la pauvreté. »

Dans les pages qui suivent, nous vous présentons un certain nombre de solutions qui sont déjà mis en œuvre dans les grandes villes du monde (voir page 2 et 3). Des initiatives en matière de logement, d’éducation, de transport commun, de démocratie, d’approvisionnement ou d’écologie. Des initiatives qui ne sont pas toujours parfaites, il va sans dire. Plusieurs n’en sont d’ailleurs qu’à l’étape expérimentale.

L’ensemble donne néanmoins un aperçu de l’ingéniosité que déploie déjà l’Humanité pour rendre les villes plus « habitables ».

En Amérique du Nord, il est probable qu’il nous faudra repenser la façon de concevoir les banlieues-dortoir, dont la popularité ne s’est guère démentie depuis la fin de la seconde guerre mondiale (voir article ci-contre). Dans un contexte où le prix des carburants continuera à augmenter, on peut se demander combien de temps nos villes vont continuer à s’étendre, avec la construction de nouvelles infrastructures que cela suppose.

Certes, il va de soi que toutes les belles idées ne peuvent pas remplacer les nécessaires changements politiques. Au sud, par exemple, les réformes agraires peuvent ralentir, voire freiner l’exode rural. Reste que peu importe les bouleversements politiques à venir, il est peu probable le Caire, Mexico ou Lagos redeviennent de sitôt les paisibles bourgades qu’elles étaient il y a un siècle.

Comment rendre plus « vivables » les grandes villes de l’avenir ? La question se posait déjà au milieu du XIXe siècle, alors que les véhicules tirés par des chevaux se multipliaient de manière exponentielle. À l’époque, certains commentateurs prévoyaient que des grandes villes comme Londres allaient bientôt étouffer sous le crottin de cheval. Pour eux, la catastrophe n’était plus qu’une question d’années. On connaît la suite...

Un siècle plus tard, nous ne pouvons pas compter sur la seule technologie pour rendre plus habitable les villes du futur. Il nous faut rendre les villes plus habitables. Sans quoi, pour reprendre l’expression consacrée, même l’avenir ne sera plus ce qu’il était...