Pour une université autonome et critique

lundi 23 avril 2012, par Blandine Parchemal

Cette semaine a été des plus paradoxales : alors que le gouvernement a sommé la CLASSE de condamner la violence afin de pouvoir accéder aux tables de négociations avec les fédérations étudiantes, plusieurs universités ont été sous le coup d’injonctions ayant conduit à des scènes d’une violence rare, d’une violence qui vous laisse un goût amer dans la bouche, d’une violence qui vous dégoûte.

En effet, ces injonctions se sont accompagnées d’une présence massive des agents de sécurité et des forces policières créant un climat d’extrême tension au sein des établissements. De nombreux actes d’intimidations, de violence verbale et physique à la fois envers les étudiants et les professeurs ont été commis. Alors que l’université devrait être le siège de la culture, elle est devenue le temps d’une semaine le siège d’une dérive sécuritaire. Où est donc passé cette université comme lieu de partage d’un savoir libre et autonome ?

Mais ce qui est d’autant plus inquiétant, c’est le fait que ces injonctions s’inscrivent dans un déni total de la démocratie universitaire et ce, à la fois dans leur mise en place et dans leur finalité. Dans leur mise en place : elles ont été le résultat de décisions unilatérales des directions sans consultation des membres de la communauté universitaire que ce soit les professeur-e-s, les chargé-e-s de cours, les étudiant-e-s ou les employé-e-s de soutien. Dans leur finalité : elles s’articulent autour d’une volonté de mettre fin à la grève sans tenir compte des votes démocratiques pris par les étudiants lors des assemblées générales. Où est donc passée cette université comme lieu d’une réflexion critique collective et de culture démocratique ?

Si de leur côté le gouvernement et les directions des universités nous taxent d’irresponsables et usent d’infantilisation à notre égard par ces injonctions, je me demande qui sont véritablement les irresponsables et immatures au regard de ce que la démocratie demande comme exigence et comme maturité d’esprit pour être défendue et maintenue, combat que mènent actuellement les étudiants avec brio.

Croire en une université autonome de toute ingérence extérieure et fonctionnant selon un mode réellement démocratique, n’est-ce plus qu’un doux rêve ?


Blandine Parchemal est doctorante en philosophie à l’Université de Montréal.

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