Journal des Alternatives

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« Nos diplômes seront inutiles dans un monde inhabitable » : décryptage de la mobilisation du 15 mars par la Planète s’invite à l’Université - McGill

Alison Gu, Noah Fisher, 2 mai 2019

Les étudiant·es et les jeunes du monde entier reconnaissent que la crise climatique menace notre existence commune. Pour les étudiant·es universitaires, en particulier, il s’agit d’une situation unique et complexe. Nous sommes dans une phase de la vie qui est transitoire mais extrêmement formatrice ; nous sommes exposé·es à de nouvelles perspectives, idées et théories ; nous développons les compétences nécessaires pour apporter une contribution significative au monde ; nous planifions notre avenir. Nous devrions nous sentir moins impuissant·es. Et pourtant, ce n’est pas le cas. Comparativement aux générations précédentes, les jeunes d’aujourd’hui sont plus anxieux·ses, connaissent des taux astronomiques d’épuisement professionnel et sont perçu·es comme étant plus paresseux·ses et moins ambitieux·ses.

Notre anxiété est moins liée à notre utilisation des médias sociaux qu’à l’extrême précarité de notre avenir, surtout lorsque l’élévation du niveau de la mer à elle seule menacera la vie de centaines de millions de personnes - ce nombre augmente considérablement lorsque l’on reconnaît la menace que représentent la fréquence et la gravité accrues de phénomènes météorologiques extrêmes, de mauvaises récoltes, de la pollution atmosphérique, du stress thermique et des maladies à transmission vectorielle. Notre anxiété est liée au fait que nous nous sentons constamment impuissant·es face aux 100 entreprises responsables de 71% des émissions mondiales, bien qu’on nous répète que l’avenir de notre planète dépend uniquement de nos actions. Nous subissons des taux élevés d’épuisement professionnel parce que nous devons sans cesse jongler avec mille et une choses, concilier nos cours, nos emplois et nos activités parascolaires, et de surcroît nous sommes bombardé·es d’histoires de déversements de pétrole et de catastrophes, d’un flot d’informations et d’actualités impossibles à gérer et des rappels et des culpabilisations nous dictant de « faire notre part » pour la planète. Et s’il y a une part de vérité dans le manque d’ambition perçu chez les jeunes…, c’est seulement parce que l’ambition exige de la planification, et la planification exige la certitude d’un avenir.

En se basant sur leur connaissance de la science du climat et leur conscience aiguë de l’inaction politique, les étudiant·es universitaires sont bien placé·es pour devenir des défenseur·es, des activistes et des organisateurs·trices de la justice climatique. Nous commençons à reconnaître que nos diplômes seront totalement inutiles dans un monde inhabitable. Nous apprenons rapidement et appliquons les compétences que nous acquérons tant en classe qu’à l’extérieur. Nous sommes à la croisée du changement de culture politique. Nous sommes considéré·es simultanément comme des adultes et comme des jeunes, et nous saisissons l’occasion de montrer les forces des deux.

Ainsi, lorsque Greta Thunberg a fait un appel pour l’organisation de grèves étudiantes partout dans le monde le 15 mars, les étudiant·es de l’Université McGill ont répondu en formant La planète s’invite à l’Université - McGill (The Planet Takes McGill). Beaucoup d’entre nous sont des représentant·es de divers clubs ou de groupes, mais la plupart d’entre nous sont simplement des personnes qui se sentent trop inquiètes pour continer à rester inactives.

La mobilisation a été un véritable tourbillon. Au cours d’un processus de quatre semaines, les organisateurs·trices ont non seulement dû organiser et promouvoir la levée de cours, mais beaucoup ont dû le faire tout en apprenant sur le tas. Alors que, récemment, plusieurs associations étudiantes du Québec ont été dissoutes ou sont pratiquement disparues, La planète s’invite à l’Université (LPSU) a émergé comme une nouvelle coalition d’étudiant·es. LPSU rejoint autant les francophones que les anglophones, les cégeps et les universités de la province. Bien que la logistique des réunions soit parfois difficile (tant sur le plan géographique que linguistique), l’engagement de chacun·e envers ce groupe est motivé par le désir profond et l’urgence du changement.

À McGill, nous avons mobilisé les étudiant·es par le bouche-à-oreille (tenue de kiosques, tournées dans les classes, courriels), en diffusant largement nos visuels, autocollants, macarons et affiches à travers tout le campus, et en travaillant en solidarité avec les groupes impliqués en environnement sur le campus, tels que Divest McGill et SSMU Environment Committee. Nous avions envisagé l’appui du plus grand nombre possible d’associations étudiantes et de facultés (par exemple, la Faculté des arts, la Faculté de l’environnement, la Faculté des sciences, etc.) pour donner à notre groupe le plus de légitimité, de soutien et de visibilité possible, mais en raison des contraintes de temps, nous avons seulement réussi à obtenir l’appui officiel de l’influente Students’ Society of McGill University. Bien que techniquement cette association inclut des étudiant·es de tous les domaines d’études, cela signifiait aussi que nous avions obtenu moins de visibilité que nous l’avions espéré.

C’est, du moins, ce que l’on pensait.

Nous avons voulu mobiliser les étudiants en masse, et nous l’avons fait ! Plus de 1500 étudiants de McGill ont formé le groupe de 150 000 personnes qui ont marché à Montréal.

Les gens ne peuvent plus vous ignorer quand vous avez la force de 150 000 personnes, comme en témoigne la demande du ministre de l’Environnement de rencontrer LPSU. Malheureusement, les politiciens peuvent encore avancer leurs fausses platitudes et faire de fausses promesses à la presse, puisque quand les caméras sont éteintes, ils approuvent de nouveaux pipelines, en particulier celui de Gazoduq. Ce pipeline parcourrait 750 km d’est en ouest du Saguenay à l’Ontario et s’étendrait sur 65 km du nord à l’ouest pour transporter du gaz naturel liquide, extrait par fracturation hydraulique.

Et donc, notre travail se poursuit. Nous grandissons rapidement - nous construisons un important réseau de jeunes militant·es à travers le Canada et nous avons le plan à long terme d’exiger un changement gouvernemental, institutionnel et systémique. Il y aura des campagnes en ligne, une grève nationale dans les écoles secondaires, des ateliers et plus encore. Le 27 avril, il y a une action directe à Québec, et le 27 septembre est à l’agenda pour que les étudiant·es de McGill s’organisent pour déclencher officiellement la grève. Joignez-vous à nous, mais ne franchissez pas le piquet de grève !


Les auteur·es, Alison Gu et Noah Fisher, font partie de The Planet takes Mcgill (La Planète s’invite à l’Université - McGill).