Journal des Alternatives

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ESSAI

Multitude

Jacques LÉTOURNEAU, 27 novembre 2004

Quatre ans après la publication du controversé Empire, voilà que le philosophe italien Antonio Negri et l’étasunien Michael Hardt reviennent à la charge avec la publication de Multitude, véritable traité de philosophie politique. Alors que le premier annonçait le déclin de l’État nation et la fin de l’impérialisme américain, ce nouvel essai se penche sur le projet de multitude, c’est-à-dire de démocratie à l’échelle globale. Un peu comme certains sociologues l’ont fait au début des années 1970 avec la théorie des mouvements sociaux.

Cet ouvrage est donc entièrement consacré au projet alternatif de multitude, proposé par les mouvements sociaux du monde entier, à la mondialisation néolibérale.

Sans doute, les critiques formulées à l’égard d’Empire au moment de sa parution, quant à son caractère hautement théorique, pour ne pas dire téléologique, ont probablement incité les deux compères à proposer quelque chose de plus empirique, fondée sur la proposition et la pratique.

Cependant, comme son titre l’indique, si la globalisation offre la possibilité de repenser la démocratie à l’échelle du globe, l’état de guerre permanent freine, pour ne pas dire empêche l’exercice de cette démocratie. Les auteurs s’attardent donc beaucoup sur cette dualité. L’objectif de l’essai demeure néanmoins l’élaboration des fondements théoriques sur lesquels peut s’appuyer le projet de démocratie globale.

L’essai est particulièrement fort d’une mise au rancart de la lutte des classes et de l’action militaire révolutionnaire comme moteur de changement politique et social. Cependant, on nous laisse un peu sur notre appétit quand il s’agit de développer la question des réformes globales. Certes, les États et les nations sont particulièrement malmenés par la mondialisation et le néolibéralisme, mais la volonté des auteurs de nous entraîner unilatéralement dans l’arène internationale mine, en quelque sorte, les références et les initiatives locales et nationales.

Enfin, l’œuvre relève une série d’actions non pas proposées comme un petit catéchisme, mais bel et bien comme une véritable opportunité de modifier radicalement le cours des choses. Résolument pacifiste, la multitude, cette « multiplicité de différences singulières », a certainement le mérite d’ouvrir des espaces de réflexion et de mobilisation.


Multitude. Guerre et démocratie à l’âge de l’Empire, de Antonio Negri et Michael Hardt, Montréal, Éditions Boréal, 2004, 408 pages.