Journal des Alternatives

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Dossier grandes villes du futur

Montréal en 2107

Jean-Simon GAGNÉ, 31 octobre 2007

À quoi ressemblera la région de Montréal dans 100 ans ? Six amoureux de la ville ont accepté de se livrer à ce périlleux exercice. En se doutant bien que leur vision de la métropole du futur fera sans doute sourire les Montréalais de l’an 2107...

Owen Rose, architecte, président du Centre d’écologie urbaine de Montréal

Les gens pensent souvent que les gratte-ciel constituent la réponse aux problèmes du futur. Mais c’est tout le contraire. Les gratte-ciel sont énergivores. Sans compter qu’ils sont construits de verre et d’acier, qui coûtent très chers à produire. Je sais bien qu’il y a toute sorte de tentative pour faire des gratte-ciel avec des jardins, mais sous nos latitudes, c’est loin d’être évident. On ne peut plus construire comme en Floride.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la densité d’un quartier comme le Plateau Mont-Royal équivaut à peu près à celle du quartier du West-End de Vancouver, où il y a de nombreuses tours. La différence, c’est que les citoyens de là-bas prennent l’ascenseur pour se rendre sur la rue. Ils ont de belles vues, mais ils vivent à l’écart du monde.

Le Montréal souterrain est pratique. Mais tous nos souterrains sont basés sur la consommation. J’aimerais mieux que la vie reste en surface. Avoir accès à de la végétation, avec des toits verts. »

Gérard Beaudet, directeur de l’Institut d’urbanisme

En 1967, on avait évalué que la population de Montréal atteindrait en 2001 plus de 7 millions de personnes. Finalement, ce fut seulement la moitié. La marge d’erreur a été de 100 %. Cela incite à la modestie.

Si on fait des prédictions pour 2107, la seule chose qui apparaît à peu près certaine, c’est que les visiteurs n’arriveraient plus à l’aéroport de Dorval... Dans 100 ans, les villes viables devront posséder des aéroports mieux conçus, reliés au centre par une liaison rapide.

D’une manière générale, il faudra utiliser les transports de manière plus intelligente. Le tout à l’auto est cul-de-sac. Et pas seulement à cause d’une éventuelle pénurie de pétrole ou de la pollution. Dans l’avenir, même si on arrive à produire des voitures individuelles parfaitement respectueuses de l’environnement, le problème de l’encombrement des routes ne disparaîtra pas.

La tendance la plus inquiétante des villes est la ghettoïsation, conclut-il. Le modèle se répand. On le voit beaucoup en Amérique du Sud, désormais. Les riches vivent dans des quartiers gardés. Les pauvres vivent dans des quartiers qui sont gardés par des gangs.

On ne doit pas exclure cette tendance. Pour l’éviter, il faut promouvoir l’urbanité, la culture, se donner les moyens de comprendre. L’insécurité est beaucoup alimentée par les gouvernements, qui l’entretiennent pour en tirer profit.

Anaïs Barbeau-Lavalette, cinéaste

« Montréal dans 100 ans. Mieux vaut se plonger à fond dans l’utopie, envisager nos idéaux. Sinon ça fait trop peur. Et on aime pas avoir peur. Ça freine, la peur. Alors place au rêve.

Il n’y aura plus de voitures, que des vélos. Et des unicycles pour les téméraires.

Les bâtisses seront de verre, et flottantes. On pourra voir le ciel, l’eau, la terre tout autour, sans les blesser.
Il y aura des gardiens de l’air et de la terre, gardiens sans moustache qui apprennent de la sagesse autochtone et qui gardent un œil sur tout ça.

Le conseil de la ville serait en grande partie constitué d’aînés (conseil des sages), qui veilleraient à ce qu’on ne répète pas les mêmes erreurs et de jeunes qui veilleraient à ce que la vie soit au centre des décisions. La vie et rien d’autre. On accorderait une place de prestige aux naissances, aux deuils, aux amours. Plus qu’à n’importe quoi d’autre.

La ville ressemblerait au monde, de langues et de couleurs mélangées. Et on en aurait pas peur.

La ville serait branchée au soleil et c’est lui qui l’alimenterait en énergie et en lumière.

Les gens réapprendraient les arbres, leur corps, seraient liés à la vie, avant tout le reste.

Et l’indice du PIB y serait lui aussi intimement relié. »

Jacques Ledent, démographe, professeur chercheur à l’INRS-Urbanisation, culture et société

Les démographes ne se risquent pas à faire des prédictions au-delà d’un horizon d’une vingtaine d’années. La marge d’erreur devient trop grande. Ce qui nous semble certain, aujourd’hui, c’est que la population du Québec va atteindre une sorte de maximum vers 2031. Après, à moins d’un changement imprévu, elle commencera à diminuer.

Montréal bénéficie de l’immigration internationale. La diminution de la population devrait commencer un peu plus tard qu’ailleurs au Québec. Il faut dire que dans certaines régions, le déclin démographique a déjà commencé. La population de l’agglomération montréalaise devrait atteindre 4,1 millions en 2026, avant de commencer à diminuer par la suite. Le point relatif de la région de Montréal par rapport au reste du Québec va encore augmenter. Cela aura de profondes implications politiques.

Dinu Bumbaru, directeur général d’Héritage Montréal

Est-ce que ce que nous construisons aujourd’hui va durer 100 ans ? J’en doute un peu. Parfois, je me demande si les bâtiments d’aujourd’hui vont exister ailleurs que sur des CD-Rom que plus personne ou presque ne pourra consulter, de toute façon.

J’ai l’impression que les pôles, les minicentres villes vont se multiplier. Est-ce qu’on pourrait imaginer des centres à Laval ? Sur la Rive-Sud ? Peut-être. Il est clair que Montréal, comme toutes les grandes villes du Nord, devra recevoir sa part de réfugiés des changements climatiques. La culture de Montréal va beaucoup changer. Elle se rapprochera sans doute davantage du Toronto d’aujourd’hui que de la ville des années 60.
Je ne crois pas que Montréal imite Singapour ou Hong Kong et sa forêt de gratte-ciel. L’homme n’est pas un oiseau. Il faut être prudent avec ce genre d’utopie.