Journal des Alternatives

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Margaret et nous !

Michel LAMBERT, 7 janvier 2010

Tout le monde le sait bien maintenant, Alternatives fut durant les dernières semaines mis sur la sellette pour la question des éventuelles coupures qu’une source inconnue de l’ACDI aurait annoncées à un journaliste du National Post.

Beaucoup se sont levé - et se lèvent encore ! – pour demander que cette éventualité ne soit jamais confirmée et que soit plutôt considéré les 15 années de travail et de résultats positifs d’Alternatives et de ses partenaires dans la mise en œuvre d’initiatives novatrices pour la justice sociale dans le monde.

Pour être franc, bien que cette période d’incertitude soit difficile, nous sommes totalement confiants que nous obtiendront le renouvellement de notre financement SI effectivement nos objectifs et résultats réels sont pris en compte dans la décision finale du Ministère de la coopération internationale.

Si et seulement si…

Car il semble bien que certains jugements sur le travail d’Alternatives soient faits sur de toutes autres bases. Avant Noël, les déclarations vitrioliques du Ministre de la citoyenneté sur Kairos et l’antisémitisme à Jérusalem ont « éclairées » ce que nous étions plusieurs à soupçonner : les groupes qui critiquent les politiques d’Israël seront punis ! D’abord Kairos, Alternatives et sans doute de nombreux autres qui ont aussi osé parler des droits des palestiniens !

Aujourd’hui encore, c’est le Globe and Mail de Toronto qui reprend le même argumentaire par la plume insidieuse de Margaret Wente, une auteure plusieurs fois critiquée pour ses positions pro-Israël. Cette fois encore, absolument rien n’est mentionné de notre travail sinon que nous dépenserions l’argent, leur argent !, à combattre leurs idées… « But why do WE fund NGOs anyway ? »

Pourquoi finançons-nous les ONG ?

Madame Wente pourtant aurait sa réponse si elle la cherchait vraiment. Le gouvernement canadien finance des ONG via l’ACDI pour réaliser des projets de développement et c’est précisément ce qu’Alternatives et les autres organisations font avec les ressources fédérales. Il existe des milliers de rapports de l’ensemble des ONG, de l’ACDI et d’évaluateurs indépendants témoignant de cela.

Mais Margaret Wente en veut pas de cette réponse. Ce qu’elle veut ici, c’est prendre le relais d’un gouvernement en vacances pour soulever, sans opposition, une toute autre question beaucoup plus violente. ¨Pourquoi donc est-ce qu’un gouvernement conservateur tolèrerait de l’opposition ? Et pourquoi diable irait-il jusqu’à la financer ??

Pour ma part, la question à poser ici à Madame Wente est la suivante. Qui est le « nous » de sa question ?? Nous, les citoyens canadiens ou nous les membres du parti conservateur ?? La logique voudrait qu’elle nous parle de la population canadienne qui après tout rempli chaque année les coffres du trésor canadien. Mais si c’était le cas, l’argumentaire de Wente ne tiendrait pas la route car après tout, le gouvernement conservateur finance bien des causes que la population dans son ensemble de soutien pas. Les plus récents sondages sur la guerre en Afghanistan par exemple démontrent clairement que la population canadienne est divisée presqu’à 50/50 sur la question de la guerre (65-35 au Québec !) et portant, rien n’empêche le gouvernement conservateur (qui lui est en faveur) de faire fi du 50% des canadiens qui sont contre pour quand même dépenser des milliards qu’il financera par la suite en puisant dans les poches des plus pauvres. Rien ne l’empêche de le faire en coupant au passage dans plusieurs acquis sociaux. Rien ne l’empêche de sabrer le protocole de Kyoto alors que « nous », les canadiens, sommes en faveur de son maintien. Et la liste est longue des accomplissements conservateurs où « nous », les canadiens, sommes contres !

Le « nous » de Margaret Wente est donc beaucoup plus restreint. C’est le « nous » de la droite. C’est le nous que nous ne sommes pas et devant lequel nous devons nous lever maintenant.

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