Journal des Alternatives

Partenaires

Montréal

Manifestation contre le mur d’apartheid israélien

Collectif Échec à la Guerre, 4 juillet 2005

Le 9 juillet prochain marquera le premier anniversaire de la décision historique rendue par la Cour internationale de Justice statuant que « le mur » construit par Israël en Palestine est illégal, qu’il doit être démoli et que tous les Palestiniens lésés par sa construction doivent être dédommagés. Un an plus tard, le mur est toujours debout et sa construction se poursuit, en vue d’enfermer tout un peuple.
 

La Coalition pour la justice et la paix en Palestine appelle donc tous ceux et toutes celles qui le peuvent à venir manifester contre le mur d’apartheid israélien et contre l’occupation israélienne de la Palestine

 

Samedi, le 9 juillet 2005, à 13h

Départ du Carré Dorchester (intersection Peel et René Lévesque)

Le mur et le droit international

 

En juin 2002, prétextant assurer sa sécurité, Israël commence la construction d’une « barrière de séparation », un mur qui atteint 8 mètres de hauteur, qui aura plus de 700 km de longueur et qui transformera la Cisjordanie occupée en une immense prison. Déviant de la ligne d’armistice de 1967 sur 80% de son tracé, le mur place du « côté israélien » près de 10% de la Cisjordanie, encerclant même totalement certains villages. Selon les Nations Unies, 680 000 Palestiniens subiront directement l’impact de ce mur, étant coupé de leurs terres agricoles, de leurs emplois, de leurs écoles, de leurs cliniques, etc. Quand il aura été complété, dans environ un an, il aura coûté plus de 3 milliards de dollars. Concrétisation monstrueuse des politiques d’apartheid de l’occupation israélienne, ce mur est totalement illégal. Rappelons certains faits à cet égard.

 

Le 8 décembre 2003, l’Assemblée générale des Nations Unies demande à la Cour internationale de Justice (CIJ) de La Haye de rendre un avis consultatif sur le mur. 90 pays votent pour demander cet avis, 8 pays votent contre, et 74 pays s’abstiennent -dont le Canada.

 

Dans les semaines qui suivent, quelques pays écrivent à la Cour internationale de Justice pour contester sa compétence à se prononcer sur cette question ; quelques autres - dont le Canada, le 29 janvier 2004 - demandent « respectueusement que la Cour exerce son pouvoir discrétionnaire et refuse de répondre à la requête d’avis consultatif à ce moment-ci » !

 

Le 9 juillet 2004, 15 juges de la Cour internationale de Justice rendent leur décision :

· Ils confirment la compétence de la CIJ en la matière (à l’unanimité) ;

· Ils acceptent de se prononcer (14 juges sur 15 ; seul dissident : le juge des États-Unis) ;

· Ils répondent ceci :

o « L’édification du mur qu’Israël, puissance occupante, est en train de construire dans le territoire palestinien occupé, y compris à l’intérieur et sur le pourtour de Jérusalem-Est, et le régime qui lui est associé, sont contraires au droit international » (14 juges sur 15 ; seul dissident : le juge des États-Unis) ;

o « Israël est dans l’obligation (...) de cesser immédiatement les travaux d’édification du mur, (...) de démanteler immédiatement l’ouvrage » (14 juges sur 15 ; seul dissident : le juge des États-Unis) ;

o « Israël est dans l’obligation de réparer tous les dommages causés par le mur » (14 juges sur 15 ; seul dissident : le juge des États-Unis) ;

o « Tous les États sont dans l’obligation de ne pas reconnaître la situation illicite découlant de la construction du mur (...) ; tous les États parties à la quatrième convention de Genève (...) ont en outre l’obligation (...) de faire respecter par Israël le droit international humanitaire incorporé dans cette convention » (13 juges sur 15 ; seuls dissidents : les juges des États-Unis et des Pays-Bas) ;

o « L’Organisation des Nations Unies et spécialement l’Assemblée générale et le Conseil de sécurité, doivent (...) examiner quelles nouvelles mesures doivent être prises afin de mettre un terme à la situation illicite découlant de la construction du mur (...) » (14 juges sur 15 ; seul dissident : le juge des États-Unis).

 

Le 20 juillet 2004, l’Assemblée générale des Nations Unies demande qu’Israël se conforme au jugement de la Cour internationale de justice : 150 pays votent pour cette résolution, 6 pays votent contre et 10 pays s’abstiennent... dont le Canada !

 

La construction du mur est donc illégale. Tout comme le sont d’ailleurs l’occupation israélienne de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza, la construction de colonies juives de peuplement dans ces territoires occupés, l’annexion de Jérusalem-Est, la négation du droit au retour des réfugiés palestiniens, l’appropriation de l’eau souterraine des territoires occupés, les milliers de détentions arbitraires et la torture infligée aux prisonniers palestiniens, les châtiments collectifs tels la destruction des maisons ou des vergers des familles des présumés « terroristes » et les bouclages complets de villes et villages, les exécutions extra-judiciaires de présumés « terroristes » (parfois à coups de missiles et de bombes d’une tonne), etc.

 

Et que fait le Canada ?

 

Face à tout cela, la politique canadienne est fondamentalement hypocrite et favorable à l’État d’Israël. Car même si le Canada affirme être contre l’occupation, la colonisation et le mur, il manque totalement à ses obligations en ne prenant aucun moyen pour qu’Israël respecte le droit international. Au contraire, il entretient avec Israël des relations commerciales privilégiées (traité de libre-échange) et tente même d’empêcher que le peuple palestinien puisse au moins faire reconnaître au grand jour les violations israéliennes du droit international.

 

En insistant constamment sur la seule « solution négociée », le Canada occulte deux faits fondamentaux. D’une part, qu’il ne s’agit pas d’un « conflit » entre « parties », mais qu’Israël est une puissance d’occupation illégale en Palestine. D’autre part, qu’Israël ne manifeste aucune intention réelle de négocier, mais plutôt celle de gagner du temps et d’utiliser ce temps (et les 5 milliards d’aide étasunienne annuelle !) pour faire avancer son projet de dépossession du peuple palestinien. Ainsi, le nombre de colons juifs illégaux a plus que doublé dans les territoires occupés depuis la signature des Accords d’Oslo... Ainsi, alors que les média nous parlent d’accalmie et du retrait annoncé de quelques milliers de colons de Gaza, ils passent sous silence ce que même des organisations israéliennes comme Gush Shalom qualifient de projet d’annexion d’une grande partie de la Cisjordanie ! Anticipant un autre mur ou d’autres modes d’annexion de la Vallée du Jourdain, sur le flanc est de la Cisjordanie, la Palestinian Grassroots Anti-Apartheid Wall Campaign, estime même qu’à terme, une fois ces constructions complétées, combinées aux colonies juives de peuplement de la Cisjordanie (environ 400 000 colons), aux autoroutes pour Juifs seulement et aux soi-disant « zones militaires », ce sera 46 % de la Cisjordanie qu’on aura ainsi annexés de facto.

 

La position du Canada est d’ailleurs de plus en plus semblable à celle des États-Unis. Déjà en avril 2002, après l’effroyable incursion punitive de l’armée israélienne à Jenine, le Canada fut l’un des deux seuls pays (sur 53) à la Commission des droits de l’homme des Nations Unies à s’opposer à l’envoi d’une mission d’enquête de la Commission. Et le 1er décembre 2004, à l’Assemblée générale des Nations Unies, il fut l’un des sept pays (sur 174) à voter contre la

résolution habituelle réitérant le mandat du Comité pour l’exercice des droits inaliénables du peuple palestinien. Les six autres pays opposés : Israël, les États-Unis, l’Australie, la Micronésie, les Îles Marshall et Palau...

 

Quoi faire ?

 

Dans le conflit israélo-palestinien, le droit international est clair, mais les États et l’ONU ne le font aucunement appliquer. Certains sont même des alliés inconditionnels d’Israël. Dans ce contexte, malgré la résistance héroïque du peuple palestinien, le rapport de forces lui est défavorable et de simples négociations ne lui rendront pas justice. Nous devons donc développer des campagnes d’information et de pression sur les grands acteurs économiques et politiques de nos pays respectifs pour les forcer à se désolidariser ouvertement du colonialisme et de l’apartheid israéliens, comme cela fut fait contre l’apartheid en Afrique du Sud. Les Palestiniens ont obtenu un jugement sans équivoque de la Cour internationale de Justice sur le mur. À nous de nous en servir pour avancer dans cette direction.

 

Le mur doit tomber.

Le Canada doit l’exiger. À nous d’y voir !

 Coalition pour la justice et la paix en Palestine