Journal des Alternatives

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Les rencontres de Niamey : un monde à saisir, un monde à reconstruire.

Louis LESSARD, 1er octobre 2004

Même sous le soleil de plomb et la canicule, l’eau du fleuve Niger s’agite cette semaine. C’est que le propos des 35 jeunes francophones des Amériques, des Caraïbes, d’Europe et d’Afrique réunis à Niamey, ne peut faire autrement que de provoquer une vague. Rassemblés dans le cadre des rencontres de Niamey, un espace de réflexion citoyenne sur la jeunesse francophone, les jeunes citoyens du monde se concertent durant 6 longues journées. Débats, échanges, films, discussions, ateliers, conférences, les démarches sont plurielles et méticuleusement élaborées pour répondre au même défi : Comprendre et agir sur un monde à saisir, un monde à re-construire.

Dans le local chaud et humide du centre culturel Omarou Ganda au centre-ville de la capitale Nigérienne, la réflexion est franche, droit au but et mobilisatrice. « Le propos est assurément dénonciateur et revendicateur ! » résume d’un ton poli, mais confiant, le jeune Brahma Bamba de la Côte d’Ivoire . Les échanges sont nombreux et proviennent de toutes les cultures. De jeunes orateurs, l’espace d’un atelier racontent l’expérience de la création du syndicat d’enseignants à Niamey, le déroulement du Forum social européen ou encore explicitent les transformations dans la loi canadienne en contexte post 11 septembre.

« Par l’entremise de toutes ces interventions, je découvre des peuples et des cultures dont je n’avais qu’une idée floue » affirme la participante Christina Haralanova de Sofia en Bulgarie. « Les gens sont politisés, ont des opinions intéressantes et ont énormément à partager » renchérit Chantal Desharnais de Montréal.

Les questions qui suivent les ateliers, sont porteuses et significatives d’un désir senti de communiquer, de s’exprimer et de proposer. Les jeunes veulent savoir et faire connaître leur coin du monde et s’expriment avec une volubilité affirmée. « C’est vraiment difficile de les arrêter » affirme la Congolaise Mukuku Mwanba Malale. « Les jeunes en ont énormément à dire, on a juste pas assez de temps », ajoute celle qui a joué le rôle de modératrice lors du débat de l’après-midi de la deuxième journée.

Les thématiques abordées sont diverses sans pour autant déroger d’un fil conducteur. « La situation des réfugiés est intimement liée à celle de l’identité, celle de l’éducation est liée aux droits socio- économiques et le tout, est sous-jacent aux préceptes de la mondialisation des marchés » philosophe Moussa Tchangary, directeur d’Alternative-Niger un des principaux organisateurs de l’événement.

Des similarités plus que des différences

Pour les jeunes de tout acabit, la grande surprise est de réaliser à quel point, des pays qui semblent loin de leur réalité à première vue, vivent des situations similaires sinon identiques. « En écoutant le discours sur Haïti j’aurais cru entendre un exposé sur le Burundi » s’étonne Alice Chantale Irambona du Burundi. Elpide Savoeba a aussi été secouée « je me reconnais dans la réalité des femmes de Bulgarie même si suis une Béninoise [...] », affirme celle qui arbore un pagne tout couleur.

« Le monde que tente de créer le Forum Social Européen est très similaire à ce que nous mettons de l’avant ici au Forum Social Nigérien » insiste l’étudiant Cise Souleymane Mahamane, surnommé le Che. L’ampleur des politiques néo-libérales en Europe étonne Mahamane Mourtala Moussa . « Le Niger est pratiquement à la solde des institutions de Bretton Woods , mais vraiment je ne m’attendais pas à ce que L’Europe, le continent des droits humains, ait les mains liées elle aussi ! » s’étonne le jeune Nigérien qui étudie la sociologie.

Agir, il est temps d’agir

En recherche de solution pour rendre possible une l’intégration des jeunes dans la vie sociale et économique de leur pays, les jeunes francophones des quatre coins du monde ont plusieurs idées. Judiciarisation des droits économiques, sociaux et culturels, mettre en cause la responsabilité sociale des firmes multinationales, faire des pressions sans commune mesure pour l’annulation de la dette, refuser les politiques néo-libérales, décentraliser et appuyer les initiatives locales, pour ne nommer que celles-ci.

Avant de se vouloir une plate-forme de solution, les rencontres de Niamey sont surtout l’occasion d’échanges entre jeunes de la francophonie, de tisser des liens et de placer les pions pour le prochain rendez-vous résume Cise Souleymane Mahamane « On a allumé une chandelle, espérons que ça se propage comme un feu de brousse » lance-t-il devant un auditoire, chauffé à blanc.

Les rencontres de Niamey se poursuivront jusqu’au 27 septembre. Intitulées Citoyenneté, droits humains et consolidation de la paix : l’apport des jeunes à la vie démocratique, les rencontres ont réuni des jeunes de trois continents respectivement du Niger, Burkina Faso, Mali, Côte d’Ivoire, Togo, Sénégal, République démocratique du Congo, Bénin, Burundi, Rwanda , Maroc , Haïti , France de la Bulgarie et du Canada. L’événement a été organisé par : Alternatives (Montréal,) Association Alternative - Espaces Citoyens (Niger), L’Assemblée européenne des citoyens (France )et l’Association culturelle d’autopromotion éducative et sociale (Sénégal). L’événement est rendu possible grâce au Programme de mobilité des jeunes (PMJ) de l’Agence de la francophonie. Les rencontres se déroulent entre le 21 et le 27 septembre 2004 à Niamey au Niger.


Cet article a été réalisé dans le cadre d’un stage Furetez offert par Alternatives.