Les relations sino-africaines : coopération ou exploitation ?

lundi 3 juillet 2006, par Ariane Lafrenière

En Chine, la croissance économique phénoménale des dernières années a entraîné une explosion des besoins en hydrocarbures et en matières premières. À la recherche de fournisseurs, le gouvernement chinois courtise activement les pays africains. Présentées par Pékin comme un exemple de « coopération Sud-Sud », les relations sino-africaines semblent plutôt guidées par les intérêts de cette puissance émergente.

Selon les données du gouvernement chinois, le géant asiatique est devenu dépendant de l’importation de pétrole brut depuis 1996. Avec une consommation pétrolière qui se classe désormais au deuxième rang mondial, tout juste derrière les États-Unis, il était nécessaire pour Pékin de trouver des alliés riches en hydrocarbures afin d’assurer la pérennité de son économie. Le gouvernement chinois voulait également diminuer les importations en provenance du Moyen-Orient, une région où la Chine a peu d’influence. Avec ses ressources naturelles abondantes, le continent africain semblait tout désigné pour accueillir les faveurs chinoises.

Lors d’un passage devant l’Assemblée nationale du Nigéria en avril dernier, le président Hu Jintao exposait la situation ainsi : « L’Afrique a de riches ressources et un grand potentiel de marché, tandis que la Chine a accumulé dans sa modernisation une expérience profitable et des techniques pratiques. La coopération sino-africaine a donc de vastes perspectives. »

Bien que l’Angola ait été le premier pays africain à fournir des hydrocarbures à la Chine et qu’il demeure aujourd’hui son plus grand fournisseur mondial - un nouvel accord entre les deux pays vient tout juste d’être signé en juin -, les relations sino-africaines ont été étendues à de nombreux pays du continent comme le Gabon, le Nigéria, le Congo et le Soudan. Malgré les conflits internes au Soudan, Pékin y a investi massivement pour exploiter les réserves pétrolières qui s’y trouvent - tout comme le Canada, les États-Unis et certains pays européens. À la fin des années 1990, la Chine vendait également des armes au gouvernement de Khartoum, en guerre contre des rebelles au sud du pays. Malgré les pressions occidentales, la Chine refuse d’intervenir de quelque façon que ce soit au sujet des massacres du Darfour.

Les dirigeants chinois se targuent ainsi de respecter la souveraineté des pays et de pratiquer une politique de non-ingérence. Toujours au Nigéria, le président chinois Hu Jintao a déclaré que « la Chine soutient sans défaillance les pays d’Afrique dans leur sauvegarde de l’indépendance et de la souveraineté d’État, leur choix autonome d’une voie de développement selon leurs conditions nationales, leurs efforts pour s’unir afin d’être plus puissants et pour résoudre les problèmes de façon indépendante ». Hu Jintao évite toutefois de mentionner un élément de la politique chinoise qui peut facilement être assimilé à de l’ingérence. La seule condition que le gouvernement chinois impose à ses partenaires africains est la dénégation de l’identité nationale de Taiwan.

Mise en comparaison avec les exigences d’un semblant de démocratie et de respect des droits de l’homme imposées par les nations occidentales, cette condition paraît raisonnable pour beaucoup de dirigeants africains. Le président du Nigéria, Olusegun Obasanjo, exprimait son enthousiasme au sujet des relations sino-africaines en affirmant que « nous souhaiterions que la Chine dirige le monde et quand ce sera le cas, nous voulons être juste derrière vous ».

D’autres personnalités africaines sont plus mitigées par rapport aux relations commerciales avec les Chinois. Le vice-président du South African Institute of International Affairs, Moeletsi Mbeki, a déclaré que les relations sino-africaines n’étaient qu’une « répétition de la vieille histoire du commerce sud-africain avec l’Europe ». Il a ajouté que les échanges étaient inégaux puisque l’Afrique du Sud vend ses matières premières à la Chine qui , en retour, les leur revend sous forme de produits manufacturés. « Le résultat est prévisible, dit-il, une balance commerciale négative pour l’Afrique du Sud ».

Les rapports sino-africains ne confinent-ils pas les pays africains à leur rôle d’exportateur de matières premières ? Lors d’un point de presse donné le 9 juin dernier, le ministre adjoint des Affaires étrangères chinois, He Yafei, affirmait que « certains pensent que l’énergie, l’importation de pétrole, est le seul but de la Chine lorsqu’elle développe ses liens avec l’Afrique. C’est faux et biaisé. [...] La Chine et l’Afrique ont une coopération économique et commerciale très complète ».

Les relations économiques sino-africaines sont toutefois beaucoup plus profitables à Pékin qu’aux pays africains. La Chine peut inonder le marché africain de ses produits manufacturés. Elle peut également profiter des ressources naturelles qui abondent dans ces régions. Le seul bénéfice que les pays africains soutirent de ces échanges est un appui diplomatique quasi indéfectible. Un avantage réel pour ces pays qui n’ont que peu de poids sur la scène internationale. Bien que les relations sino-africaines soient perçues par de nombreux dirigeants africains comme une solution de remplacement à la domination américaine ou européenne, il semble que l’Afrique soit toujours prisonnière de rapports d’exploitation qui ne favorisent en rien son développement.


L’auteure est étudiante en journalisme à l’UQAM. 

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