Journal des Alternatives

Partenaires

Les journées Alternatives comme si vous y étiez... ou presque

25 août 2007
Un aperçu de l’atelier « Bases militaires : une arme meurtrière au service des plus forts. »

Dimanche 26 août

La marche de clôture du Forum social québécois

Place Émilie-Gamelin, 14h00. La marche de clôture du FSQ se met en branle. Direction : Plateau Mont-Royal. Groupes communautaires, groupes étudiants, syndicats, citoyens du monde, jeunes et moins jeunes étaient réunis afin d’exprimer leur détermination à bâtir un monde plus juste. Cette manifestion de solidarité me rappelle que je ne suis pas seul à travailler pour des changements sociaux durables. Je quitte le forum avec le sentiment qu’un monde meilleur est possible et que bien des gens y travaillent.

Ce matin, à l’assemblée des mouvements sociaux, une dame a retenu mon attention par ses propos. Elle s’interrogeait sur le transfert des savoirs entre les générations et sur l’importance de l’engagement des jeunes dans les luttes sociales et environnementales. Et bien Madame, j’ai trouvé pour ma part la réponse à cette question. Je ne parle pas ici de mon implication ou même de celle des jeunes de ma génération qui étaient présents aujourd’hui. Non Madame, je vous parle du petit Éric, âgé d’environ 6 ans, qui scandait à s’époumoner : « So, so, so, solidarité ». Cet enfant, bien que je ne le connaisse pas, je l’ai porté sur mes épaules. Au rythme des percussions brésiliennes, au beau milieu d’une petite rue du Plateau Mont-Royal, nous avons uni nos voix pour crier : « Non à la pollution. Pour les poissons ».

Cette rencontre m’a fait sourire. Elle me donne aussi de l’espoir. Je pense qu’il faut croire que le travail que nous entreprenons aujourd’hui se poursuivra demain. Hier, c’était vous qui portiez l’avenir sur vos épaules. Aujourd’hui, c’est à mon tour. Et demain ce sera le petit Éric. Montrons la voie, prêchons par l’exemple.
Merci Madame pour cette réflexion. Éric, continue mélanger du sable, des roches et des Smarties dans ta bouteille d’eau. Ça m’a bien fait rire et je trouve que le mélange a une très belle couleur.

Tobie F.

Samedi 25 août

Atelier : Plus que la tolérance : vivre ensemble au Québec, de 16h00 à 18h00

Un kirpan à l’école, un hijab sur un terrain de soccer, une prière dans une cabane à sucre... Les « accomodements raisonnables » ont fait couler beaucoup d’encre dans les médias au cours des derniers mois. Et l’expression, d’abord utilisée à des fins juridiques, a ensuite attirée l’attention des intellectuels québécois.

Participant à l’atelier, l’auteure de l’essai « Accomodements raisonnables », Yolande Geadah, a mis en garde les gens réunis à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) pour le Forum social québécois. « Il faut mettre en avant la voix des plus modérés, estime-t-elle, et ainsi cesser de mettre en exergue les revendications des intégristes. »

C’est d’ailleurs ce qu’un autre panéliste, Keder Hypolite, s’efforce de mettre en application. Le président du Conseil national des citoyennes et citoyens d’origine haïtienne (CONACOH) - qui a pour mandat de promouvoir les droits et intérêts collectifs de la communauté haïtienne - a eu le souci de répondre aux préoccupations de chacun des sympathisants de son organisme. C’est du moins ce qu’il a laissé entendre lors de sa présentation.

Keder Hypolite a pris son temps pour bien expliquer, tranquillement, chaque étape du processus consultatif effectué auprès des membres du CONACOH. Un plan d’action quinquennal a par la suite été élaboré afin de combler quatre besoins de la communauté haïtienne : information, réseautage, besoin de davantage de ressources et représentation.

Parmi ces besoins, la représentation politique constitue la pierre angulaire. La professeure de sociologie de l’UQAM et panéliste à l’atelier, Micheline Labelle, observait d’ailleurs une sous-représentation des minorités à Québec comme à Ottawa. (« C’est un problème constant », rapporte-t-elle.

Une représentation proportionnelle des différentes communautés ethniques au sein des instances gouvernementales ne règlerait évidemment pas la question des « accomodements raisonnables ». Elle permettrait toutefois d’introduire l’épineuse question, déjà galvaudée dans les médias, avec plus de transparence.

Guillaume

Vendredi 24 août 2007

Séminaire : Quelle l’altermondialisation au Québec ?, de 9h00 à 13h00 et de 14h00 à 18h00

« Mais, c’est de l’eau importée directement d’Europe ça ! Alors, qu’on a les plus grandes ressources d’eau potable de la planète, ici, au Québec ! » Espiègle et réprobateur à la fois, le commentaire de la cofondatrice d’Équiterre, Laure Waridel, visait la bouteille d’eau « Evian » que l’animateur du séminaire venait de déposer devant elle...

Dans la salle bondée, les éclats de rires et les hochements de tête approbateurs se sont rapidement manifestés. La table était mise pour débattre d’enjeux altermondialistes.

Le séminaire de ce vendredi matin portait donc sur l’altermondialisme au Québec. Pour en débattre, plusieurs représentants de mouvements sociaux de la belle province étaient présents, dont Laure Waridel, Daniel Breton, de la coalition Québec vert Kyoto, Robert Jasmin, d’ATTAC-Québec, Jacques Létourneau, de la CSN. Chacun leur tour, ils ont dressé un bilan des actions du mouvement « alter » au Québec.

Plusieurs points ont fait consensus, notamment le fait que les groupes altermondialistes québécois souffrent des luttes internes. Celles-ci divisent trop souvent l’ensemble du mouvement, alors que l’énergie devrait être concentrée à trouver de nouveaux moyens d’innover pour contrer le capitalisme outrancier.

Robert Jasmin, d’ATTAC-QUÉBEC, parlait d’expérience. Il a déploré le fait que son organisme soit souvent victime de critiques venant d’autres militants altermondialistes qui ne trouvent pas les actions de son organisme suffisamment extrêmes. Pour lui, il est clair que tous les groupes altermondialistes devraient soutenir les initiatives prises par les autres groupes, même si elles ne correspondent pas exactement à la ligne de pensée de leurs propres organisations.

S’unir pour régner. L’idée n’est pas nouvelle et elle est bien implantée chez les industriels et chez les lobbyistes, à rappelé Laure Waridel. Elle a affirmé que les groupes altermondialistes devraient s’inspirer de la façon de travailler de certains grands lobbies, qui savent mettre de côté leurs différents particuliers, le temps de faire entendre leurs revendications globales.

Nancy Burrows, de la Fédération des femmes du Québec, a pour sa part apporté un éclairage intéressant sur l’altermondialisme en déclarant qu’il ne s’agissait pas seulement d’une lutte économique, mais aussi et avant tout, d’une lutte contre le patriarcat. Rappelons que les enjeux féministes constituait un axe thématique central du FSQ. Pour elle, il s’agit d’une véritable innovation, qui démontre à quel point le Forum est un événement porteur de réflexions et qu’il laisse vraiment la parole à ceux et celles qui ont des choses à dire sur le monde dans lequel ils vivent.

Stéphanie R.

Vendredi 24 août

Atelier : Agriculture urbaine et urbanisation, de 11h00 à 13h00

C’est maintenant officiel : le nombre d’habitants des villes dépasse celui des campagnes. Ce changement était prévisible puisque le phénomène se dessine depuis plusieurs années. Dépendant de l’endroit où vous êtes sur la planète, cela peut amener des conséquences majeures.

Dans les pays en voie de développement, l’urbanisation se traduit notamment par des problèmes de salubrité, de santé, des difficultés en approvisionnement alimentaire, etc. Dans les pays du Nord, plus aptes à contrôler les problèmes endémiques à la surpopulation, ce changement instaure plutôt petit à petit une nouvelle manière de concevoir la ville.

Laissées auparavant aux élites politiques et économiques, la définition et la gestion des villes constitue désormais une chose que les citoyens se réapproprient tranquillement. Le citoyen se réapproprie l’espace public en devenant plus actif dans sa cité, mais aussi en se reprenant possession de l’espace physique. C’est en quelque sorte dans cette perspective que l’idée d’agriculture urbaine est apparue un peu partout sur le globe.

L’atelier Agriculture urbaine et urbanisation, qui part de la prémisse de l’accroissement de la population urbaine vs rural pose les différentes façons de concevoir le phénomène d’agriculture urbaine. Les différents panélistes présents à l’atelier ont d’ailleurs très bien illustrés les différentes facettes de ce type d’agriculture.

Vikram Bhatt, professeur en architecture, à l’Université de McGill, a surtout expérimenté l’agriculture urbaine dans les pays en voie de développement et plus précisément dans les bidonvilles. Participant à des projets assez novateurs, il a revitalisé les infrastructures de certains quartiers, mais il a aussi travaillé à maximiser l’utilisation de l’espace à des fins d’agriculture. De cette manière, il a diminué les problèmes sanitaires reliés aux infrastructures inadéquates et il a renforcé la sécurité alimentaire de ces populations.

Cary Cruz, la deuxième panéliste, est responsable de la Fondation Antonio Jimenez para la Naturaleza y el Hombre de Cuba. Pour elle, l’implantation de l’agriculture urbaine à Cuba constitue une réponse à la récession économique qui frappe le pays depuis plusieurs années. La crise énergétique et celle qui a frappé l’exportation de la canne à sucre ont mis en péril la sécurité alimentaire de la population. Devant la trop faible quantité de nourriture donnée à chaque habitant par l’État, ceux-ci n’ont eu d’autres choix que de produire eux-mêmes leurs aliments.

Comme la terre appartient à l’État, toute personne peut utiliser un bout de terrain non utilisé pour cultiver. Aujourd’hui, au fur et à mesure que le pays sort de cette récession économique, cette pratique tend à perdurer et se rapproche d’un art de vivre. D’abord simple mesure d’urgence pour faire face à une récession économique, elle devient de plus en plus une habitude de vie.

Les deux autres panélistes ont offert quant à eux la vision montréalaise de ce phénomène. Daniel Reid, animateur horticole, relié aux jardins communautaires de
la Ville de Montréal et Ismaël Hautecoeur responsable du projet Jardins sur les toits d’Alternatives, ont montré les côtés plus vertueux de cette pratique urbaine.

Premièrement, Daniel Reid a expliqué que cette pratique permet de rapprocher les citoyens. Il souligne que non seulement les gens se côtoient de plus en plus grâce à la pratique de l’agriculture urbaine, mais que les relations interculturelles sont aussi favorisées. Les gens sont en effet curieux de connaître les espaces de jardinages souvent très diversifiés d’une culture à une autre.

Pour Ismaël Hautecoeur, l’agriculture urbaine se révèle beaucoup plus qu’une simple pratique d’autosuffisance alimentaire. Pour lui, derrière cette pratique, se cache un mouvement. À Montréal et les grandes villes, il estime que l’agriculture urbaine est pratiquée par des gens motivés par la soif du changement.

En ce sens, le programme Jardins sur les toits répond tout à fait à ces critères. Le projet a contribué à mettre en branle une popote roulante, à initier des jardins dans les résidences pour personnes âgées et à srvir de base à des cours d’été pour les jeunes enfants. Une manière de guérir le mal de société de certain et de rapprocher les gens de la ville de la nature.

En bout de ligne, peu importe à quelle échelle et à quel endroit elle se pratique, l’agriculture urbaine permet de reconquérir et de se réapproprier l’espace physique et public que l’humain avait quelque peu délaissé.

Antoni D.

Vendredi 24 août

Atelier : Être arabe ou musulman dans le Québec d’aujourd,hui, de 14h00 à 16h00

L’atelier, qui s’est déroulé devant une salle comble, a notamment permis d’entendre Fo Niemi, cofondateur du Centre de recherche action sur les relations raciales (CRARR), Naïma Bendriz, agente régionale Moyen-Orient pour l’organisme Droits et démocratie et chercheure en sociologie et Amir Khadir, porte-parole de Québec solidaire.

D’emblée, M. Niemi a parlé de la commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables, des dérapages possibles de cette commission, du concept même d’accommodement raisonnable et des mythes répandus sur les Québécois-es arabes et musulman-es. Elle s’est aussi attardée sur la notion d’insécurité culturelle et sur la manière dont elle est vécue par les diverses communautés culturelles québécoises.

Ensuite, Mme Bendriz a abordé les caractéristiques des quatre vagues d’immigration arabe ou musulmane au Québec. Elle a expliqué les facteurs qui sous-tendent les stéréotypes sur les Québécois-es arabes ou musulman-es et des stratégies qu’ils utilisent dans leur lutte pour briser ces stéréotypes.

Puis, M. Khadir a raconté son expérience d’intégration en tant qu’immigrant iranien au Québec, de l’accueil généralement chaleureux que les Québécois réservent aux immigrants et de la montée de la droite au Québec et au Canada. Il a émis plusieurs hypothèses sur les raisons qui expliquent les succès de l’Action démocratique du Québec et de la position du parti dans le dossier des accommodements raisonnables. Il a conclu en rappelant l’impact des propos de certains animateurs de radio-poubelle sur les relations entre les communautés culturelles québécoises.

Enfin, il y a eu une période de questions et de commentaires. De nombreux membres du public ont fait part de leurs idées sur des sujets comme la laïcisation, les accommodements raisonnables, le fondamentalisme religieux et la responsabilité des médias.

L’atelier a suscité un vif intérêt. L’actualité du sujet y a certainement contribué. Les interventions nuancées des invités offraient un discours rafraîchissant, qui évitait les écueils de la facilité et des lieux communs. Au moment où les consultations publiques de la commission Bouchard-Taylor commencent, il apparaît pertinent de laisser de la place à de tels discours, Ces derniers présentent en effet une vision trop peu diffusée de la question des accommodements raisonnables...

Stéphane P.

Vendredi 24 août

Atelier : Quelles alternatives de développement pour Haïti ? de 9h00 à 11h00.

L’atelier sur Haïti a brutalement ramené tous les participants à la réalité que doivent affronter tous les jours les Haïtiens et les Haïtiennes. Après maintenant 200 ans d’indépendance, le bilan socio-économique du pays n’est toujours pas réjouissant. Même qu’à en croire Fred Doura, professeur d’économie, le pays a régressé depuis 1961. Les Haïtiens se sauraient appauvris de 45% durant cette période !

Le dernier budget adopté par Haïti ne dépassait pas les 1,5 milliards de dollars américains. Même pas de quoi égaler le budget annuel de la ville de Montréal, pour un pays de huit millions d’habitants ! Avec l’un des revenus par habitant les plus bas sur la planète et une économie très désarticulée, les participants à l’atelier ont convenu qu’il était difficile d’envisager la question du développement en Haïti. D’ailleurs, c’est bien timidement que le sujet a été abordé.

Des idées ont tout de même été avancées. Mentionnons l’approfondissement du processus de décentralisation, la réforme agraire, la souveraineté alimentaire, la promotion de la culture créole, etc. En bout de ligne, il est permis de se demander s’il en existe réellement des solutions pour sortir Haïti de cette noirceur. Le pays reste pris dans une conjoncture très défavorable, qui laisse entrevoir le pire dans les années à venir. À suivre...

Antoni D.

Vendredi 24 août

Atelier : L’ALBA, une alternative à l’intégration économique des Amériques, de 9h00 à 11h00.

L’Alternative bolivarienne pour les Amériques (ALBA) représente la nouvelle voie du changement pour les peuples d’Amérique latine. Au delà de l’intégration régionale économique, elle vise à transcender les relations bilatérales entre les pays latinos-américains et les États-Unis. Elle permet ainsi de développer des valeurs collectives entre les peuples du continent.

L’ALBA est née en réaction à la dominance des États-Unis en Amérique latine. Portée à bout de bras par le Venezuela d’Hugo Chavez, elle offre une résistance unique à l’hégémonie américaine. Comme l’a expliqué M. Hector de la Cueva, notre panéliste mexicain de l’Alliance sociale continentale, l’ALBA est supportée par les mêmes mouvements sociaux qui ont lutté contre la création de la ZLÉA depuis 2001.

Outre les projets d’intégration économique, comme le MERCOSUR, l’ALBA mise sur le développement de l’éducation et de la santé, particulièrement dans les pays touchés par la pauvreté comme la Bolivie ou le Nicaragua. La solidarité entre les peuples et la capacité de s’opposer aux projets qui vont à l’encontre de leurs valeurs culturelles constituent des éléments fondamentaux de cette nouvelle alternative. L’ALBA invite donc l’Amérique latine à redéfinir son identité, pour opérer une réelle transformation sociale, économique et politique.

Émilie R.

Vendredi 24 août

Atelier : Bases militaires : une arme au service des plus forts, vendredi 24 août, de 11h00 à 13h00.

« On ne compare pas une pomme avec une mitraillette », a déclaré Francis Dupuis-Déry, professeur à l’UQAM, au début de cet atelier animé par Judy Rebick, journaliste et fondatrice de Rabble.ca. Outre M. Dupuis-Déry, l’événement rassemblait Medea Benjamin, cofondatrice de Gloval Exchange et de Codepink Woman for Peace des État-Unis, Shir Hever, de l’Alternative Information Center de Jérusalem et Helga Serrano, du Réseau international pour l’abolition des bases militaires étrangères, No Bases.

Bien que les intervention de tous les panélistes aient été intéressantes, ce sont les propos de Mme Benjamin qui me sont restés en tête. Elle a d’abord rappelé que les États-Unis possèdent près de 800 bases militaires implantées un peu partout dans le monde. Elle a aussi ajouté que les attentats du 11 septembre 2001 avaient constitué un prétexte pour en implanter d’autres.

S’il n’en tenait qu’à Mme Benjamin, les États-Unis fermerait les bases militaires à l’étranger. Selon elle, ce genre d’infrastructure ne contribue qu’à encourager les tensions entre les pays. Elle cite les cas des bases de Guantanamo, du Koweit et d’Oman. « En fermant les bases militaires, nous serions peut-être moins la cible des attaques terroristes, suggère-t-elle. »

Tous les panélistes semblait d’accord avec Mme Benjamin pour dire que les bases militaires servaient d’abord à obtenir une meilleure position sur l’échiquier économique. (...) Elle a conclu son intervention en affirmant que si les États-Unis attribuaient moins d’argent à l’armée et un peu plus l’éducation ou à la santé, et s’ils cessaient d’implanter de bases militaires, on pourrait les considérer comme une démocratie et non un empire.

Sophie G.