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RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO

Les exportations illégales d’armes exacerbent les meurtres et les viols

Amnistie Internationale, 5 juillet 2005

Un grand nombre d’armes et de munitions en provenance des Balkans et
d’Europe de l’Est affluent dans la région des Grands Lacs, région
d’Afrique déchirée par les conflits. Pourtant, selon de nouvelles
recherches publiées ce mardi 5 juillet 2005, il est établi que ces
armes servent à commettre des violations flagrantes des droits humains.

Les cargaisons continuent d’arriver en République démocratique du Congo
(RDC), au mépris d’un processus de paix lancé en 2002 et d’un embargo
sur les armes décrété par les Nations unies.

Dans une étude circonstanciée, Amnistie internationale dévoile le rôle
joué par les fournisseurs, les négociants et les transporteurs qui
exportent des armes depuis de nombreux pays, notamment l’Afrique du
Sud, l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, la Croatie, les États-Unis,
Israël, la République tchèque, le Royaume-Uni, la Russie et la Serbie.
Cette étude met l’accent sur les livraisons d’armes et de munitions à
destination des gouvernements de la RDC, du Rwanda et de l’Ouganda.
Elles sont ensuite distribuées à des groupes armés et des milices basés
dans l’est de la RDC, qui commettent des atrocités constituant des
crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.

« Des millions de personnes ont déjà perdu la vie dans le cadre du
conflit qui ravage depuis sept ans la RDC. Les hommes armés continuent
de violer, de piller et de tuer des civils, tandis que les livraisons
d’armes se poursuivent. Si la communauté internationale, les Nations
unies et les États voisins ne parviennent pas à endiguer cette
prolifération, le fragile processus de paix s’effondrera - et les
conséquences seront catastrophiques pour les droits humains », a averti
Kolawole Olaniyan, directeur du programme régional Afrique d’Amnistie
internationale.

Ce nouveau rapport, intitulé Democratic Republic of Congo : Arming the
east, s’appuie sur des éléments probants pour faire valoir que, durant
tout le processus de paix en RDC, des agents proches des gouvernements
du Rwanda, de l’Ouganda et de la RDC ont fourni une aide militaire à
des groupes armés et des milices opérant dans l’est de la RDC. Il donne
aussi la preuve de l’implication de Victor Bout, trafiquant d’armes
russe, et de ses proches associés qui, par l’intermédiaire d’agents
locaux, ont armé en secret toutes les parties au conflit en RDC.

Ce rapport recense également les transferts d’armes et aides militaires
cités ci-dessous :

Rwanda

- Quelque 400 tonnes de munitions de Kalachnikov, pour la plupart
excédentaires, ont été exportées d’Albanie et de Serbie vers le Rwanda,
avec la contribution de sociétés israéliennes, rwandaises,
sud-africaines et britanniques, de la fin 2002 à la mi-2003 ; à la
mi-2004, d’autres livraisons ont été effectuées en provenance d’Europe
de l’Est.

- Une autre commande de 130 tonnes d’armes et de munitions
excédentaires en provenance de Bosnie a été approuvée par le
gouvernement américain en novembre 2004, sur fond de nouveaux accords
d’assistance militaire passés entre les États-Unis et le Rwanda.

- Le Rwanda apporte un soutien militaire constant à des groupes armés
en RDC, notamment au Rassemblement congolais pour la démocratie
(RCD-Goma), mêlé à l’exploitation des ressources naturelles du pays.

RDC

- Souscrits entre le gouvernement de la RDC et des entreprises en
République tchèque, en Israël et en Ukraine, des accords organisent le
commerce « des armes contre des diamants ».

- En 2004, il est prouvé qu’un réseau de trafic d’armes reliant la RDC
et le Libéria implique des entreprises internationales de fret.

- Plus de 200 tonnes d’armes sont transférées à destination d’un groupe
armé progouvernemental dans le Nord-Kivu ; ce transfert est effectué
par une société locale dans des avions appartenant à une firme
sud-africaine qui a approvisionné les soldats de la force de maintien
de la paix de l’ONU en 2003.

Ouganda

- Le gouvernement ougandais a omis de signaler aux Nations unies
l’importation d’armes et de munitions en provenance de Croatie et de
Slovaquie, pour une valeur de plus de 830 millions d’euro en 2002.

- La Chine a donné des véhicules militaires en 2002 et le gouvernement
ougandais a tenté d’importer de nouvelles armes en provenance d’Israël
en 2003.

- Des éléments de preuve ont démontré que les autorités militaires
ougandaises ont fourni à maintes reprises des armes, des munitions et
de l’assistance militaire aux groupes armés d’opposition dans l’est de
la RDC en 2003 et 2004, notamment aux groupes contrôlant les zones
d’exploitation aurifère et les voies de transport congolaises.

« Les flux d’armes importées du monde entier dans la région ont été
acheminés par des agents puissants, proches des gouvernements de la
RDC, du Rwanda et de l’Ouganda. Ces armes ont été distribuées à divers
groupes armés et milices qui se livrent à des actes de banditisme dans
l’est de la RDC et ne respectent guère les droits fondamentaux », a
indiqué Brian Wood, responsable de la recherche sur le commerce des
armes et des équipements de sécurité au sein d’Amnistie internationale.

Amnistie internationale engage le Conseil de sécurité des Nations unies
à renouveler et renforcer l’embargo sur les exportations d’armes à
destination de la RDC et à appliquer des sanctions sévères ou des
embargos pour tout État exportant des armes aux groupes armés et aux
milices en RDC. Le Conseil doit veiller à ce que des inspecteurs
spécialisés de l’ONU assurent la surveillance de tous les aéroports
dans l’est de la RDC, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Tous les
avions transportant des cargaisons illégales d’armes doivent être
interdits de vol.

En outre, l’organisation de défense des droits humains engage tous les
États à faire en sorte que les violations des embargos sur les armes
instaurés par les Nations unies soient considérées comme des
infractions pénales graves. Elle les invite à enquêter sur toutes les
informations sérieuses faisant état de transferts illégaux d’armes. Les
États
fournisseurs cités dans le rapport doivent établir si leur législation
a été bafouée et déterminer si leur système réglementant les
exportations d’armes est suffisamment strict et conforme au droit
international.

Enfin, Amnistie internationale demande la mise en place d’un Traité
international sur le commerce des armes, afin de contrôler avec rigueur
le transfert de toutes les armes classiques et d’empêcher qu’elles ne
servent à perpétrer de graves atteintes aux droits humains.

Pour consulter la version intégrale du rapport Democratic Republic of
Congo : Arming the east, veuillez cliquer sur le lien suivant :
http://web.amnesty.org/library/index/engafr620062005 *

Pour obtenir de plus amples informations, veuillez contacter le Service
de presse d’Amnistie internationale à Londres, au +44 20 7413 5566, ou consulter le site http://www.amnesty.org <http://www.amnesty.org/>