Journal des Alternatives

Partenaires

Renforcement de la société civile

Les Caraïbes et l’intégration continentale

ALTERNATIVES, 7 mai 2003
Photo : Mélanie De Bellefeuille

Contexte :

Vis-à-vis des défis que présente la mondialisation, les pays de la région des Caraïbes ont entrepris de mettre en commun leurs efforts afin de former un bloc politique, social et économique qui jouisse d’un pouvoir de négociation accru face aux joueurs les plus puissants du continent. Cette régionalisation économique pourrait construire un espace économique et politique où ensemble les économies de petites tailles pourraient obtenir ce que seules elles ne peuvent acquérir et ainsi protéger leurs économies vulnérables.

D’ici au prochain Sommet des Amériques prévu en 2005, l’agenda des négociations de la région des Caraïbes sera très chargé. En effet, les négociations de la CARICOM et du CARIFORUM incluent la préparation à des ententes commerciales avec l’Union européenne dès septembre 2002 dans le cadre de l’Accord de Cotonou, la gestion d’un agenda complexe à la suite des dernières négociations de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) à Doha vers la fin 2003, sans compter les neuf chapitres de négociations de la Zone de libre-échange des Amériques (ZLÉA).

Les résultats des efforts engagés dans cette régionalisation demeurent toutefois mitigés. Si les relations au sein du CARICOM sont quelque peu plus harmonieuses qu’entre les pays d’Amérique centrale, la diversité des réalités nationales et la divergence des intérêts continuent de faire obstacle à une intégration régionale, stratégie adoptée comme l’un des moyens les plus efficaces de préparer ces pays au libre-échange hémisphérique et à l’établissement de règles de commerce et d’investissement compatibles avec les principes de la ZLÉA.

Notons que certains accords réalisés dans le cadre de l’OMC ou avec l’Union européenne ont eu des effets pervers sur certains pays de la région. Par exemple, la production laitière en Jamaïque a presque totalement disparu au profit des importations de lait en poudre en provenance de l’Union européenne. Ces perspectives de croissance négative pour la région du monde qui souffre de la pire redistribution des richesses alimentent une méfiance grandissante de la part des citoyens vis-à-vis de projets qui ne proposent pas de solutions durables face aux questions de nature sociale et environnementale essentielles à la survie des populations.

Un autre problème est le déficit démocratique du processus en cours. En effet, bien que certaines institutions comme la CARICOM et l’Union européenne se soient dotées de mécanismes d’inclusion de la société civile, les réseaux associatifs constatent avoir peu d’influence sur les grands choix économiques. La ZLÉA pour sa part ouvre un nouvel espace de débat. Par contre en dépit de la volonté de certains États dont le Canada, il n’y a pas encore d’espace de consultation formelle avec la société civile. Les mécanismes disponibles au sein desquels ces plus petits pays peuvent s’exprimer sont limités à la constitution d’un Groupe consultatif sur les économies de petite taille qui ne dispose d’aucun pouvoir d’action, à l’octroi de périodes de grâce pour la mise en application de dispositions qui demeurent basées sur les principes de réciprocité et à l’attribution d’une assistance financière et technique insuffisante, incohérente et essentiellement destinée à la stabilisation.

Projet :

Grâce à l’appui de l’Agence canadienne de développement international (ACDI), Alternatives en partenariat avec le Caribbean Policy Development Centre a réalisà à l’hiver 2002 une série d’ateliers de consultation dans quatre pays de la région des Caraïbes ainsi qu’un séminaire à Ottawa.

Ces rencontres ont permis d’identifier les besoins des ONG des Caraïbes, relativement aux enjeux qu’elles confrontent dans le cadre des négociations économiques. Ainsi, il a été établi clairement que les réseaux régionaux avaient besoin d’être renforcés, que les initiatives locales et nationales des pays les plus fragiles et les plus pauvres devaient être tout particulièrement appuyées, et que le développement d’une analyse depuis la perspective propre à la région, propres aux économies de petites tailles prenant en considération la diversité politique, sociale, économique, culturelle de cette région devait être une priorité des ONG.

C’est ce que le présent projet vise à réaliser en appuyant le développement des mécanismes de consultation, la réalisation d’outils permettant de les atteindre, et la création d’espaces de participation citoyenne (formation de formateurs) permettant cette consultation et l’appropriation du débat par tous les secteurs : paysans, femmes, environnementalistes, etc.

Il s’agit donc de renforcer la société civile dans les Caraïbes dans la construction plurielle et solidaire des Amériques, et ce plus spécifiquement dans le contexte du processus enclenché par la ZLÉA

En d’autres termes, il s’agit de construire un dialogue entre les divers secteurs et entre les organisations, malgré les barrières linguistiques et la diversité culturelle, politique, économique, ethnique de la région pour la construction d’une cohésion régionale et l’effort de construire des mécanismes appropriés pour soutenir cette entreprise.

Question aussi de favorise la création d’espaces de dialogue entre les divers acteurs impliqués dans ce dossier et de renforcer le travail des ONG dans leurs interventions auprès de la population ainsi qu’auprès des acteurs gouvernementaux nationaux et régionaux, car les ONG sont les instances les mieux placées pour favoriser l’expression des populations.

D’autre part, les organisations de la société civile dans les Caraïbes ont surtout concentré leurs efforts sur l’analyse des impacts des accords avec l’Union européenne ainsi que sur l’Organisation mondiale du commerce. Peu ou pas de travail de réflexion et d’analyse concret a été réalisé sur la Zone de libre-échange des Amériques, d’où l’importance accordée au développement d’une réflexion multidisciplinaire et sectorielle pour renforcer la société civile d’ici à la signature de l’accord prévue en 2005, dans le cadre de ce projet.

Partenaires :

Caribbean Policy Development Centre

Le Caribbean Policy Development Canter regroupe près de 24 organismes et ONG de la région des Antilles anglaises incluant aussi la République dominicaine, Haïti et Cuba. Leurs actions visent à influencer le développement des politiques économiques qui touchent la région.

Plate-forme haïtienne de plaidoyer pour un développement alternatif (PADPA)

ONG haïtienne qui coordonne des activités d’éducation populaire et de sensibilisation du public aux enjeux du développement durable. Cette ONG existe depuis 1995 et est composée de divers secteurs de la société civile.

Groupe de recherche sur l’intégration continentale (GRIC)

Le GRIC, basé à Montréal, travaille avec le Réseau québécois sur l’intégration continentale (RQIC) qui est une coalition composée de groupes de recherche, de syndicats, de groupes de droits humains, de femmes, d’environnementalistes qui développent une analyse de la ZLEA depuis des années. Le GRIC est la principale source d’expertise qui permet par la recherche, la documentation et la formation d’animer le Réseau qui fut on s’en souviendra responsable de l’organisation du deuxième Sommet des peuples des Amériques en avril 2001. Le réseau est aussi membre d’une coalition continentale appelée l’Alliance sociale continentale.