Journal des Alternatives

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Le véritable projet de Stephen Harper

Maude BARLOW, 10 janvier 2006

Des sondages démontrent que beaucoup de Canadiens sont prêts à donner à Stephen Harper et au Parti conservateur le mandat de gouverner le Canada. Ce serait une terrible erreur.

L’assurance-maladie, il faut la détruire

M. Harper aime présenter une image modérée, mais ce n’est pas un accident si la droite dure applaudit son projet et les valeurs qui le sous-tendent. Avant de devenir chef du Parti conservateur, M. Harper a été président de la Coalition nationale des citoyens (CNC). Créée en 1967 par un groupe qui détestait l’idée du système universel d’assurance-maladie, la Coalition a longtemps fait campagne contre les services publics, les syndicats, le bilinguisme, l’école publique, les programmes d’équité pour les femmes et les minorités. En 1995, la CNC proclamait que la démocratie était une institution anglo-saxonne. Dans le « Firewall Manifesto » publié en 2000, la Coalition suggérait à l’Alberta de se retirer du système de pensions et du système d’assurance-maladie canadiens.

Tout américain

Sur la politique extérieure, Stephen Harper est demeuré pro-américain, faucon sur les questions de défense et de sécurité, méprisant à l’endroit de l’ONU. Il a appuyé la guerre de George Bush contre l’Irak. Il a dénoncé la politique du gouvernement canadien comme « stupidement neutre ». Il argumente à l’effet que le Canada devrait participer au programme de missiles balistique de l’administration Bush. Il appelle à la mise en place d’une intégration continentale dans l’économie et la sécurité. Il veut une stratégie continentale énergétique devant inclure, affirme-t-il, nos « autres ressources naturelles ». On se demande si cela inclut l’eau. Lors d’un discours prononcé en mai 2003 à l’Institut de recherche sur les politiques publiques, il a affirmé qu’il faut reconnaître le fait que « les Etats-Unis vont continuer d’exercer un pouvoir sans précédent sur un monde où les règles internationales ne sont pas fiables et où la sécurité et la défense de l’ordre démocratique dépendent beaucoup de la possession et de l’utilisation de la puissance militaire ».

Un projet menaçant

Les idées Stephen Harper sont en contradiction avec à peu près tous les sondages sur les priorités des Canadiens. Ceux-ci appuient très majoritairement le système d’assurance-maladie et la souveraineté canadienne en matière d’environnement. Ils veulent limiter les dépenses militaires et prioriser pour l’armée canadienne des tâches de maintien de la paix et de résolution des conflits plutôt que de combattre avec l’armée américaine. Ils sont contre toute participation à la guerre en Irak.


* Maude Barlow est présidente du Conseil des Canadiens.