Le retour de la Vieille Dame

dimanche 19 juin 2005, par Renato MARTINS

Mais que s’est-il passé au pays du Forum social mondial ? À quel moment, en cours de route, notre espoir s’est-il évanoui ? Des questions comme celles-ci trottent dans la tête et le cœur de plusieurs d’entre nous. Nous qui avions d’immenses attentes envers le gouvernement Lula.

Bien sûr, il faut absolument enquêter sur les allégations de corruption qui pèsent sur le gouvernment brésilien - mais qui n’ont toujours pas été prouvées - et éventuellement, punir les coupables. « Doa a quem doer » (« Faites mal à qui fait mal »), comme le dit le président Lula. Mais pour autant, il ne faut pas perdre de vue que ce n’est pas le Parti des travailleurs (PT) qui a érigé la machine de corruption politique qui existe au Brésil. Elle s’est plutôt développée sous le règne de la droite et s’est maintenue intacte depuis le processus de démocratisation. Qui ne se rappelle pas des « pianistas » des « années de budget » de Collor et de sa bande ?

Par ailleurs, il est clair que les attaques actuellement dirigées contre le gouvernement du PT ne visent pas réellement l’assainissement des institutions républicaines, ni la restitution de l’honneur du Parlement ou la moralisation de la vie nationale. Jamais la haine contre le PT n’a jamais été aussi manifeste, et assurément, c’est le parti lui-même - celui de la gauche au Brésil et en Amérique latine - qui est la véritable cible. Question de le détruire, de le neutraliser, et de l’isoler pour les 25 prochaines années ! Les anciens détenteurs du pouvoir apprécient beaucoup la démocratie, pour autant qu’il n’y ait pas d’alternance. Car selon eux le changement aux commandes du pouvoir ressuscite le fantasme du populisme, étouffe les investisseurs et crée des incertitudes. Une situation à éviter. De plus, prétendent-ils, le PSDB (Parti social-démocrate du Brésil) a déjà démontré des compétences bien suffisantes pour gouverner le peuple défavorisé et mal éduqué...

Une fois le PT détruit, la prochaine étape, pour les tenants de ce discours, sera de domestiquer le gouvernement. Car de toute façon, ces histoires de quotas pour les Noirs dans les universités publiques, d’universalisation de l’aide sociale, d’augmentation réelle du salaire minimum et de la réforme agraire ne sont que des idées toutes plus loufoques les unes que les autres, à leurs yeux. « Assez ! ça suffit ! », crient-ils. « Quelle est cette idée de bien commun, cette histoire d’un pays pour tous ? », demandent-ils. En 2006, ils entendent bien retourner à Brasilia et que tout redevienne « normal ». En attendant : « Todo o poder ao Palloci e à turma do superávit primário ! » (« Tout le pouvoir aux banques, aux créanciers étrangers et à leurs alliés ! »), réclament-ils.

Ils sont si virulents, que certains craigent qu’ils ne soient en train de préparer un coup d’État. C’est possible. Mais derrière tout ça, chers camarades, il y a surtout le retour de la Vieille dame. Celle que l’on appelait la lutte des classes. Alors, qu’elle soit la bienvenue. Allons à sa rencontre dans la rue pour la saluer, occupons les places publiques, les écoles et les manufactures. Car ce qui est en jeu c’est notre projet de société. Que le PT, la CUT (Centrale unique des travailleurs du Brésil) et le MST (Mouvement des sans-terre) s’unissent pour défendre nos avancées, empêcher le coup d’État et exiger des changements dans la politique économique du gouvernement Lula.

Ils auront l’appui des forces progressistes du monde entier.


L’auteur est politologue et conseiller en relations internationales pour la CUT et la CSN.

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