Journal des Alternatives

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Irak

Le raisonnement des comptables

Gil COURTEMANCHE, 10 mars 2003

Voici des propos d’un député français de droite qui semblent raisonnables et peu belliqueux : « Le veto ne serait pas dans l’intérêt de notre pays et entamerait durablement les relations franco-américaines. » Chez nous, on entend régulièrement que nos relations commerciales et notre longue amitié avec les États-Unis nous interdisent de façon pratique d’exprimer concrètement notre opposition morale à la guerre. La raison proclame que ni l’humain ni le pays ne peuvent proclamer leur dignité sans payer un prix, un prix inacceptable.

Ce langage dit que l’on peut devenir complice d’un crime par simple égoïsme. C’est le raisonnement des populations effrayées dans les quartiers contrôlés par les bandes de motards. C’est l’omerta, qui ne tient pas de la dignité mais de la veulerie. C’est la langue comptable. Le langage de la raison est celui de tous les crimes et de toutes les déraisons.

Bien sûr, les Américains nous feront payer un certain prix si nous n’allons pas en guerre avec eux. Ils le font déjà parce que nous exploitons nos forêts différemment d’eux. Bien sûr, si les Français utilisent leur veto aux Nations unies, George Bush et ses spadassins déclencheront des représailles commerciales. Aussi, pendant des années, les Français, les Allemands et les autres qui auront dit non seront vilipendés, calomniés et malmenés. La lettre des sept valets européens de Washington exprimait le même sentiment : l’Irak ne mérite pas que l’Alliance atlantique soit divisée.


La version complète de cet article a été publiée dans l’édition du Devoir du samedi 1er et dimanche 2 mars 2003 : http://www.ledevoir.com/2003/03/01/21501.html