Journal des Alternatives

Partenaires

Le cas de Cerre de San Pedro au Mexique

20 septembre 2007

En 1994, un an après l’implantation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) au Mexique, la compagnie minière canadienne Metallica Resources Inc. opérant au Mexique sous le nom de Minera San Xavier (MSX) annonce son intention d’établir à Cerro de San Pedro, San Luis Potosi, au Mexique, une mine à ciel ouvert pour y exploiter de l’or et de l’argent.

Le projet que MSX prétend développer correspond à un chantier à ciel ouvert dans lequel les contenus d’or et d’argent sont extrait par la méthode de lixiviation à base de cyanure de sodium. On prévoit utiliser 25 tonnes d’explosifs quotidiennement, ce qui produirait une montagne de débris de l’ordre de 80 000 tonnes de matériel. Ces débris de roche seront par la suite broyés et déposé au stage de lixiviation, dans lequel un mélange nocif de 16 tonnes de cyanure de sodium dilué dans 32 millions de litres d’eau permettra d’extraire les valeurs métalliques de la roche broyée.

Ce projet fera disparaître plus d’un kilomètre de montagne. Une fois la montagne rasée, le projet prévoit creuser le sous-sol de la région. À la fin, il restera un cratère d’un kilomètre de diamètre et de 300 mètres de profondeur. Même comme-ci, la problématique ne se retrouve pas tant dans la pulvérisation du village historique, le principal problème concerne le fait que la ville principale et sa zone environnante (avec une population approximative d’un million et demi) se retrouve à huit kilomètres de la zone d’extraction et de lixiviation.

Parmis les impacts environnementaux on compte :

-  Les vents qui soufflent de la zone d’extraction vers la ville y déposent quotidiennement des tonnes de poussière. Celle-ci est mélangées avec les gazes toxiques produites par les explosifs à base de nitrate d’ammonium, de diesel et de trinitrotoluène (TNT).
-  Selon le Manifeste d’impacts environnementaux généré par MSX, au moins 25% du mélange de cyanure de sodium et d’eau, qui se convertiront postérieurement en cyanure d’hydrogène hautement toxique, s’évaporera lorsque mis en réaction avec le minerai. Nous parlons d’au moins huit millions de litres qui se convertiraient quotidiennement en nuages fortement imprégnés d’acide cyanhydrique qui voyageraient vers la ville par les vents mentionnés auparavant.
-  MSX a aussi déclaré que le projet occasionnera la contamination de la nappe phréatique. Cette dernière est la source d’approvisionnement en eau pour 40% de la population régionale.
-  La mine requière 3 millions de litres d’eau par jour, et ceci alors que 18% de la population de San Luis Potosi n’ont pas accès à l’eau.

Parmi les autres impacts, ce type d’activité minière comprend aussi :

-  Apporte 96% de l’émission globale d’arsenic.
-  Converti les eaux souterraines en des lieux mille fois plus acides qu’une batterie.
-  Les entreprises deviennent impliquées dans des cas de violation aux droits humains.
-  La moyenne de déchet pour chaque 28 grammes d’or extrait s’établit à 79 tonnes.
-  Emploie seulement 0,09% de la force de travail mondiale.
-  Consume jusqu’à 10% de l’énergie disponible sur la planète.
-  Laisse d’énormes cratères dans des zones naturelles généralement protégées .

La population de Cerro de San Pedro a été mal informée au sujet du projet minier et de ses ramifications. Lorsque les citoyens ont été consultés, 97% d’entre eux ont voté contre le projet minier. Cependant, le vote populaire n’a pas été pris en considération lors de l’attribution des permis d’exploration et d’extraction. De plus, les représentants locaux, comme le gouverneur de l’État, ne défendent pas les intérêts de la population et ne renforcent pas non plus la juridiction locale.

Les opérations minières se confrontent à une opposition très large regroupant non seulement les villageois de Cerro de San Pedro, mais aussi la société civile et des groupes écologiques (Amnistie internationale, Greenpeace), des intellectuels (Carlos Monsivais, Carlos Montemayor, Lorenzo Meyer), et des politiciens de niveaux étatique et fédéral. Au cœur de cette opposition se trouve le FAO (Frente Amplio Opositor), organisé aux niveaux local, étatique, et national. Depuis dix ans la communauté et le FAO sont engagés dans une bataille juridique avec la compagnie canadienne. Les tribunaux ont systématiquement jugé en faveur de la communauté et ils ont même annulé le permis d’exploitation préalablement accordé à MSX. Même si la législation nationale appuie la communauté, les autorités mexicaines brillent par leur manque de volonté politique à renforcer cette législation et MSX peut tranquillement continuer ses opérations.

De plus, l’ALENA permet aux entreprises de supplanter les tribunaux et les constitutions nationaux et d’ignorer les législations internationales concernant les droits humains et le consentement de la communauté. Dans le cas de Cerro de San Pedro, Metallica Ressources a menacé à plusieurs reprises d’avoir recours au Chapitre 11 du mécanisme de règlement de conflits de l’ALENA, qui permets aux entreprises de poursuivre en justice les gouvernements dont la législations nationale empêche les opérations économiques de l’entreprise. À Cerro de San Pedro David se bat contre Goliath.


Ce que le Canada peut faire

Les compagnies minières canadiennes sont de loin les acteurs les plus importants dans le secteur minier mexicain. La lutte entre le contrôle local et national sur les ressources naturelles a été un point focal historique de la politique mexicaine. Ceci explique la raison pour laquelle l’affaire de Metallica Resources a été et continue aujourd’hui à être une des histoires-clés du Mexique. Les Canadiens ignorent peut-être cette histoire, qui pourtant les concerne directement puisque les actions de Metallica Resources (et celle d’une poignée d’autres compagnies minières canadiennes) minent la réputation du Canada à travers le Mexique de façon dramatique.

Le cas présenté ici, démontre que les mesures volontaires ne permettent pas d’encadrer les activités corporatives à l’étranger. Dans ce cas, la compagnie ignore les tribunaux et la législation nationale, elle profite pleinement des faiblesses du système politique local, cause des dommages écologiques irréparables, viole les droits humains et l’opinion de la communauté. Le Canada doit réglementer les opérations économiques des compagnies canadiennes à l’étranger par une législation contraignante. En conséquence, les activités corporatives canadiennes à l’étranger devraient dépendre du consentement préalable accordé librement et en pleine connaissance de cause (CPALPCC) par la communauté, ainsi que du respect des standards sur les droits humains et l’environnement de l’ONU. Ces standards internationaux doivent avoir priorité sur quelconque accord commercial.
Les compagnies canadiennes oeuvrant à l’étranger doivent également être tenus responsables de leurs activités à l’étranger au Canada même. De plus, une réglementation plus sévère de la bourse de Toronto permettrait de mieux encadrer l’activité minière canadienne à l’étranger.


Références :
-  « Écocide flagrant à San Luis Potosi », FAO, traduit par l’équipe du CCDHAL.
-  « The Cerro de San Pedro Case : A Clarion Call for Binding Legislation of Canadian Corporate Activity Abroad », KAIROS No.8, mars 2007.
-  « For the Love of Our People and Our Community : Mining, Water and Mexico », KAIROS campaign booklet, www.kairoscanada.org.
-  « Canadian owned mining company Minera San Xavier is set to destroy Cerro San Pedro, a Mexican heritage village home to 150 », Mike Boylan.
-  « La lutte pour San Pedro », FAO Montréal, 2007.


Ce texte a été fournis par le Comité pour les droits humains en Amérique Latine (CCDHAL).