Journal des Alternatives

Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique (NPAD)

Le boubou africain du néolibéralisme

Moussa TCHANGARI, 1er avril 2002

À quelques semaines du sommet de Kananaskis en Alberta, où les pays membres du G8 entendent apporter une réponse au document du Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique (NPDA), il est impérieux de s’interroger sur ce que contient cette offre que le président de la Banque mondiale, James Wolfensohn, a jugé d’une « énorme importance pour chaque habitant de la planète ».

À l’heure où la dénonciation de la mondialisation néolibérale prend de l’ampleur, y compris en Afrique, où des mouvements sociaux de plus en plus vastes se constituent pour exiger des réformes audacieuses, les chefs d’État africains tentent de s’approprier le thème mobilisateur du panafricanisme, dans le seul but de légitimer une formule d’intégration politique et économique qui ne laisse aucune place aux problèmes immenses qu’affrontent leurs concitoyens.

Cependant, toute cette supercherie ne suffit pas à endormir la vigilance des Africains. L’objectif de la nouvelle initiative africaine n’est pas de rompre avec le néolibéralisme, mais une meilleure intégration à la mondialisation à travers un accroissement des exportations et une amélioration de la compétitivité des pays africains. Dès lors, on ne s’étonnera pas de l’accueil enthousiaste réservé au NPDA par les pays membres du G8, qui ont eu le privilège d’en prendre connaissance avant même les Parlements nationaux. Le document reste totalement méconnu du grand public africain dont le sort risque d’être scellé à Kananaskis en juin, avec l’adoption d’un plan d’action du G8 pour l’Afrique.

Le NPDA n’aborde les problèmes de la paix, de la sécurité et de la bonne gouvernance que comme des obstacles à lever pour un afflux massif des capitaux. Il est totalement muet sur les causes profondes des conflits qui minent certains pays du continent, sur le pillage des ressources auquel s’adonnent certains pays et firmes internationales, en RDC, en Sierra Leone, au Liberia, etc. Muet sur les répercussions sociales des politiques d’ajustement structurel qui se traduisent par une généralisation de la pauvreté, elle-même source de conflits et d’insécurité.

Les droits sociaux et économiques ne sont pas pris en compte comme étant constitutifs de la citoyenneté dans l’initiative sur la démocratie et la bonne gouvernance. On ne parle que de l’amélioration de l’accès aux services sociaux de base, et d’engagements sur les droits civiques et politiques, globalement perçus comme un nécessaire décor à un modèle fondé sur l’exclusion. Pire, il ne comporte aucune mesure concrète en ce qui concerne les droits de la femme. Il se contente de préconiser un meilleur accès des filles à la scolarisation et à la formation, un appui aux agricultrices et une réduction de la mortalité liée à la maternité. Les femmes qui constituent la majorité de la population dans la plupart des pays ne bénéficient que d’un statut de main-d’œuvre. Ce qui fait que pour beaucoup, en plus d’être une affaire de chefs d’État et d’experts moulés dans le dogme néolibéral, le NPDA apparaît également comme une affaire d’hommes.

Le document affirme sans ambages que « si l’Afrique était dotée des mêmes infrastructures de base que les pays développés, elle serait mieux en mesure de se consacrer à la production et à l’amélioration de la productivité pour faire face à la concurrence internationale », et que « améliorer les infrastructures, y compris le coût et la fiabilité des services, serait dans l’intérêt de l’Afrique comme de la communauté internationale, qui pourrait obtenir des biens et services africains à meilleur marché ». Édifiant.



Moussa Tchangari, directeur du journal Alternative au Niger, partenaire d’Alternatives.


Vous pouvez retrouver, dans notre site Internet, l’analyse complète de Moussa Tchangari sur le NPDA, ainsi que d’autres articles sur le sujet, dans un dossier entièrement consacré à la question. Voir page d’accueil